Société

Ils adoptent une fillette au Liban, mais Québec bloque son arrivée au pays

«Le gouvernement oublie que derrière cette bataille, il y a un petit être humain.»

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Roula Bou Chahla, Jean Abou Ghannam et leur fille adoptive, Liana, au Liban. La famille ne peut pas rentrer au Québec car l'adoption n'a pas encore été approuvée par le gouvernement. (Courtoisie via CTV News) Roula Bou Chahla, Jean Abou Ghannam et leur fille adoptive, Liana, au Liban. La famille ne peut pas rentrer au Québec car l'adoption n'a pas encore été approuvée par le gouvernement. (Courtoisie via CTV News)

Roula Bou Chahla affirme que chaque jour est à la fois un rêve et un cauchemar.

Après avoir tenté de devenir mère pendant les 18 dernières années, elle raconte qu’elle avait presque perdu tout espoir quand, soudainement, la petite Liana, âgée de cinq mois, est apparue dans sa vie grâce à un service d’adoption internationale au Liban.

Ce est une traduction d’un article de CTV News.

«Je l’adore. Je l’aime. Je l’adore», a confié Mme Bou Chahla, rayonnante. «C’est la plus belle chose que j’aie jamais faite de ma vie… Je ferais n’importe quoi pour elle. Que demander de plus? Je donnerais ma vie pour elle.»

Cette Montréalaise qualifie sa petite fille de «rayon de soleil», mais ce moment de joie s’est rapidement transformé en source d’angoisse.

Roula Bou Chahla et sa fille adoptive, Liana, au Liban. La famille ne peut pas rentrer au Québec car l'adoption n'a pas encore été approuvée par le gouvernement. Roula Bou Chahla et sa fille adoptive, Liana, au Liban. La famille ne peut pas rentrer au Québec car l'adoption n'a pas encore été approuvée par le gouvernement. (Courtoisie via CTV News)

La mère et sa fille — qui a maintenant 22 mois — sont actuellement bloquées au Liban, un pays déchiré par la guerre, parce que le gouvernement du Québec affirme ne pas avoir approuvé l’adoption à l’avance.

«Nous ne pourrons peut-être jamais rentrer chez nous parce que notre vie est traitée comme de simples papiers sur un bureau», a-t-elle confié à CTV News. «Le gouvernement oublie que derrière cette bataille, il y a un petit être humain.»

Roula Bou Chahla et son mari, Jean Abou Ghannam, figuraient sur la liste d’attente d’adoption de la province depuis 13 ans.

Après avoir appris qu’ils pourraient devoir attendre encore 12 à 20 ans avant de pouvoir tenir un enfant dans ses bras, Mme Bou Chahla explique s’être tournée vers le service d’adoption internationale, le Secrétariat aux services internationaux à l’enfant (SASIE).

«Quand un système vous ferme ses portes et vous impose des délais, encore et encore, alors qu’un enfant attend, que faites-vous?», a-t-elle demandé. «J’aurais tellement aimé adopter au Québec sans avoir à subir tout ce stress, mais le Québec ne m’a pas permis de le faire.»

Mme Bou Chahla, qui est enseignante, raconte qu’un agent du SASIE leur a expliqué que le couple aurait plusieurs formulaires à remplir, dont un intitulé Adoption internationale sans l’intervention d’agences agréées, en collaboration avec une organisation non gouvernementale (ONG) au Liban.

Roula Bou Chahla, Jean Abou Ghannam et leur fille adoptive, Liana, au Liban. La famille ne peut pas rentrer au Québec car l'adoption n'a pas encore été approuvée par le gouvernement. Roula Bou Chahla, Jean Abou Ghannam et leur fille adoptive, Liana, au Liban. La famille ne peut pas rentrer au Québec car l'adoption n'a pas encore été approuvée par le gouvernement. (Courtoisie via CTV News)

Quelques semaines plus tard, elle a reçu un refus du gouvernement, accompagné d’une demande de renseignements supplémentaires.

«Je me suis dit: “Bon, peut-être ont-ils besoin d’un document officiel de la part de la personne responsable de l’adoption au Liban”», a-t-elle dit. «J’ai appelé le ministère de la Justice au Liban pour demander si je pouvais obtenir une attestation prouvant que je ne me livrais pas à la traite de personnes, et ils m’ont répondu: “Oui, bien sûr.”»

À ce moment-là, Mme Bou Chahla raconte qu’elle et son mari hésitaient entre attendre la réponse actualisée du gouvernement du Québec et risquer de manquer leur rendez-vous avec un juge libanais chargé d’évaluer leur aptitude à devenir parents.

Mme Bou Chahla explique que le couple a choisi de prendre l’avion.

Après avoir rencontré leur fille pour la première fois, la réponse est enfin arrivée: le gouvernement ne reconnaîtrait pas l’adoption.

«On se sent impuissant, découragé, anéanti, épuisé», a-t-elle confié. «C’est un projet qui nous tient à cœur. Nous voulons absolument fonder une famille. Nous voulons absolument avoir un bébé, et si j’avais pu avoir mon propre bébé, je n’aurais pas eu à vivre tout ce cauchemar.»

À la suite de cette nouvelle, Jean Abou Ghannam a été contraint de retourner au Canada, mais sa femme est restée au Liban avec Liana depuis 18 mois, cherchant désespérément de l’aide.

Roula Bou Chahla, Jean Abou Ghannam et leur fille adoptive, Liana, au Liban. La famille ne peut pas rentrer au Québec car l'adoption n'a pas encore été approuvée par le gouvernement. Roula Bou Chahla, Jean Abou Ghannam et leur fille adoptive, Liana, au Liban. La famille ne peut pas rentrer au Québec car l'adoption n'a pas encore été approuvée par le gouvernement. (Courtoisie via CTV News)

«Je suis responsable de ce bébé que je tiens dans mes bras. Je suis responsable de sa sécurité», a-t-elle indiqué. «Quand je l’ai prise dans mes bras pour la toute première fois, je lui ai fait la promesse de ma vie. Je lui ai promis de lui offrir sécurité et stabilité. Je lui ai parlé de sa chambre à Laval, qui l’attendait, et de son père, qui l’attendait lui aussi.»

Mme Bou Chahla se sent coupable de ne pas pouvoir «tenir» sa promesse envers Liana.

«Elle a besoin de son père et de sa mère, et de vivre dans un endroit qui lui appartienne», a-t-elle estimé. «Nous étions en train de préparer le terrain pour notre famille, car nous rêvions d’elle depuis 18 ans.»

Si elle ne parvient pas à ramener sa fille au Québec, le couple n’aura d’autre choix que d’envisager d’autres options — une autre province, voire un autre pays.

«Nous allons tout perdre: notre maison, nos amis, notre communauté, le poste d’enseignante que j’aime tant», a mentionné Mme Bou Chahla, les larmes aux yeux. «Je me sens brisée. J’ai l’impression que le Québec me punit simplement parce que j’ai voulu sauver une enfant innocente et lui offrir la dignité qu’elle mérite.»

Elle fait valoir que la situation au Liban est dangereuse et que le bruit des drones qui survolent la région réveille souvent Liana la nuit.

«Je crains pour ma vie. Je crains pour la vie de ma petite fille», a-t-elle avoué. «Nous entendons les drones. Elle entend le bourdonnement. Elle entend le bruit.»

Roula Bou Chahla Roula Bou Chahla and her adopted daughter, Liana, in Lebanon. The family cannot return to Quebec because the adoption has not been approved by the government. (Roula Bou Chahla)

Mme Bou Chahla refuse d’envisager la possibilité que la famille doive rester au Liban de façon permanente si l’adoption n’est pas reconnue.

«Elle était dans mon cœur bien avant d’entrer dans ma vie. Je me battrai pour elle jusqu’à mon dernier souffle», a-t-elle dit avec émotion. «Je n’abandonnerai jamais, jamais. Si vous me voyez parfois sourire, sachez qu’au fond de moi, je vis dans une anxiété constante. Liana devrait être en sécurité, protégée, et ne pas grandir au milieu d’une zone de guerre. Elle avait le droit de grandir dans un pays sûr, là où se trouvent ses parents.»

Un cadre juridique strict

Selon le ministère de la Santé du Québec (MSSS), qui supervise les procédures, les adoptions internationales sont assujetties aux lois de la province, ainsi qu’à celles du pays d’origine de l’enfant et aux conventions internationales.

«Le cadre juridique actuellement en vigueur au Québec ne permet pas l’adoption privée ni la reconnaissance d’une adoption nationale ou internationale d’un enfant sans autorisation préalable», a-t-on précisé à CTV News.

Cela signifie qu’une adoption internationale ne peut être reconnue «si certaines conditions essentielles ne sont pas remplies», notamment «la conformité du processus d’adoption, la validité des consentements obtenus, le respect des mécanismes de coopération entre les autorités compétentes, la documentation requise ou les mesures de protection garantissant que l’adoption a été effectuée dans l’intérêt supérieur de l’enfant et dans le respect de ses droits».

Le ministère explique que le Québec est tenu de se conformer à la Convention de La Haye sur l’adoption, un accord international qui protège les enfants pendant le processus d’adoption, empêche les adoptions illégales pouvant impliquer la traite de personnes ou l’enlèvement, et plus encore.

Roula Bou Chahla Jean Abou Ghannam and his adopted daughter, Liana, in Lebanon. The family cannot return to Quebec because the adoption has not been approved by the government. (Roula Bou Chahla)

«Le mandat du MSSS consiste notamment à veiller au respect des règles et à autoriser chaque étape d’un processus d’adoption jusqu’à l’arrivée de l’enfant au Québec. Le mandat du MSSS est régi par un cadre juridique strict», a-t-on insisté. «Il est assujetti non seulement à la réglementation provinciale en matière d’adoption, mais aussi à la réglementation fédérale concernant l’immigration des enfants adoptés à l’étranger. L’autorité n’a aucun pouvoir discrétionnaire pour accorder des exceptions.»

En ce qui concerne spécifiquement Liana, le ministère précise qu’il «ne peut pas commenter les cas individuels ni les raisons qui ont pu mener à une décision dans un dossier d’adoption particulier».

«Le fait qu’une adoption soit légalement reconnue dans un autre pays ne signifie pas automatiquement qu’elle le sera au Québec», a-t-on ajouté. «Les autorités québécoises doivent s’assurer que les exigences énoncées dans leur cadre législatif et les normes internationales applicables ont également été respectées.»

Néanmoins, le ministère reconnaît que «les processus d’adoption suscitent souvent de grands espoirs chez les familles et que certaines décisions peuvent être source de déception et de confusion».