Choisir de ne pas faire d’enfants divise autant en ligne que lors des soupers de famille. Alors que le taux de fécondité est historiquement bas au Québec, des experts tentent de savoir s’il faut impliquer l’État dans la question.
Une photo de l’animatrice Pénélope McQuade, où elle porte un chandail «J’aurai pas d’enfants», a fait resurgir le débat sur les réseaux sociaux au début du mois. À l’international, en France, le président Emmanuel Macron a annoncé qu’il allait envoyer une lettre aux jeunes filles de 29 ans sur la fertilité.
La tendance à la baisse inquiète et fait réagir ailleurs et au Québec, qui a un taux de 1,33 enfant par femmes. La province reste au-dessus de la moyenne nationale, mais est en dessous du seuil de renouvèlement de 2,1.
«C’est important de se rappeler qu’il y a plusieurs facteurs qui influencent la fécondité», souligne la sociologue et professeure à l’Université de Sherbrooke, Sophie Mathieu. L’experte nomme en autre, l’accès au logement et la stabilité économique.
«Il ne faut absolument pas que l’enjeu de faible fécondité devienne un enjeu de femme. C’est un enjeu sociétal. La solution n’est pas de contraindre les femmes à avoir plus d’enfants.»
Impliquer l’État ou pas
À la fin des années 1980, le Québec offre une prime nataliste nommée «bébé bonus». Une idée qui a donné des résultats que sur une courte période de temps, selon Sophie Mathieu.
«Ce n’est pas une solution à long terme, ça ne fonctionne pas», raconte la professeure durant une conférence sur le sujet.
La sociologue estime qu’il faut surtout investir dans des services de qualité et une meilleure parité dans la charge de l’enfant.
«Il faut de meilleurs services de garde et augmenter le congé paternel», indique-t-elle.
Sophie Mathieu dément l’idée traditionnelle qu’une femme au foyer pousse à avoir des enfants: «Les pays avec moins d’égalité de genre n’ont pas des taux de natalité plus élevés.»
La sociologue estime que le Québec reste au-dessus de la moyenne nationale grâce à son service de garderie et ses politiques familiales qui se distinguent au Canada.
Des risques modérés
«À l’heure actuelle, si on regarde la tendance mondiale et au Québec… La population va éventuellement tomber à zéro», explique Benoît Laplante, démographe et chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).
Avant de crier à la fin de l’humanité, l’expert rappelle qu’il est rare qu’une tendance se maintienne au long terme et que la situation n’est pas encore «si grave que ça».
«Toutefois, ce qu’on ne dit pas, c’est qu’ il y a une hausse de naissances chez les 35, 39 ans», mentionne Sophie Mathieu. Il se pourrait que le problème se règle dans quelques générations et que l’on ait simplement des enfants plus tard.
Ce qui intrigue le chercheur est le changement de la vision du besoin d’enfant.
«On a longtemps pris pour acquis que les gens avaient l’envie de faire des enfants, mais ce n’est peut-être plus le cas.»
Il a été surpris par une sociologue finlandaise qui a proposé d’introduire l’idée de la famille à la fin de l’école secondaire, au même titre que les études supérieures et l’emploi. Une idée encore embryonnaire, mais qui pourrait être réfléchie par le pays.
«C’est provocateur comme suggestion (...) mais ça vient d’un pays avec une bonne égalité homme-femme. Est-ce que c’est une bonne idée? Je ne sais pas», conclut-il.

