Société

Le Canada doit s'attendre à une hausse des demandeurs d'asile haïtiens et syriens

La Cour suprême des États-Unis a autorisé l’administration Trump à mettre fin aux protections juridiques pour les migrants fuyant la violence et les catastrophes naturelles en Haïti et en Syrie.

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Frantz André, en premier plan, porte-parole du Comité d'action des personnes sans statut (CAPSS), s'entretient avec un migrant haïtien, qui a souhaité rester anonyme et qui a récemment franchi la frontière depuis les États-Unis, dans ses bureaux à Mo... Frantz André, en premier plan, porte-parole du Comité d'action des personnes sans statut (CAPSS), s'entretient avec un migrant haïtien, qui a souhaité rester anonyme et qui a récemment franchi la frontière depuis les États-Unis, dans ses bureaux à Montréal, le mercredi 4 février 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Christinne Muschi)

Le Canada doit s’attendre à une hausse des demandeurs d’asile haïtiens et syriens à partir de la frontière avec les États-Unis, selon des groupes qui viennent en aide aux demandeurs d’asile.

Frantz André, porte-parole du Comité d’action des personnes sans statut (CAPSS), à Montréal, a dit faire ce constat depuis que la justice américaine a autorisé l’administration Trump à mettre fin aux protections juridiques accordées aux migrants fuyant la violence et les catastrophes naturelles en Haïti et en Syrie.

«Des personnes se dirigent vers le Canada en ce moment même, alors que nous parlons», a déclaré M. André.

M. André affirme connaître plusieurs personnes qui ont entrepris le voyage vers le nord depuis les États-Unis après avoir pris connaissance de la décision de la Cour suprême américaine, qui expose des centaines de milliers de personnes à un risque de détention et d’expulsion.

Certains seront autorisés à déposer une demande d’asile, car ils ont de la famille proche au Canada, mais d’autres seront probablement remis aux autorités américaines, où ils risquent d’être placés en détention, puis expulsés vers des pays où ils courent un danger, a-t-il expliqué en entrevue.

La décision rendue jeudi par la Cour suprême des États-Unis concerne environ 350 000 Haïtiens et 6000 Syriens qui se trouvent aux États-Unis sous le régime du statut de protection temporaire, un programme mis en place en 1990 pour empêcher les expulsions vers des pays touchés par des catastrophes naturelles ou des conflits civils. 

La plus haute juridiction du pays a décidé d’autoriser l’administration du président Donald Trump à mettre fin à ces protections.

Ces dernières années, le Canada a durci ses règles, ce qui a rendu de plus en plus difficile pour les demandeurs d’asile de déposer une demande, en particulier pour ceux venant des États-Unis.

En vertu de l’accord actuel entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs, les demandeurs d’asile doivent demander le statut de réfugié dans le premier des deux pays où ils arrivent, ce qui signifie qu’une personne se trouvant aux États-Unis ne peut pas entrer au Canada pour demander le statut de réfugié.

En 2023, les deux gouvernements ont conclu un accord visant à combler une faille qui permettait aux personnes entrées au Canada en dehors des points d’entrée officiels de déposer une demande d’asile. 

Une nouvelle loi adoptée en début d’année a mis fin à une disposition qui permettait aux migrants entrés de manière irrégulière de voir leur demande d’asile examinée à condition qu’ils se trouvent dans le pays depuis au moins 14 jours.

Il ne reste que quelques exceptions permettant aux personnes venant des États-Unis de déposer une demande d’asile, notamment pour les mineurs non accompagnés ou ceux ayant de la famille proche au Canada.

Cependant, M. André affirme que les gens continueront d’essayer de venir, même si leurs chances de succès sont faibles.

«Ils disent: “Je préfère mourir n’importe où plutôt que de retourner en Haïti”, a-t-il rapporté. Alors ils vont tenter leur chance.»

Mauvaise direction, dit Frantz André

Une avocate d’Amnistie internationale Canada affirme que cette décision de justice illustre une fois de plus pourquoi les États-Unis ne devraient pas être considérés comme un pays sûr pour les demandeurs d’asile.

Julia Sande estime que le Canada devrait se retirer de l’Entente sur les tiers pays sûrs afin de permettre aux personnes de demander l’asile dans des conditions sûres et ordonnées. 

Elle affirme que les États-Unis mènent depuis quelques années ce qui s’apparente à une «campagne massive d’expulsion et de détention», ce qui devrait inciter le Canada à revoir sa position quant au statut des États-Unis en tant que pays sûr.

«Je ne comprends pas comment ils peuvent examiner ces faits et en conclure que les États-Unis restent un pays sûr pour les demandeurs d’asile», a-t-elle commenté.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a indiqué dans un communiqué que l’Entente sur les tiers pays sûrs continuait de s’appliquer.

«La désignation en tant que tiers pays sûr fait l’objet d’une évaluation continue, conformément à nos obligations envers les pays désignés en vertu de l’article 102 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, a écrit un porte-parole dans un courriel. Les personnes demandant l’asile au Canada doivent le faire aux points d’entrée officiels, où leur demande sera évaluée au cas par cas.»

Tout comme M. André, Mme Sande estime que la décision américaine poussera probablement certaines personnes à tenter leur chance à la frontière, comme cela a déjà été le cas lors de précédentes restrictions américaines en matière d’immigration, même si les conséquences d’un rejet sont «graves et extrêmes» et pourraient entraîner une expulsion plus rapide.

M. André pense également que le Canada devrait se retirer de l’Entente sur les tiers pays sûrs, mais il a le sentiment que le pays suit plutôt l’exemple des États-Unis et durcit son approche.

«Nous n’allons pas dans la bonne direction, a-t-il observé. Nous ressemblons de plus en plus au 51e État des États-Unis et cela me met très en colère.»

— Avec des informations de l’Associated Press

Morgan Lowrie

Morgan Lowrie

Journaliste