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Manifestation à l’extérieur d’un événement pour le festival Lapu Lapu

Onze personnes avaient été tuées et des dizaines d’autres blessées lors de cette tragédie.

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Jhosie Sico, au centre à droite, dont le fils AJ Sico a été grièvement blessé lors du festival Lapu Lapu l'année dernière, défile aux côtés d'autres membres de la communauté philippine opposés à la célébration de la journée de solidarité Lapu Lapu pr... Jhosie Sico, au centre à droite, dont le fils AJ Sico a été grièvement blessé lors du festival Lapu Lapu l'année dernière, défile aux côtés d'autres membres de la communauté philippine opposés à la célébration de la journée de solidarité Lapu Lapu prévue cette année, lors d'une manifestation organisée devant le lieu de l'événement, à Vancouver, le dimanche 19 avril 2026. (DARRYL DYCK/La Presse Canadienne)

Ce qui devait être une journée de recueillement et de commémoration, un an après la tragédie du festival Lapu Lapu où 11 personnes ont trouvé la mort lors d’une attaque au véhicule-bélier à Vancouver, a au contraire mis en évidence les divisions au sein de la communauté philippine.

La sécurité était renforcée lors de l’événement organisé dimanche au Centre culturel italien de l’est de Vancouver, avec la mise en place de barrières de sécurité. Des dizaines de manifestants se sont toutefois rassemblés de l’autre côté des barrières, brandissant des pancartes et tenant des photos de leurs proches décédés.

Jenny De Guzman et Rodel Sico, les parents de Jendhel May Sico, 27 ans, tuée lors de l’attaque, ont déclaré qu’il était trop tôt pour organiser un tel événement, qui ne profite qu’à l’organisateur, Filipino BC.

M. Sico a affirmé qu’il lui était difficile de voir l’événement de cette année se dérouler, d’autant plus que le groupe n’avait pas consulté les familles des personnes tuées et blessées.

Il estime que l’événement de cette année ne profitait qu’à l’organisateur.

Mme De Guzman a déclaré avoir tenté de demander une aide financière à Filipino BC, mais n’avoir reçu qu’une carte-cadeau d’une valeur de 800 $.

«Ils n’ont pas répondu à mon courriel, a rapporté Mme De Guzman. Ils n’apportent même plus leur aide.»

Sandra Gumbo était bénévole lors de la célébration de l’année dernière, mais elle se trouvait également à l’écart dimanche, et a soutenu qu’il était «hypocrite» de voir Filipino BC tenter d’utiliser la solidarité et la guérison comme prétextes pour organiser l’événement de cette année, alors qu’il cherche à collecter des fonds.

RJ Aquino, le responsable de Filipino BC, a dit dimanche que l’événement était l’occasion de rendre hommage aux personnes tuées et blessées, et que son groupe rendait compte de tous les fonds utilisés, qui lui sont versés par l’intermédiaire de Centraide.

M. Aquino a déclaré que l’événement ne visait pas à aller de l’avant à toute vitesse et qu’il ne s’agissait pas d’un festival, mais plutôt d’être présents les uns pour les autres en signe de soutien, et que son groupe avait essayé d’impliquer autant de personnes que possible au sein de la communauté.

«Je ne peux pas imaginer le chagrin et la frustration que ressentent les personnes qui ont été directement et physiquement touchées», a-t-il affirmé.

Il explique que son groupe souhaite aider et soutenir les gens, et que Centraide a été un partenaire formidable pour garantir à la communauté l’accès à différentes formes de guérison.

«J’encourage les gens, vous savez, s’ils disent qu’ils ne reçoivent pas d’aide, ou s’ils ont l’impression de ne pas en recevoir, à se tourner vers nous en toute bonne foi», a-t-il soutenu.

L’accès à de l’aide difficile

Filipino BC et Centraide de la Colombie-Britannique ont lancé l’année dernière le Kapwa Strong Fund pour venir en aide aux victimes et à leurs familles. Selon le site web de Centraide, ce fonds a permis de récolter environ 1,5 million $ afin d’offrir des services de soutien psychologique, de santé mentale et d’aide aux besoins fondamentaux aux victimes et à leurs familles.

Un rapport publié sur son site web indique que des subventions provenant de ce fonds ont été accordées à une trentaine d’organisations, dont l’Alliance Philippines Cultural Heritage Association et la ligne d’assistance téléphonique pour le deuil de la Colombie-Britannique.

M. Aquino a déclaré que les fonds sont alloués «pour garantir que l’aide parvienne là où elle doit aller».

Il a ajouté que Centraide s’était assuré que «l’ensemble de la communauté ait accès à différents moyens de guérison».

La manifestante Lailani Tumaneng, qui s’était portée volontaire lors de l’événement de Lapu Lapu l’année dernière, a indiqué qu’elle était venue se joindre au rassemblement, car elle ne connaissait aucune famille ayant reçu de l’aide.

Mme Tumaneng a expliqué que de nombreuses familles de victimes n’ont ni l’énergie ni le temps de passer sans cesse des appels aux gestionnaires de cas pour obtenir une aide financière ou de remplir des documents pour demander des dons.

M. Aquino a affirmé que les trois ordres de gouvernement, ainsi que l’assureur automobile public, l’Insurance Corporation of B.C. (ICBC), devraient se mobiliser pour aider ces personnes.

«Il est déjà difficile de s’y retrouver auprès de l’ICBC dans des conditions normales, alors imaginez pour une situation aussi complexe et tragique que celle-ci», a-t-il déclaré lors d’une entrevue dimanche.

Il a ajouté qu’il était trompeur d’attendre de Filipino BC qu’il fournisse ces aides plus importantes et à long terme, car les gouvernements n’ont pas de plan pour soutenir les personnes lors d’événements causant autant de victimes.

Adam Kai-Ji Lo fait face à 11 chefs d’accusation de meurtre au deuxième degré et à 31 chefs d’accusation de tentative de meurtre pour l’attaque du 26 avril 2025, bien qu’aucune date n’ait encore été fixée pour son procès.

La Journée Lapu Lapu, célébrée chaque 27 avril, tire son nom d’un héros national philippin dont les forces ont vaincu celles de l’explorateur portugais Ferdinand Magellan en 1521.

Nono Shen

Nono Shen

Journaliste