Société

La Route des fromages permet de découvrir des fromageries locales à travers le Québec

Un site web propose 15 circuits amenant le voyageur à découvrir un peu plus de 70 fromageries québécoises.

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Archive - Une sélection de fromage artisanal est affinée à l'usine de production de la fromagerie Fritz Kaiser, à Noyan, le 11 octobre 2018. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz Archive - Une sélection de fromage artisanal est affinée à l'usine de production de la fromagerie Fritz Kaiser, à Noyan, le 11 octobre 2018. LA PRESSE CANADIENNE (Ryan Remiorz)

Les amateurs de fromages québécois pourront prendre la route, parcourir la province et découvrir ses fromageries grâce à la Route des fromages, une initiative du Conseil des industriels laitiers du Québec (CILQ), lancée au début de l’été.

Le directeur général du CILQ, Charles Langlois, explique que l’idée derrière cet outil est de soutenir les entreprises régionales et de mettre en valeur l’industrie fromagère québécoise, mais surtout de faire découvrir «les humains derrière les fromages».

«Ça répond à un besoin de savoir qui fait nos fromages. On veut connaître qui sont les artisans qui fabriquent ce produit-là. On veut connaître leurs histoires», affirme-t-il.

Le site web propose 15 circuits amenant le voyageur à découvrir un peu plus de 70 fromageries québécoises, à travers un itinéraire déjà composé s’ouvrant dans Google Maps.

Le conseil, qui représente les intérêts des acteurs de l’industrie laitière québécoise, a créé cet outil à la demande de ses membres.

La route a préalablement existé sous forme d’application, mais ce nouveau déploiement s’articule autour d’une utilisation simple d’un site web mobile, en combinaison avec un usage clé en main de Google Maps.

Marie-Chantal Houde est copropriétaire de la fromagerie Nouvelle-France, ouverte depuis 16 ans à Racine, dans les Cantons-de-l’Est.

Elle-même membre du conseil d’administration du CILQ, Mme Houde relate les échanges entourant la Route des fromages, qui regroupe de gros joueurs industriels comme des fromageries indépendantes. «Autant les très grandes entreprises que les petites, comme moi, on se demande comment faire connaître notre métier.»

Faire tout un fromage des fromages québécois

Mme Houde célèbre l’inclusivité de la Route des fromages, sur laquelle sa fromagerie figure.

Pendant longtemps, sa fromagerie a été écartée du site «Fromages d’ici», qui représente uniquement les fromages de lait de vache.

La vedette de la fromagerie Nouvelle-France, le «Zacharie Cloutier», fait à base de lait de brebis, ne figure donc pas sur ce site. Ce fromage a pourtant remporté à plusieurs reprises le Caseus d’Or, un prix qui consacre les meilleurs fromages québécois.

Les fromageries comme la sienne, qui travaillent les laits de brebis ou de chèvre, ne bénéficient donc pas de la publicité donnée par «Fromages d’ici».

«Moi, j’ai créé «Fromage d’icitte», pour inclure tout!, plaisante-t-elle. Mais c’est pathétique. Et ça, c’est quelque chose que je demande depuis longtemps, depuis la première fois qu’on a remporté un prix.»

Selon Catherine Noppen, professeure en technique de tourisme de l’institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, le caractère associatif du projet permet aux fromageries d’aller chercher plus de visibilité, notamment pour la promotion.

L’organisme Terroirs et Saveurs et le réseau Économusées, qui œuvrent tous deux dans l’agrotourisme et le tourisme gourmand, offrent déjà des routes thématiques pour faire découvrir des producteurs, dont des fromagers.

Mais Mme Noppen estime qu’il est à l’avantage des fromagers de créer leur propre route, puisque tous ne peuvent pas figurer sur celles tracées par ces organisations.

Maîtres fromagers chez nous

Le patrimoine fromager du Québec compte environ 1200 fromages différents. Charles Langlois applaudit la qualité et la richesse du patrimoine fromager québécois. «C’est unique au Canada, et peut-être même en Amérique du Nord. On rivalise avec ce qui se fait en Europe, en termes de variété», souligne-t-il.

Marie-Chantal Houde, pour sa part, constate que, bien que la sienne soit en essor, ce n’est pas le cas pour toutes les fromageries. «Je vous dirais que l’importation des fromages rentre dans le corps, beaucoup. Ça joue du coude au niveau des prix, il y a de très bons fromages européens qui rentrent.»

L’idée de la Route des fromages s’inscrit dans deux tendances plus larges, à savoir celles de l’agrotourisme et de l’achat local.

«L’agrotourisme, c’est de plus en plus populaire, on est curieux d’aller voir nos régions», avance Charles Langlois, qui estime que cet outil satisfait le besoin d’expériences touristiques «différentes» et favorise l’achat local.

«Je pense que de le faire renaître à ce moment-ci est un très bon momentum, d’autant plus que l’achat local est quelque chose que les Québécois recherchent quand ils sont en voyage», affirme Catherine Noppen.

Depuis sept ans, Mme Noppen constate la popularité de la Belle Province auprès de ses habitants, «qu’on soit Québécois de l’Abitibi avec le désir de voyager dans le Bas-Saint-Laurent ou qu’on soit Gaspésien avec le désir de visiter la grande région de Montréal».

Elle considère que la majorité des touristes se trouvant au Québec en été sont Québécois, et que les touristes de provenance internationale sont en minorité.

La difficulté de voyager hors du pays lors de la pandémie avait lancé un afflux touristique dans les régions québécoises. L’incertitude économique dans laquelle la guerre tarifaire américaine et les conflits internationaux ont plongé les Québécois a ensuite permis à la province de surfer sur cette vague.

C’est précisément le besoin de certitude qui maintiendrait l’intérêt des Québécois pour leur province, selon Mme Noppen. Elle estime que la sécurité fait partie des raisons pour lesquelles les gens ont tendance à découvrir leur propre territoire.

«Le tourisme, par définition, c’est toujours l’idée d’un séjour», avance Mme Noppen. Un itinéraire comme celui de la route des fromages inciterait les gens à rester dans les régions et à les découvrir en profondeur.

Si le projet est appelé à évoluer, elle espère que les itinéraires de cette route seront intégrés dans tous les outils des offices et des associations touristiques régionales.

Elle invite également le ministère du Tourisme et le Conseil des industriels laitiers du Québec, ou toute organisation qui souhaiterait mettre en place des outils de découverte, à entrer en discussion afin de contribuer mutuellement à leurs expertises respectives.