Pour la première fois depuis 1876, le manuscrit original du Traité n° 6 est de retour sur les terres où il a été initialement négocié et signé.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
À l’intérieur des murs du fort Carlton, en Saskatchewan, une foule de gens a fait la file pour assister à une rare exposition publique de ces documents historiques.
«Être aussi près de ce document a été un moment très émouvant pour moi», a raconté Kevin Okemaysin après avoir vu le manuscrit.
«C’est un morceau d’histoire que je ne reverrai jamais. Pas de mon vivant.»
— Kevin Okemaysin
Cette fin de semaine marque le 150e anniversaire de la signature de l’accord historique entre la Couronne britannique et les chefs autochtones, survenu à Fort Carlton le 23 août 1876.
Le manuscrit de 10 pages est exposé dans le cadre des activités commémoratives.
Jusqu’à tout récemment, le document était conservé au Centre de préservation de Bibliothèque et Archives Canada, à Gatineau. C’est la première fois qu’il revient en Saskatchewan.
«On avait l’impression qu’il rentrait chez nous», a dit Ardis Petit, qui s’est rendue à Fort Carlton pour voir le document.
C’est Edwin Ananas, chef de la nation crie de Beardy et d’Okemasis, qui s’est chargé de ramener le document chez lui. Il a entamé le processus il y a plus d’un an.

«C’est formidable que les gens puissent découvrir cette page d’histoire dans son intégralité», a-t-il déclaré.
M. Ananas a vu le manuscrit pour la première fois lors de sa visite à Bibliothèque et Archives Canada, à Ottawa, l’année dernière.
«Ce fut sans aucun doute un honneur de le voir de mes propres yeux», a-t-il ajouté.
Le traité définit les relations entre la Couronne et les groupes autochtones, ainsi que la manière d’aller de l’avant ensemble. La Couronne a promis des terres, l’éducation, des droits de chasse, des avantages agricoles et des soins de santé aux chefs autochtones et à leurs peuples.
Le chef Ananas a déclaré que, 150 ans plus tard, les communautés des Premières Nations luttaient toujours pour certains de ces droits.
«C’est à nous de continuer à respecter ces traités, et au gouvernement aussi», a-t-il soutenu.
«Mais la première chose que nous devons faire, c’est apprendre à travailler ensemble.»
— Edwin Ananas, chef de la nation crie de Beardy et d’Okemasis
Esprit et intention
Le manuscrit ne constitue qu’une partie du traité.
Eli Worme, étudiant stagiaire d’été au Bureau du commissaire aux traités de la Saskatchewan, a expliqué que l’esprit et l’intention qui sous-tendaient les négociations avaient joué un rôle majeur.
«C’était leur accord pour réaffirmer ces relations et aller de l’avant de manière constructive, afin que nous puissions tous deux vivre ensemble de cette terre», a-t-il expliqué à CTV News.
M. Worme a indiqué que ses ancêtres, qui avaient négocié le traité, pensaient aux répercussions que celui-ci aurait sur les sept générations suivantes.
Aujourd’hui, c’est à lui qu’il revient de préparer le terrain pour les générations futures.

«Comment puis-je œuvrer à la mise en œuvre des traités aujourd’hui afin que mes arrière-petits-enfants, mes nièces et mes neveux puissent concrétiser ces traités et exercer leur autodétermination en tant que nations souveraines?», a-t-il demandé.
Il a ajouté que, pour mettre en œuvre le traité, chacun doit se rappeler que «nous sommes tous des peuples des traités», qu’ils soient Autochtones ou non.
«Être des peuples des traités, c’est affirmer ces relations les uns avec les autres et veiller à ce que nous avancions tous sur un pied d’égalité», a-t-il souligné.
Préserver l’histoire
Après avoir obtenu une autorisation spéciale, le manuscrit a été expédié en Saskatchewan dans un camion à humidité et température contrôlées, selon Sheldon Krasowski, directeur de la recherche au Bureau du commissaire aux traités de la Saskatchewan.
M. Krasowski, qui participe à la conservation du manuscrit pendant son séjour en Saskatchewan, a apporté les documents à Fort Carlton 24 heures avant leur exposition afin de permettre aux pages de s’acclimater.
«C’est très fragile», a-t-il dit.
M. Krasowski a expliqué que la lumière est l’élément le plus néfaste pour le traité, car elle pourrait faire pâlir l’écriture.
«Nous gardons donc les documents à l’abri de la lumière pendant 99,9 % de leur trajet à travers le territoire du Traité n° 6», a-t-il expliqué à CTV News.
Deux agents de la GRC accompagnent également le manuscrit tout au long de son parcours.
Une fois les expositions publiques terminées à Fort Carlton, le manuscrit sera présenté au campement de Beardy et à Fort Pitt, les deux autres sites où se sont déroulées les négociations du Traité n° 6.

