Société

Indemnités de l’IVAC coupées: une victime de violence conjugale demande du temps pour s’en sortir

Si la situation ne change pas, elle devra passer un autre hiver dans son véhicule et dans l’abri de fortune qu’elle partage avec son chien.

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Des victimes voient leurs indemnités de l’IVAC coupées Une victime de violence conjugale se retrouve à la rue après que ses indemnités de l’IVAC ont été coupées.

Dans son cri du cœur, une survivante de violence conjugale demande aux partis politiques de prendre position. Après avoir quitté son conjoint violent, elle est aujourd’hui à la rue. L’aide financière qu’elle recevait du programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) a pris fin en novembre après qu’elle eut atteint la durée maximale de trois ans prévus par la réforme adoptée en 2021.

«À l’IVAC, il y a des humains. Les dossiers devraient être évalués au cas par cas», plaide Isabelle*.

Après dix ans de violence conjugale extrême, elle estime que trois années de soutien financier n’ont pas suffi à lui permettre de se reconstruire.

«Je veux m’en sortir et je vais m’en sortir. J’ai juste besoin de temps.»

—  Isabelle, victime de violence conjugale

Le PQ, le PLQ et QS promettent de revoir la réforme

Le député sortant de Jean-Talon, le péquiste Pascal Paradis, soutient que d’autres femmes victimes de crimes graves, comme Isabelle, n’arrivent pratiquement jamais à obtenir la prolongation de deux années supplémentaires prévue dans certains cas.

S’il reconnaît que la Loi visant à aider les personnes victimes d’infractions criminelles et à favoriser leur rétablissement (LAPVIC) comporte des avancées, notamment en élargissant l’accès à l’indemnisation, il déplore les longs délais de traitement ainsi que la limite de trois ans imposée à l’aide financière.

«À un moment donné, il y a un nombre de témoignages concordants qui fait qu’on doit revoir ça. C’est un engagement du Parti québécois (PQ)», a affirmé M. Paradis.

Même son de cloche au Parti libéral du Québec (PLQ). Le député sortant d’Acadie, André Albert Morin, rappelle avoir déjà signalé au ministre sortant de la Justice, Simon Jolin-Barrette, que la réforme comportait des failles importantes.

«Nous, au Parti libéral du Québec, les victimes d’actes criminels, on ne les laissera pas tomber, ça, c’est sûr», promet-il.

Un gouvernement libéral dit vouloir réduire les délais de traitement à l’IVAC et miser davantage sur la télémédecine afin d’accélérer l’accès aux soins pour les victimes.

Du côté de Québec solidaire (QS), Etienne Grandmont estime que «les programmes mur à mur, qui présument que tout le monde guérit dans un délai fixé d’avance, ne fonctionnent pas».

«On a besoin de mesures adaptées aux réalités des personnes», a-t-il ajouté.

Le candidat solidaire critique par ailleurs ses adversaires politiques qui souhaitent, selon lui, réduire la taille de l’État.

«J’ai peur que ce genre de programme ne reçoive pas toute l’attention et les ressources financières nécessaires pour aider les survivantes.»

Triste histoire, mais aucun changement annoncé par la CAQ

Dans une déclaration écrite, la CAQ reconnaît que «la situation rapportée est extrêmement difficile».

Le parti rappelle toutefois que «le remplacement du revenu est généralement prévu pour une période de trois ans» et qu’il «peut être prolongé jusqu’à deux années supplémentaires dans certaines situations».

La formation souligne également que d’autres formes de soutien, notamment les services psychologiques, peuvent continuer d’être offertes selon la situation de la personne.

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) qualifie de son côté le témoignage d’Isabelle de «bouleversant» et affirme que les délais rapportés sont «inacceptables».

«Il faut voir si l’approche de l’IVAC peut être plus personnalisée pour mieux tenir compte de la situation et des besoins de chaque victime. Je vais me pencher sur cette situation pour déterminer comment mieux accompagner les victimes et éviter qu’elles se retrouvent à la rue alors qu’elles tentent de se reconstruire», estime le PCQ.

Les victimes de violence conjugale particulièrement touchées

En attendant, si la situation ne change pas, Isabelle devra passer un autre hiver dans son véhicule et dans l’abri de fortune qu’elle partage avec son chien.

Elle est loin d’être la seule à subir les contrecoups de la réforme. Selon le dernier rapport annuel de l’IVAC, 79% des quelque 16 500 demandes acceptées provenaient de femmes. Environ le tiers des demandes d’aide concernent également des infractions commises dans un contexte de violence conjugale.

*Nom fictif attribué pour la protection de la victime