La Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie a lieu dimanche alors que des reculs sont constatés à travers le monde du côté des droits de la communauté LGBTQ+. Dans ce contexte, la Fondation Émergence a décidé de miser sur les alliés dans sa campagne de sensibilisation annuelle.
«Que faire devant ces reculs? C’est la question que l’on s’est posée», a expliqué en entrevue avec Noovo Info le directeur général de la fondation Laurent Breault au sujet du thème de cette année «L’effet allié est en marche». C’est d’ailleurs cet organisme qui est derrière l’idée de l’événement et qui a créé la Journée nationale de lutte contre l’homophobie en 2003.

Selon l’étude annuelle pour l’année 2026 commandée à la firme Léger par la fondation, 61 % des Canadiens se considèrent comme des alliés de la communauté LGBTQ+. C’est en partant de ce constat que le thème pour la campagne 2026 a été choisi.
«On est une minorité. Si on veut que l’opinion publique freine les reculs et qu’on s’assure que du côté des politiques publics, du côté des gouvernements qu’il n’y ait pas de politiques qui viennent restreindre les droits des communautés LGBTQ+, il nous faut une majorité dans l’opinion publique. Et cette majorité-là, on l’atteint avec les alliés.»
— Laurent Breault, directeur général de la Fondation Émergence
Cette majorité est atteinte si on inclut la communauté LGBTQ+, indique M. Breault. Un fait qui est «rassurant», selon lui. Cette année, la fondation souhaite aller plus loin avec le thème de sa campagne. «C’est le moment de commencer à aller de l’avant et à poser des gestes concrets pour freiner les reculs et renverser la vapeur.»
La Fondation Émergence met de l’avant cette année plusieurs reculs à travers le monde en ce qui concerne les droits LGBTQ+. On parle notamment de projets de loi anti-trans et anti-LGBTQ+ proposés et parfois adoptés aux États-Unis ou encore, de la recriminalisation de l’homosexualité à Trinitié-et-Tobago alors que la décriminalisation avait été décrétée en 2018.
«Au cours des dernières années, décennies, pour ce qui concerne les gays et lesbiennes, il y a énormément d’avancées. Mais aujourd’hui, la cible principale, oui, c’est l’ensemble des communautés LGBTQ+, mais c’est tout particulièrement les personnes trans», souligne M. Breault. Selon l’étude menée par Léger, 23 % des répondants disent ressentir un malaise envers les personnes trans. «Il ne devrait pas avoir de malaise», selon lui.
Pour inciter la population et les entreprises à devenir des alliés, l’organisme propose plusieurs volets à travers sa campagne: témoignages, vidéos de célébrités comme Anne Dorval ou encore Arnaud Soly, kits de sensibilisation envoyés à des écoles, des défis à réaliser, etc. Une marche a également eu lieu dimanche à la Place des Festivals de Montréal. La fondation offre également un accompagnement à des entreprises ou encore des ministères.
Une sensibilisation «plus importante que jamais»
Noovo Info s’est également entretenu avec Marie Houzeau, directrice générale du GRIS-Montréal (Groupe de recherche et d’intervention sociale). L’année dernière, l’organisme avait dévoilé un rapport qui montrait une hausse de l’intolérance envers les personnes de la communauté LGBTQ+ dans les milieux scolaires.
«La tendance ne s’est pas encore inversée», souligne Mme Houzeau qui ajoute que les conclusions du rapport sont encore d’actualité. «On continue à voir un niveau de malaise croissant chez les jeunes et c’est justement une raison de plus pour prendre parole.» Elle soutient que la sensibilisation est «plus importante que jamais» dans le contexte actuel.
Malgré les données qui démontrent une hausse de l’intolérance, Mme Houzeau souligne qu’une majorité de jeunes n’ont pas de malaise envers un camarade de classe qui est homosexuel ou bisexuel par exemple. Il faut «braquer les projecteurs sur ces jeunes qui n’ont pas de problèmes, qui sont déjà des alliés en puissance», soutient la directrice générale du GRIS-Montréal.
Pour elle, des journées comme le 17 mai permettent de faire sentir les personnes y compris les jeunes qui ont des valeurs d’inclusion comme étant «légitimes». Des journées comme dimanche permettent aussi de mettre en lumière des combats qui ne sont pas encore terminés, selon elle.
«Revenons au Québec qu’on souhaite construire ensemble.»
— Marie Houzeau, directrice générale du GRIS-Montréal
Mme Houzeau est optimiste quant à l’avenir de l’organisme alors que les bénévoles du GRIS continuent de réaliser des interventions dans plusieurs écoles.
«Le rôle du GRIS est plus central que jamais, je dirais, parce que ce qu’on fait, c’est assez unique. C’est-à-dire proposer des modèles positifs, humaniser des questions qui sont devenues de plus en plus polarisantes et de plus en plus justement déshumanisées. Ce n’est pas parce que les conversations publiques deviennent plus tendues que les jeunes des communautés queer ont disparu du paysage scolaire.»
Un comité de l’ONU préoccupé
Cette édition de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie survient alors que le Canada a récemment fait l’objet d’un rapport rédigé par un comité des droits de l’homme de l’ONU. «(Le Comité) se déclare notamment préoccupé par le harcèlement, la violence et l’exclusion sociale fondés sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle, y compris à l’encontre des personnes 2ELGBTQI+», peut-on lire dans le plus récent texte des observations finales sur le Canada.
En 2024, 658 crimes haineux ciblant l’orientation sexuelle ont été signalés à la police, selon Statistique Canada. 139 crimes haineux ciblant l’identité ou l’expression de genre ont également été enregistrés.
Le document invite Ottawa à renforcer les programmes de formation destinés aux fonctionnaires, aux agents des forces de l’ordre, aux magistrats et aux procureurs, et à intensifier la sensibilisation du public aux droits de la personne.
Contacté par La Presse Canadienne à la fin du mois d’avril, le ministère des Femmes et de l’Égalité des genres a indiqué par courriel avoir pris connaissance du document publié par l’ONU et précisé qu’il «prendrait le temps de l’examiner attentivement».
«Le gouvernement du Canada demeure déterminé à contrer toutes les formes de discrimination, de violence et de harcèlement, notamment celles fondées sur l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre», a ajouté le ministère.
Avec des informations de La Presse Canadienne

