Les partys de Noël au travail approchent à grands pas. Pour plusieurs, c’est l’occasion de lever le pied et de célébrer entre collègues. Mais chaque année, ces soirées festives s’accompagnent aussi d’un risque accru de comportements déplacés et de harcèlement à caractère sexuel. Face à cette réalité, comment réagir si on est témoin d’une situation douteuse?
Pour y voir plus clair, nous avons rencontré Charles-Éric Desîlets, avocat sénior en droit du travail, membre de l’équipe spécialisée en harcèlement en milieu de travail chez Juripop, un organisme à but non lucratif qui vient en aide aux personnes confrontées à de telles situations.
Les activités sociales sont - légalement - du travail
Pendant longtemps, plusieurs considéraient les partys de Noël comme des moments «hors bureau», échappant aux règles habituelles du milieu de travail. Or, cette vision est officiellement révolue.
Depuis septembre 2024, la loi oblige les employeurs à inclure dans leur politique de prévention du harcèlement des règles précises concernant le comportement attendu des personnes lors des activités sociales. Le changement découle notamment du projet de loi 42, adopté en mars 2024, qui renforce la protection des employés en matière de harcèlement psychologique et de violence à caractère sexuel, et ce, autant au travail que dans ses activités périphériques.
Les partys de Noël sont évidemment visés, mais les 5 à 7, les formations à l’extérieur, les déplacements professionnels et tout événement organisé dans le cadre de l’emploi sont concernés.
«Beaucoup ne réalisent pas que ces soirées relèvent du milieu de travail au sens légal. Cette clarification vient solidifier les obligations.»
— Charles-Éric Desîlets, avocat sénior en droit du travail
Témoin d’une situation: suis-je obligé de dénoncer?
«À priori, non. Les témoins n’ont pas d’obligation juridique de dénoncer, à moins d’être cadres ou gestionnaires», précise Charles-Éric Desîlets.
Mais même sans obligation formelle, le rôle du témoin demeure crucial. Il peut offrir une présence aidante, écouter la personne qui a subi un comportement inapproprié, la valider, et l’orienter vers les ressources pertinentes.
«On encourage tout le monde à adopter une posture de témoin allié. Mais il faut d’abord respecter ses propres limites et intervenir seulement si on se sent en mesure et disponible pour le faire.»
— Charles-Éric Desîlets, avocat sénior en droit du travail
Un témoin allié, insiste-t-il, doit surtout respecter la victime: s’assurer qu’elle est à l’aise d’en parler, ne jamais minimiser les faits, et reconnaître pleinement ce qu’elle dit avoir vécu.
Les 10 conseils de Juripop pour aider une personne victime de harcèlement
- S’assurer que la personne se sente à l’aise de partager les événements et comment elle les a vécus.
- Écouter la personne, respecter son rythme et ses besoins, y compris son choix de dénoncer ou non.
- Accueillir et valider son ressenti, montrer qu’on la croit.
- Indiquer clairement que le comportement n’est pas acceptable.
- Ne pas banaliser les événements ni trouver d’excuses au comportement.
- Souligner la force et le courage de la personne pour avoir parlé.
- Ne jamais remettre en question son récit.
- Avoir des ressources à lui proposer si elle le souhaite.
- Offrir du soutien si on s’en sent capable.
- L’informer de la politique ou du processus de plainte disponible dans l’organisation.

