Une femme de Montréal, une Ukrainienne qui s’est réfugiée au Québec en 2023 en raison de l’invasion russe, affirme vivre dans l’inquiétude et craint de devoir quitter la province alors qu’elle peine à obtenir un statut de résidente permanente.
Ganna fait partie des milliers d’Ukrainiens qui ont pu compter sur l’aide du gouvernement du Canada pour s’installer au pays en recevant un permis de travail temporaire de trois ans en lien avec l’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU) implantée en 2022, mais qui est venue à échéance le 15 juillet 2023.
Depuis, une grande incertitude subsiste quant à leur avenir.
En vertu de l’AVUCU, Ganna n’est pas considérée comme une réfugiée et son permis de travail arrive à échéance en octobre prochain alors que la guerre avec la Russie fait toujours rage.

La fin du PEQ
Si le gouvernement du Canada permet aux Ukrainiens arrivés au pays avant le 31 mars 2024, dans le cadre de l’AVUCU, de déposer une demande d’ici le 31 mars prochain pour renouveler leur permis de travail ou d’études pour un autre trois ans, l’avenir demeure incertain.
«Je pensais travailler, prendre de l’expérience, et ensuite appliquer pour le PEQ [Programme de l’expérience québécoise], mais il n’existe plus. Je ne sais plus quoi faire. Pour mon avenir, je voudrais savoir que j’ai la possibilité de rester ici», a mentionné Ganna.
Le PEQ - un programme qui visait à accélérer l’obtention de la résidence permanente en valorisant l’expérience acquise sur le territoire - a été remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) qui fonctionne avec un système de pointage basé sur l’âge, la scolarité, le secteur d’activité ou encore la connaissance du français.
Ganna estime qu’elle n’est pas en mesure de répondre aux critères du PSTQ.
«J’ai étudié le programme parce que je pense à mon avenir, j’ai assisté à des ateliers, et en raison de mon âge, je suis seule et je n’ai pas de diplôme québécois, alors je n’ai pas de poids», a-t-elle expliqué.
«Ça m’inquiète de me dire que dans trois ans mon nouveau permis de travail sera expiré, qu’est-ce que je vais faire? Je n’ai pas de futur…»
— Ganna, Ukrainienne installée à Montréal
Dans un courriel transmis à Noovo Info, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada explique que s’il existait une voie d’accès vers la résidence permanente pour les Ukrainiens, cette politique temporaire a pris fin le 22 octobre 2024 et les délais de réponse qui y sont rattachés sont longs.
«La demande pour ce programme a largement dépassé le nombre de places disponibles. Dans les catégories où les demandes dépassent les objectifs prévus, les temps d’attente sont plus longs», a écrit Mary Rose Sabater, conseillère en communication pour Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.
L’IRCC précise également que le gouvernement du Canada a mis en place de nouvelles mesures en janvier dernier qui permettent aux Ukrainiens qui ont présenté une demande dans le cadre de la voie d’accès de regroupement familial de prolonger plus facilement leur séjour au Canada en attendant une décision concernant leur demande de résidence permanente.
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Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, plus de 25 000 personnes ont présenté une demande dans le cadre de cette voie d’accès de regroupement familial.
«Plus de 3200 demandeurs ont été approuvés dans le cadre de la voie d’accès vers la résidence permanente, et le traitement se poursuit pour les nombreuses personnes qui ont présenté une demande», a précisé l’IRCC.
«Lorsque la situation le permettra, nous nous attendons à ce que de nombreux Ukrainiens souhaiteront rentrer chez eux. Pour l’instant, la suspension des renvois reste en vigueur pour l’Ukraine en reconnaissance de la guerre en cours.»
— Mary Rose Sabater, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada
Une nouvelle vie
Ganna a quitté l’Ukraine en laissant derrière elle sa famille et ses amie(s).
Elle a choisi Montréal comme terre d’accueil afin de s’y reconstruire une vie loin de la guerre.
«J’adore les grandes villes. J’ai choisi Montréal parce que je suis seule, donc je peux aller rencontrer les gens et je peux utiliser les transports en commun», a-t-elle affirmé.
Depuis un peu plus de deux ans, Ganna consacre donc son temps à l’apprentissage du français ainsi qu’à l’amélioration de son anglais. «J’avais une base d’anglais, mais de niveau scolaire post-soviétique, donc ce n’était pas très bon», a-t-elle confié.

Ganna souligne qu’elle a également participé au programme Femmes vers l’emploi et qu’elle assiste à plusieurs activités pour les immigrants «pour mieux s’intégrer».
Comptable de métier, elle est aujourd’hui prête à travailler et espère décrocher un emploi qui lui permettrait de côtoyer des gens.
Un plan d’action?
Depuis 2022, et à ce jour, ce sont plus de 300 000 Ukrainiens qui sont arrivés au Canada via l’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine.
Plusieurs associations ukrainiennes militent d’ailleurs à l’heure actuelle afin qu’Ottawa et Québec établissent un plan d’action pour les Ukrainiens arrivés au pays en raison de la guerre avec le Russie afin qu’ils puissent obtenir plus facilement leur résidence permanente.
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Ganna affirme qu’elle souhaite pour sa part une solution, pas un passe-droit.
«Je suis prête à passer tous les processus. J’ai déjà passé l’examen TEF Québec [examen qui mesure le niveau de compétences et de connaissances en français], j’ai participé au programme Objectif intégration de Québec, je fais tout pour m’intégrer, je suis prête a faire tout le processus, mais il doit être réaliste», a plaidé Ganna.
