Le Canada est comme un beau garçon avec qui vous aimeriez sortir, mais qui, pour une raison quelconque, vous rend la tâche très difficile.
C’est l’analogie faite par Mai Trinh, récemment diplômée en commerce de l’université Simon Fraser, qui a cofondé une entreprise en démarrage évaluée à 35 millions de dollars avant de la transférer à San Francisco pour la développer.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Un jour, vous vous réveillez, vous réalisez votre valeur, puis vous partez», a expliqué Mai Trinh.
Cette étudiante internationale originaire du Vietnam est cofondatrice d’Internet Backyard, une entreprise qui fournit une infrastructure financière pour l’économie informatique en automatisant les logiciels de facturation et de gestion financière.
S’appuyant sur sa propre expérience, Mme Trinh souligne à quel point il est difficile pour les entrepreneurs de la génération Z de créer et de développer des entreprises en démarrage technologiques au Canada, et pourquoi beaucoup finissent par s’installer au sud de la frontière.
«Les personnes les plus impressionnantes que j’ai rencontrées à San Francisco jusqu’à présent viennent du Canada. C’est vraiment dommage», a-t-elle dit.
Elle estime que les règles d’immigration du pays, l’infrastructure de technologie financière limitée et le manque de capital-risque sont à blâmer.
Longs délais d’obtention des visas et manque d’infrastructures
Pour Mai Trinh, deux raisons principales l’ont poussée à s’installer aux États-Unis.
La première est le manque d’infrastructures au Canada pour lancer et développer rapidement une entreprise de technologie financière.
Après s’être constituée en société dans le Delaware, Internet Backyard a clôturé en une semaine seulement un tour de financement de 4,5 millions de dollars américains, avec une valorisation post-financement de 25 millions de dollars américains.
En revanche, dans l’ensemble de l’Ouest canadien, au premier trimestre 2025, le financement total levé pour tous les tours de pré-amorçage n’était que de 3 millions de dollars américains.
L’écosystème des entreprises en démarrage du Canada a du mal à rivaliser avec les entreprises américaines, a-t-elle ajouté.

«Il existe de nombreux microfonds qui souhaitent vraiment soutenir les fondateurs novices», a soutenu Mme Trinh. «Mais comme ils ne disposent pas de suffisamment de capitaux, cela devient très difficile.»
Le deuxième problème concerne les visas.
En tant qu’étudiante internationale originaire du Vietnam et cofondatrice avec Gabriel Ravacci, originaire du Brésil, Mme Trinh a expliqué que tous deux devaient travailler pour d’autres employeurs afin d’accumuler suffisamment de points dans le cadre du système de classement global du Canada pour pouvoir prétendre à la résidence permanente.
«Comme le score requis ne cesse d’augmenter, nous ne pouvions pas le faire tout en créant notre entreprise», a-t-elle indiqué. «Le programme de visa pour les entreprises en démarrage au Canada prévoit actuellement un délai d’attente de 10 ans. Cela ne fonctionne tout simplement pas pour nous.»
Mme Trinh avait également suivi des cours de français tout en travaillant à temps plein pour essayer d’améliorer son score SCG.
Quelle politique peut aider?
Selon Mme Trinh, la simplification des visas pour les entrepreneurs changerait la donne.
Il y a trois semaines, le ministère canadien de l’Immigration a annoncé qu’il n’accepterait plus de nouvelles demandes dans le cadre du programme de visa pour les entreprises en démarrage.
«Après avoir obtenu leur diplôme, les étudiants canadiens partent directement à San Francisco ou à New York, car il est beaucoup plus facile d’obtenir un visa de travail là-bas», a-t-elle mentionné, citant les permis de travail H-1B et E aux États-Unis.
Le Canada dispose d’un énorme potentiel en matière d’IA
Malgré les défis à relever, Mme Trinh estime que le Canada conserve un avantage majeur dans le secteur des centres de données, grâce à ses ressources abondantes en terres, en eau et en énergie, ainsi qu’à son climat naturellement plus frais.
Son entreprise en démarrage a déjà lancé deux projets pilotes auprès de clients à Vancouver.
«C’est un secteur énorme qui peut se développer si le gouvernement est prêt à le soutenir», a-t-elle affirmé, en particulier en ce qui concerne la gestion énergétique des centres de données. «S’il y avait un changement de politique, je serais ravie de revenir.»

