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La fête du Canada suscite des sentiments opposés en Alberta

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Archives - Les drapeaux de l'Alberta et du Canada flottent en berne devant le Centre McDougall, à Calgary, le 29 mars 2013. LA PRESSE CANADIENNE/Jeff McIntosh Archives - Les drapeaux de l'Alberta et du Canada flottent en berne devant le Centre McDougall, à Calgary, le 29 mars 2013. LA PRESSE CANADIENNE/Jeff McIntosh (Jeff McIntosh)

La question de l’indépendance de l’Alberta était au cœur des préoccupations des Albertains vêtus de la feuille d’érable, réunis à Calgary, la plus grande ville de la province, pour célébrer la naissance de la Confédération.

Coiffée d’un bandeau orné de feuilles d’érable flottantes, telles des bulles de pensée, Candace Gillies, de Calgary, a expliqué avoir choisi de s’habiller avec un patriotisme exacerbé cette année, alors que la province envisage de quitter le Canada.

«Nous sommes là pour clamer haut et fort notre fierté d’être Canadiens et Albertains, car c’est bien de cela qu’il s’agit: le Canada et l’Alberta unis», a déclaré Mme Gillies, une femme de 46 ans, qui vit à Calgary depuis près de 30 ans.

Fédéralistes et séparatistes espèrent que les Albertains profiteront de cette fête du Canada pour réfléchir à ce que le pays a fait pour eux.

Le 19 octobre, les électeurs devront décider s’ils souhaitent que la province reste au sein du Canada ou s’ils veulent lancer le processus menant à un deuxième scrutin contraignant sur la sortie de la Confédération.

La campagne pour le référendum a débuté en mai et plusieurs groupes se sont formés pour tenter d’influencer l’opinion publique.

Mme Gillies faisait partie des personnes présentes à Calgary pour célébrer la fête du Canada et qui sont profondément attachées au maintien du pays au Canada.

Elle a expliqué que rester au Canada est particulièrement important pour elle, car son fils de dix ans a subi une transplantation cardiaque et bénéficie du système de santé public.

«Le Canada offre tellement de services pour ses besoins médicaux et sa santé que si nous quittions le pays, nous déménagerions. Nous retournerions au Canada», a-t-elle dit.

Elle et Halim Ezimokhai ont tous deux indiqué qu’ils voteraient pour rester au Canada.

M. Ezimokhai, 36 ans, a grandi au Moyen-Orient et a immigré au Canada en 2007.

«J’ai fait mes études universitaires ici, j’ai rencontré ma merveilleuse épouse, j’ai mes magnifiques enfants, donc j’ai vécu près de la moitié de ma vie au Canada maintenant, a-t-il relaté. Le Canada est tout pour moi».

M. Ezimokhai a dit comprendre que chacun ait ses raisons de vouloir se séparer, mais l’idée de quitter le Canada lui brise le cœur.

D’autres passants traversant la place Eau Claire, un lieu de rassemblement populaire du centre-ville de Calgary, portaient des t-shirts ou des casquettes «Forever Canadian» en soutien à une pétition pro-canadienne lancée l’an dernier.

Keith Wilson, un avocat militant en faveur de l’indépendance de la province, estime quant à lui que les Albertains devraient prendre conscience de leurs difficultés financières et réfléchir aux manœuvres politiques nécessaires pour qu’Ottawa accepte d’autoriser l’exploitation et le transport des ressources pétrolières, qui constituent le poumon économique de l’Alberta.

M. Wilson prévoyait également d’assister à une célébration, mais une célébration promouvant l’indépendance de l’Alberta.

Il prévoyait de passer la fête du Canada à Mirror, un hameau à l’est de Red Deer, où un propriétaire de café et partisan de la séparation organisait un «rassemblement pour la fête des Albertains» avec des discours, des prestations musicales et des activités pour les enfants.

«Une célébration typique de la fête du Canada, mais avec une touche albertaine», a-t-il déclaré.

Thomas Lukaszuk, l’ancien vice-premier ministre qui a lancé une pétition en faveur du statu quo l’année dernière, souhaite que les Albertains apprécient la liberté que le Canada offre à ses résidents et reconnaissent que le pays fait figure de modèle à l’échelle mondiale.

À son grand dam, M. Lukaszuk a repris la route à bord de ce qu’il appelle «la roulotte de l’unité». Le véhicule récréatif orné du motif de la feuille d’érable qu’il avait utilisé pour sa campagne de pétition sillonne désormais l’Alberta afin qu’il puisse distribuer des pancartes en faveur du Canada.

Sa pétition, qui a recueilli plus de 400 000 signatures, appelait la première ministre Danielle Smith à éviter un référendum et à inscrire dans la politique provinciale que la séparation n’était pas à l’ordre du jour.

Lorsqu’un juge a rejeté le mois dernier une pétition concurrente en faveur d’un référendum séparatiste, Mme Smith a invoqué le nombre de signatures recueillies par M. Lukaszuk et les 300 000 signatures revendiquées par les séparatistes pour affirmer qu’elle estimait qu’un nombre suffisant d’Albertains souhaitaient que la question soit tranchée une fois pour toutes.

Elle a déclaré que, même si elle votera pour que l’Alberta reste au sein du Canada, nombreux sont ceux qui nourrissent depuis une décennie une liste de griefs à l’encontre d’Ottawa concernant ses politiques énergétiques et environnementales.

Lukaszuk garde espoir que Smith annule le référendum

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un «moment de prise de conscience» pour les Albertains, selon lui. «Il arrive un moment, pour chaque génération, où nous devons défendre nos convictions, faire preuve de courage et ne pas laisser les forces négatives l’emporter simplement à cause de l’apathie», a déclaré M. Lukaszuk.

Il prévoit de se rendre à Edmonton pour une célébration en soirée. Entre-temps, il fera une halte dans une brasserie de Red Deer pour dévoiler une nouvelle bière portant son message «Forever Canadian» («Canadien pour toujours»).

En réfléchissant au 159e anniversaire du Canada, M. Wilson éprouve à la fois de la tristesse et de l’espoir.

«La tristesse vient du fait que le Canada a tellement changé. Le Canada n’est plus le pays qu’il était autrefois sur le plan économique ainsi qu’en matière de qualité de vie, d’accessibilité financière, en plus de la capacité des gens à réaliser leur potentiel. Pour moi-même et pour beaucoup d’autres personnes en Alberta, nous nous demandons ce que pourrait devenir l’Alberta», a-t-il indiqué.

Carney et Smith espèrent une conclusion inverse

Le premier ministre doit se rendre à Edmonton, où il devrait prendre la parole lors d’un événement organisé à l’occasion de la fête du Canada. Mme Smith prévoit quant à elle d’être à Calgary pour célébrer à Spruce Meadows, un complexe dédié aux sports équestres et au divertissement.

Jeudi, la première ministre doit faire une annonce concernant le projet de pipeline vers la côte ouest proposé par son gouvernement. Elle a présenté ce projet et l’accord énergétique conclu avec M. Carney comme la preuve que les Albertains ne devraient pas tourner le dos au Canada.

M. Wilson croit que le fait même qu’un accord énergétique soit nécessaire prouve que la Confédération ne fonctionne pas.

«Ottawa contrôle l’Alberta et freine notre prospérité», a-t-il affirmé.