Ce qui a commencé par une vidéo virale d’un influenceur montrant un «incident» sur la tyrolienne du Vieux-Port de Montréal s’est transformé en une polémique en ligne et en un échange d’argent douteux.
«Entre ce qui s’est réellement passé sur la tyrolienne et ce qui a fini sur Internet, disons simplement qu’il y a un écart considérable», a rapporté Samuel Cadotte, président de Tyrolienne MTL Zipline, qu’il qualifie de plus grande tyrolienne urbaine du Canada.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Il explique que vendredi dernier, l’un de ses employés a décidé de relever un «défi que certains membres de l’équipe se lancent depuis plusieurs années».
C’est-à-dire tenter de remonter la tyrolienne après avoir filé jusqu’en bas.
«Cela demande une force physique incroyable et très peu de gens y parviennent. Notre employé a réussi», a-t-il confié, tout en reconnaissant que le moment choisi – 18h – n’était peut-être pas idéal.
«Son quart de travail venait de se terminer, et il y avait encore beaucoup de monde sur place», a précisé M. Cadotte. «Habituellement, ce genre de défi est relevé tôt le matin, lorsque le site est plus calme.»
«Incident» sur la tyrolienne
Alors que l’employé s’attaquait à son défi, Lovepreet Singh, un créateur de contenu basé à Halifax, en Nouvelle-Écosse, qui était en vacances à Montréal avec sa famille, l’a filmé et a publié une vidéo sur les médias sociaux, la qualifiant d’«incident sur la tyrolienne».
«Je prenais des photos de ma famille. Je me suis retourné, et tout à coup, j’ai vu… qu’il y avait encore quelqu’un là-bas», a-t-il raconté à CTV News. «Je voyais que quelqu’un était immobile, il n’avançait pas, il était figé. Je le regardais, et il reculait. Je me suis dit : “Il recule?”»
L’homme de 30 ans explique avoir immédiatement pensé que quelqu’un s’était retrouvé coincé sur la tyrolienne.
«Je me suis dit : “OK, c’est peut-être quelqu’un qui essayait de descendre”», a-t-il poursuivi. «Ma première réaction a évidemment été, comme je suis un habitué des réseaux sociaux, d’allumer ma caméra et de commencer à filmer.»
«Il n’y a eu ni accident, ni blessure, ni défaillance de l’équipement», a confirmé de son côté Samuel Cadotte.
«Pour quelqu’un qui ne connaît pas bien la tyrolienne, je peux comprendre que la séquence puisse paraître surprenante», a-t-il ajouté. «Si vous regardez la vidéo attentivement, vous pouvez voir que l’employé est calme, qu’il maîtrise ses mouvements et qu’il poursuit délibérément son ascension.»
Après que M. Singh a publié sa vidéo en ligne, celle-ci est devenue virale, totalisant plus d’un million de visionnements au cours des premières 24 heures.
«Nous nous sommes soudainement retrouvés à devoir rassurer un très grand nombre de personnes au sujet d’un accident qui ne s’était jamais produit», a déploré M. Cadotte.
M. Singh se défend en soulignant qu’il n’a jamais mentionné le nom de l’entreprise, ni tenu de propos négatifs sur ce dont il était témoin.
«Je n’ai rien dit qui laisse entendre que c’est dangereux, qu’il ne faut pas y aller ou que cela pourrait vous arriver», a-t-il répliqué à CTV News. «J’ai simplement trouvé drôle la façon dont ça s’est passé ou le fait que quelqu’un soit coincé.»
Il fait valoir qu’il n’y avait aucun panneau ni aucune indication qu’un défi était en cours, ajoutant qu’il n’était pas le seul à filmer — il se trouve simplement qu’il est un influenceur ayant une large audience.
«Je publie des vidéos, ça me rapporte de l’argent. Alors, j’ai publié cette vidéo. Ça a fait un tabac. Je gagnais de l’argent grâce à ça. Je gagnais de l’argent», a ajouté l’influenceur.
Affaire commerciale ou chantage?
Samuel Cadotte souligne que dès qu’il a eu connaissance de la vidéo, il a immédiatement tenté de communiquer avec M. Singh pour lui expliquer ce qui s’était passé et lui demander de la retirer.
«Notre objectif n’était pas de déclencher une bataille en ligne», a-t-il insisté. «Nous voulions protéger notre employé, rassurer le public et corriger les fausses informations avant qu’elles ne prennent encore plus d’ampleur.»
M. Singh affirme lui avoir répondu: «Je suis un spécialiste des médias sociaux. Je suis payé pour publier. Je suis payé pour retirer des vidéos ou quoi que ce soit d’autre, parce que cette vidéo me rapporte déjà de l’argent. Si je la retire, je cesserai de gagner de l’argent, car c’est mon activité».
C’est à ce moment-là que les choses ont commencé à mal tourner, selon Samuel Cadotte.
«Il a expliqué que cette vidéo était, de loin, la plus populaire qu’il ait jamais publiée», a-t-il dit. «Il comprenait qu’il ne s’agissait pas d’un véritable incident et que la publication avait un impact négatif sur notre entreprise. Malgré cela, il a refusé de la corriger ou de la retirer, affirmant que cela pourrait nuire à sa réputation d’influenceur.»
M. Cadotte affirme que M. Singh a exigé une «somme substantielle» pour retirer la vidéo. L’influenceur nie les allégations, insistant sur le fait qu’il a demandé 200$.

«J’ai publié cette vidéo dans le but de susciter de l’engagement et, évidemment, de gagner de l’argent», a-t-il expliqué. «Beaucoup de gens m’ont accusé de pratiquer de l’extorsion ou je ne sais quoi, mais mes médias sociaux, c’est mon entreprise. C’est légal. J’ai tous les documents fiscaux et tout ce qu’il faut pour mes réseaux sociaux.»
Il affirme avoir également proposé de créer une nouvelle vidéo dans laquelle il se rétracterait, moyennant 400$.
Les deux parties ont finalement convenu d’une entente forfaitaire de 300$ qui a été déjà versé.
«Nous avons choisi de payer pour que la publication soit retirée rapidement et pour limiter les dommages», a souligné M. Cadotte à CTV News. «Parallèlement, nous avons documenté chaque étape, conservé une trace de toutes les communications, fait appel à la police et pris les mesures nécessaires pour récupérer l’argent.»
Réactions racistes
M. Singh affirme que depuis l’incident, il a été la cible de réactions hostiles et de remarques racistes de la part d’internautes.
«Les gens m’envoient des courriels, des commentaires et des messages privés», a-t-il avoué. «Je reçois toujours ce genre de commentaires racistes, mais leur nombre a considérablement augmenté.»
Il admet avoir cru que la conversation avec Samuel Cadotte s’était terminée sur une note positive, les deux hommes ayant même collaboré à la réalisation de sa vidéo de rectification.
«J’ai fait une vidéo, j’ai tout monté, et il m’a dit: “Tu sais quoi? Tu peux m’envoyer la vidéo? Je veux voir ce que c’est, et je ne la publierai pas, mais je veux voir quelle magie tu as opérée”», a raconté l’influenceur. «Il était d’accord avec ça.»

Il a été surpris d’apprendre que Samuel Cadotte avait contacté la police.
«Maintenant, l’affaire a pris une autre tournure. Il a déposé une plainte ou quelque chose du genre, affirmant qu’il y avait eu extorsion d’argent ou je ne sais quoi», a-t-il réagi. «Ce n’est pas de l’extorsion. C’est mon travail. Mes médias sociaux sont ma source de revenus. Je publie pour être payé. Je suis payé pour publier, et je suis payé pour retirer du contenu.»
M. Cadotte affirme maintenant que le dossier a été remis à la police : «Je laisserai aux autorités le soin de déterminer la qualification appropriée.»
«Nous ne demandons pas à un créateur de contenu de retirer une publication simplement parce qu’elle ne nous plaît pas», a-t-il précisé. «Nous demandons simplement un minimum de coopération lorsque des informations s’avèrent fausses. Les corriger, ajouter le contexte approprié ou, si nécessaire, supprimer la publication me semble être une question de responsabilité et de respect.»
La tyrolienne de Montréal est en service depuis 2015 et a accueilli plus de 500 000 participants au cours de la dernière décennie.

