La mairesse de Montréal Soraya Martinez Ferrada demande à l’ensemble des acteurs d’en faire davantage pour lutter contre la crise de l’itinérance qui sévit dans la métropole, tandis qu’on apprend que deux personnes âgées en situation d’itinérance sont décédées dans les dernières 24 heures.
«La nouvelle de ce matin est un triste rappel. Pour sortir les gens de la rue, il faut agir rapidement et tous ensemble», a lancé la mairesse Soraya Martinez Ferrada avec les larmes aux yeux lors d’une conférence de presse jeudi matin.
«Ce n’est pas normal qu’on perd des gens quand on a des moyens de les sauver.»
— Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et Urgences-santé n’étaient toutefois pas en mesure de confirmer les décès en matinée.
Sam Watts, président-directeur général de la Mission Bon Accueil, a toutefois partagé à CTV News avoir eu vent des décès qui seraient survenus dans des centres communautaires, sans avoir de détails.
«C’est une triste réalité», a commenté M. Watts à ce sujet. «De nombreuses personnes en situation d’itinérance ne bénéficient pas non plus de soins de santé adéquats», dit-il par écrit, croyant qu’ en tant que société, «nous devons faire mieux».
«Il n’est pas rare que des organisations comme la nôtre voient des personnes décéder dans leur sommeil alors qu’elles se trouvent dans nos locaux.»
— Déclaration écrite de Sam Watts, PDG de la Mission Bon Accueil
«Les organismes communautaires connaissaient les gens depuis longtemps. Ils sont en deuil», a d’ailleurs dit la mairesse de Montréal. «Ça nous rappelle pourquoi on investit autant en itinérance et pourquoi c’est la priorité la plus importante.»
Mme Martinez Ferrada appelle donc à tous de mettre la main à la pâte: «la Ville, les organismes communautaires, Québec et Ottawa». «Il faut accompagner [les personnes en situation d’itinérance] dans la dignité et le respect», a-t-elle déclaré.
Elle a qualifié cette crise comme étant «humanitaire» et demande à ce qu’on en fasse une priorité nationale. En fin d’après-midi, une minute de silence a été observée à la mémoire des deux personnes décédées au début du conseil d’agglomération de Montréal.
Au même moment, la Ville de Montréal annonçait une aide financière de 412 000 $ à l’organisme L’Anonyme pour aider les personnes en situation d’itinérance vivant dans les campements de la rue Notre-Dame.
Cette somme accordée n’est pas assez, a estimé la mairesse lors de sa conférence de presse. «On fait ce qu’on peut», a-t-elle expliqué. «Même quand on fait tout ce qu’on fait, on a perdu deux personnes.»
L’organisme L’Anonyme mettra donc en place une équipe dédiée à l’accompagnement des personnes en situation d’itinérance, qui seront redirigés vers des ressources qui les aideront à se loger.
«Les organismes sont à bout de souffle et on doit les aider. [...] Sans eux, on en perdrait beaucoup plus.»
— Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal
Constituée de quatre intervenants à temps complet, cette équipe permettra également d’assurer une meilleure sécurité et de la propreté des lieux.
«Sur le terrain, ce qui fait vraiment la différence, c’est le lien humain. Quand on prend le temps de connaître les gens, de jaser avec eux, ça change tout», a déclaré Benoit Langevin, responsable du développement social et de la cohabitation au comité exécutif de la Ville de Montréal. «On veut que la friche soit un endroit plus propre et plus sécuritaire pour tout le monde.»
Selon la Ville, l’objectif est également de diminuer les tensions dans le quartier en favorisant un partage équitable de l’espace public.
La Ville affirme que les intervenants accompagneront également les personnes qui vivent avec des «enjeux d’accumulation d’objets» et feront le pont avec les cols bleus chargés du nettoyage de la friche.
«Notre objectif est clair : maintenir des espaces publics propres, sécuritaires et accessibles, tout en agissant avec respect et dignité envers les personnes en situation d’itinérance», a ajouté Chantal Gagnon, mairesse de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.
D’ailleurs, l’administration Martinez Ferrada avait récemment mentionné une enveloppe annuelle de plus de 2 millions de dollars par année, sur 4 ans, afin de former des cols bleus appelés à intervenir avec une sensibilité accrue dans les campements ou sur leurs abords.
Les employés municipaux ne feront pas d’intervention psychosociale, mais accompagneront et soutiendront les équipes de cols bleus qui nettoient les campements.
De plus, plus initiatives dans le cadre du Programme d’intervention dans les milieux d’itinérance sont déjà actives sur le terrain et sont soutenues par la Ville. Ces projets, comme Création collective – Cirque Hors-piste, Vers Elles ou La Marie Debout, contribuent à améliorer la cohabitation dans les quartiers en offrant un accompagnement adapté aux réalités vécues par les jeunes et les femmes en situation d’itinérance.
Avec la collaboration de Guillaume Théroux pour Noovo Info et de l’information de Rachel Lau pour CTV News.
