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Le Collège des médecins veut que la pratique auprès des itinérants devienne une AMP

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Une personne dort dans la rue au centre-ville de Montréal, le lundi 10 septembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov Une personne dort dans la rue au centre-ville de Montréal, le lundi 10 septembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov (Christopher Katsarov)

Face à la montée du nombre de personnes sans abri, le Collège des médecins du Québec (CMQ) a mis sur pied un groupe de réflexion sur l’itinérance. Plusieurs pistes de solution ressortent de son rapport publié mercredi, entre autres de désigner la pratique auprès des personnes en situation d’itinérance comme une activité médicale particulière (AMP). 

Au Québec, les médecins de famille sont tenus de consacrer une partie de leur pratique à des AMP, par exemple les soins en CHSLD, en obstétrique ou à l’urgence. Le Collège voudrait rajouter à la liste les soins auprès des populations itinérantes. 

La liste d’activités médicales particulières est négociée avec Québec, mais selon le président du CMQ, Dr Mauril Gaudreault, ça ne serait pas très compliqué d’ajouter une nouvelle possibilité à l’éventail. 

«C’est un des moyens que le groupe de réflexion propose pour faire en sorte qu’il y ait plus de médecins qui sont intéressés par ce type de pratique», mentionne en entrevue le Dr Gaudreault. 

«Mais c’est vraiment un petit moyen, l’AMP, dans l’ensemble des mesures que nous proposons», insiste-t-il. 

Le groupe de réflexion sur l’itinérance, qui a été créé en février, s’est réuni à six reprises. Le 8 juin dernier, il a tenu une journée de réflexion où une vingtaine d’intervenants qui œuvrent auprès de cette population ont été entendus, dont des personnes ayant vécu l’itinérance. 

«Faites attention au paternalisme. Soyez conscients de vos propres biais et de vos préjugés», disait l’une d’elle, citée dans le rapport. Une autre citation mentionne: «Nous vivons au présent; demain n’existe pas, nous n’avons pas d’avenir». 

Le nombre de personnes itinérantes a augmenté de 20 % depuis 2022, selon le plus récent dénombrement, qui date de 2025. On recensait alors 12 077 personnes en situation d’itinérance visible dans la province, dont 40 % se trouvent à Montréal. 

Des questions sur le logement dans l’évaluation médicale

Vivre dans la rue a de lourdes conséquences sur la santé. D’abord, plusieurs problèmes de santé sont susceptibles de ne pas être détectés. Les personnes sans abri ont aussi un vieillissement prématuré et une espérance de vie significativement réduite — elle se situe entre 40 et 50 ans, alors qu’elle dépasse les 80 ans pour le reste de la population. 

Le Collège des médecins est d’avis que la communauté médicale peut agir de façon proactive en repérant mieux les personnes à risque de vivre un épisode d’itinérance. Le CMQ recommande que les médecins intègrent des questions sur le logement dans leur questionnaire d’évaluation de base (anamnèse). «Par exemple: la personne devant moi dispose-t-elle d’un logement sécuritaire? Craint-elle de le perdre?», indique le rapport. De là, le médecin pourrait informer un organisme qu’une telle personne est à risque de se retrouver dans la rue prochainement. 

«Il faut insister sur la collaboration et la synergie avec les organismes communautaires. Ça ne pourra jamais s’améliorer si on ne travaille pas mieux avec ces organismes», souligne le Dr Gaudreault. 

Le groupe de réflexion suggère aussi de revoir le protocole de triage à l’urgence afin qu’il soit mieux adapté aux réalités des personnes sans abri. «Considérant la prévalence élevée d’enjeux de santé mentale et de dépendance chez les [personnes en situation d’itinérance], la mise en place de corridors prioritaires pour l’obtention de soins en santé mentale est à envisager pour mieux répondre aux besoins», peut-on lire dans le rapport.  

Les enjeux de la carte d’assurance-maladie

Les personnes itinérantes n’ont souvent pas leur carte d’assurance-maladie. Elles se tournent donc vers l’urgence pour avoir accès aux soins. Or, il est difficile pour les médecins d’avoir accès à leur dossier de santé et à leur historique médical.  

«Il y a certainement moyen de faire en sorte d’obvier à cette perte fréquente de carte d’assurance-maladie et que ça ne vienne pas interférer avec les soins que la personne doit recevoir», affirme le Dr Gaudreault. 

Il soulève un paradoxe par rapport à l’absence d’adresse fixe: une personne peut utiliser l’adresse d’un refuge pour recevoir un chèque d’aide sociale, mais ne peut utiliser cette même adresse pour s’inscrire aux guichets d’accès à la première ligne (GAP). 

Des recommandations sont également adressées à Santé Québec et au gouvernement, notamment de reconnaître le logement comme un déterminant social de la santé. 

On réclame également des formations spécifiques et des stages en milieu communautaire à travers les cursus médicaux afin de renforcer les connaissances et les compétences des médecins en matière d’itinérance. «C’est déjà démarré, mais je pense qu’il faut que ça soit plus large que ça et que ça soit avec les quatre facultés de médecine du Québec», précise Dr Gaudreault. 

Il souhaite faciliter la pratique pour les médecins qui travaillent dans la rue «parce que c’est compliqué au moment où se on parle», soutient Dr Gaudreault. «Il y a une organisation qui est à parfaire avec les organismes communautaires qui sont là-dedans et qui sont très bien organisés, mais qui ont besoin de plus de support», dit-il. 

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste