Une entreprise spécialisée dans les technologies de défense, qui a contribué à la protection du Nord canadien, a révélé mardi qu’elle venait d’ajouter un nouvel atout à son arsenal: 139 millions $.
Dominion Dynamics a indiqué que les fonds levés constituent le plus important tour de table de série A jamais réalisé par une entreprise canadienne du secteur de la défense et qu’ils permettront à cette société en plein essor, établie à Ottawa, de se développer rapidement.
«C’est gratifiant (…), mais ce financement ne signifie pas que l’aventure s’arrête là, a mentionné Eliot Pence, fondateur et directeur général de l’entreprise. Cela signifie qu’il faut passer à la vitesse supérieure et faire nos preuves à grande échelle.»
Fondée en juin 2025, Dominion Dynamics est surtout connue pour AuraNet, un réseau de capteurs et une plateforme cartographique capable de collecter, de suivre et de transmettre des informations depuis des régions isolées où la couverture mobile est inexistante ou irrégulière.
Les Rangers canadiens — une unité militaire stationnée dans des régions isolées et côtières — ont utilisé cette technologie en début d’année dans le Haut-Arctique, sans doute l’environnement le plus hostile du pays.
Ce tour de table de série A permettra de renforcer AuraNet et contribuera au développement de Scout, un drone sans pilote et doté d’intelligence artificielle que Dominion Dynamics est en train de mettre au point pour qu’il opère de manière autonome ou aux côtés d’avions de chasse.
Il pourra être déployé dans des environnements trop dangereux ou trop éloignés pour y envoyer des pilotes.
«Le Canada a désespérément besoin de plus d’autonomie au sein de ses forces armées et nous allons y contribuer avec le Dominion Scout», a avancé M. Pence.
«Nous disposons d’une usine de 30 000 pieds carrés (à Kanata, en Ontario). Nous allons probablement chercher une usine de 300 000 pieds carrés à Montréal, Toronto ou Ottawa, voire sur la côte Ouest, où nous pourrons embaucher non pas des centaines, mais des milliers de personnes», a-t-il expliqué.
La technologie qu’ils vont développer est importante pour trois raisons, selon M. Pence.
La première est que «chaque fois que l’on peut retirer un être humain d’une situation où sa vie est en danger, c’est une bonne chose».
La deuxième est que le Canada est un vaste pays doté de plus de 200 000 kilomètres de côtes. Protéger le pays implique de surveiller chaque pouce de son territoire, ce qui est bien plus facile lorsque l’on peut s’appuyer sur la technologie.
La troisième, a précisé M. Pence, est que «le Canada a considérablement sous-investi dans ses forces armées pendant près d’un demi-siècle», les équipant de matériel obsolète et de navires et d’avions d’une autre époque.
Il estime que le pays peut et doit faire mieux, surtout après avoir atteint l’objectif de référence de l’OTAN de 2 % du PIB consacré aux dépenses de défense et s’être engagé à atteindre 5 % d’ici 2035.
Les investisseurs prennent peu à peu conscience de cette réalité. Bien que certains aient encore des réticences d’ordre éthique à investir dans des entreprises du secteur de la défense, M. Pence n’a pas eu de mal à attirer des capitaux dans un contexte marqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le conflit avec l’Iran et la manière dont les États-Unis incitent chaque pays à repenser sa souveraineté et sa sécurité.
«On a l’impression d’être à un tournant, pas seulement pour le pays, mais évidemment aussi pour l’entreprise, a-t-il souligné. Il est d’une importance cruciale que nous ayons des investisseurs prêts à prendre des risques pour viser haut.»
Un financement important
Le tour de financement qu’il a organisé a été mené par la société de capital-risque Georgian Capital, installée à Toronto.
OMERS, la Banque de développement du Canada, la Banque royale du Canada ainsi que les investisseurs existants Bessemer Venture Partners et la British Columbia Investment Management font partie du groupe qui a apporté ce financement.
Les données de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement (CVCA) indiquent que seules quatre autres entreprises canadiennes ont réussi à lever davantage de fonds lors de leur série A, un terme utilisé pour décrire le premier tour de financement significatif en capital-risque d’une jeune pousse, qui vise généralement à aider l’entreprise à se développer.
La société torontoise de gestion des identifiants 1Password a levé 200 millions $ US en 2019, tandis que Borealis Biosciences, une entreprise de Vancouver spécialisée dans le traitement des maladies rénales, a récolté 150 millions $ US en 2024, selon les données de la CVCA.
Viennent compléter ce classement LayerZero Labs, une entreprise de chaîne de blocs établie à Vancouver, qui a levé 135 millions $ US en 2022, et Element AI, une entreprise d’intelligence artificielle dont le siège est à Montréal, qui a attiré 102 millions $ US en 2017 et a depuis été rachetée par ServiceNow.
Avec sa série A de 139 millions $, l’entreprise Dominion a désormais levé 169 millions $ depuis son lancement en juin 2025.

