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L'attaque de Belleville devrait servir de «signal d'alarme» face à l'antisémitisme

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Des policiers se tiennent devant la synagogue Sons of Jacob à Belleville, en Ontario, le lundi 21 septembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Ian MacAlpine Des policiers se tiennent devant la synagogue Sons of Jacob à Belleville, en Ontario, le lundi 21 septembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Ian MacAlpine)

OTTAWA — Le dirigeant d’un important groupe de défense des intérêts juifs estime que la récente attaque violente perpétrée contre une synagogue à Belleville, en Ontario, devrait servir de «signal d’alarme» face au «problème bien plus vaste» de la montée de l’antisémitisme et des théories du complot racistes au Canada.

Noah Shack, directeur général du Centre pour Israël et les affaires juives, a fait cette déclaration quelques jours seulement après l'attaque survenue le jour du Yom Kippour, qui a laissé un policier dans un état critique et a coûté la vie au tireur.

Lors d’une conférence de presse tenue jeudi sur la colline du Parlement, M. Shack a mentionné que l’attaque de dimanche aurait pu se produire n’importe où dans le pays, et que les personnes présentes dans la synagogue ont survécu grâce à l’héroïsme de l’agent Jeff Smith.

«Nous avons vu la haine s’abattre sur les écoles, les maisons de retraite, les lieux de travail et les universités à travers tout le pays», a indiqué M. Shack.

«Il est urgent de lutter contre la radicalisation menant à la violence et à l’extrémisme à laquelle nous sommes confrontés dans ce pays», a-t-il ajouté.

La police de Belleville a avancé jeudi que l'attaque, survenue le jour le plus sacré du calendrier juif, était clairement un crime motivé par la haine.

Simon Wolle, PDG de B’nai Brith Canada, qui se trouvait à Belleville jeudi, a appelé à des modifications législatives afin de permettre aux synagogues d’engager des agents de sécurité privés armés, ainsi qu’à un financement pour assurer une présence policière dans chaque institution juive du pays.

Dans un communiqué, le B’nai Brith a indiqué constater cette année une augmentation marquée de la violence à l’encontre des Juifs, avec des dizaines d’incidents antisémites violents recensés à ce jour.

Des étudiantes juives, réunies jeudi sur la colline du Parlement, ont déclaré qu’elles étaient confrontées à des cas d’antisémitisme de plus en plus fréquents, tant sur le campus qu’à l’extérieur, ce qui leur donne le sentiment de ne pas être les bienvenues et de ne pas être en sécurité.

«Le simple fait d’être juif est devenu un acte politique, a raconté Kate Blumberg, étudiante en troisième année à l’université McMaster. Nous sommes des étudiants qui, dès que nous nous faisons remarquer, sommes désignés sur le campus comme les seuls à devoir répondre à une crise géopolitique bien plus ancienne et bien plus vaste que nous.»

Livia Mamane, une étudiante québécoise, a raconté avoir été interpellée verbalement dans les transports en commun à Montréal parce qu’elle portait un collier orné d’une étoile de David. Elle a expliqué être descendue à un arrêt au hasard, car elle s'était sentie menacée.

Elle a rapporté des situations similaires vécues par ses amis sur le campus, notamment celle d’un d’entre eux qui, selon elle, s’est vu adresser un salut nazi.

«C’est quelque chose que j’aimerais que davantage de gens comprennent à propos des étudiants juifs: nous ne débattons pas d’idéologies. Nous fréquentons des établissements scolaires et des espaces publics où notre identité est devenue, aux yeux des autres, une prise de position politique, a témoigné Livia Mamane. Ma vie est marquée par un sentiment constant de malaise et de peur lié à mon identité.»

Un enjeu de sécurité nationale

Le ministre de la Justice, Sean Fraser, et le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, ont fait jeudi le point sur les efforts du gouvernement fédéral pour lutter contre l’antisémitisme.

«Le gouvernement du Canada reconnaît que l'antisémitisme peut constituer un enjeu de sécurité nationale. Au-delà de la menace très réelle et immédiate qu'il représente pour les personnes et les communautés juives, l'antisémitisme est un élément central de nombreuses idéologies extrémistes violentes», indique le rapport d’étape du gouvernement fédéral.

«La banalisation de la haine à l'égard des Canadiens juifs et de la violence dirigée contre les institutions de la communauté juive sape la sécurité et la résilience du Canada, créant un environnement dans lequel aucune minorité vulnérable n'est en sécurité», est-il précisé.

La députée conservatrice Melissa Lantsman estime que le gouvernement n’en avait pas fait assez pour s’attaquer au problème et que des comportements clairement criminels n’étaient pas sanctionnés comme il se doit.

L’antisémitisme gagne du terrain à tous les niveaux du spectre politique, a-t-elle ajouté.

«Il est bien présent à gauche comme à l’extrême droite, a déclaré Mme Lantsman. Il appartient aux gouvernements et à ces institutions de l’éradiquer. Cela passe par l’application de la loi, par l’éducation, et c’est à nous tous de le dénoncer lorsque cela se produit.»

Mme Lantsman a raconté qu’elle se trouvait à sa synagogue lorsqu’elle a appris la nouvelle de l'attaque survenue à Belleville.

«Le lendemain, notre synagogue, comme c’est souvent le cas, a commencé par un breffage sur la sécurité: que faire si la situation dégénère, où se trouvent les issues, quelle est la part de responsabilité de la synagogue en matière de sécurité. Je pense que cela provoque un choc et une peur immenses au sein d’une communauté qui n’a cessé d’être bouleversée et effrayée au cours des trois dernières années», a-t-elle souligné.

Statistique Canada a indiqué plus tôt cette année qu’en 2024, 70 % des crimes de haine à caractère religieux signalés à la police visaient des personnes juives.

L’organisme a également souligné que les crimes de haine sont plus susceptibles de se produire dans des lieux publics, tels que les réseaux de transport en commun ou à proximité des écoles.

Le Parlement a adopté en juin dernier la Loi visant à lutter contre la haine, qui crée de nouvelles infractions au Code pénal pour les actes d’intimidation motivés par la haine à l’encontre de groupes identifiables, notamment par l’affichage intentionnel de certains symboles nazis.

Le député libéral Anthony Housefather souhaite que des procureurs spécialisés soient chargés de toutes les affaires liées à la haine, et les ministres fédéraux de la Justice et de la Sécurité publique semblent ouverts à cette idée.

Kyle Duggan, La Presse Canadienne