MONTREAL — Environ 150 chantiers de construction sont ralentis ou paralysés par la grève des ingénieurs du gouvernement, estime l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ).
Des chantiers, surtout en région, mais aussi à Québec et Montréal, sont ainsi affectés, déplorent à l'unisson l'ACRGTQ, l'Association des firmes de génie-conseil et Bitume Québec.
La grève illimitée de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) a débuté le 6 juillet dernier. Ils sont 1900 ingénieurs, à travailler principalement au ministère des Transports, mais aussi à ceux de l'Environnement, des Affaires municipales, des Ressources naturelles, de la Cybersécurité.
En entrevue mercredi, la directrice générale de l'ACRGTQ, Me Caroline Amireault, a déploré les répercussions de cette grève qui se sont déjà fait sentir pour certains entrepreneurs et travailleurs, et les répercussions qui vont se poursuivre, si le conflit de travail ne se règle pas bientôt.
«Pour certains de nos entrepreneurs, la saison 2026, elle est terminée, elle est compromise. Il va y avoir des pertes d'argent; il va y avoir des pertes d'emplois. Mais là, on veut que le reste de la saison 2026 et 2027 puisse se réaliser correctement, d'autant plus qu'on est dans un déficit de maintien de nos actifs au Québec. On a 50 pour cent de nos routes qui sont en mauvais état ou en très mauvais état, actuellement», a lancé Me Amireault.
Les répercussions de la grève des ingénieurs du gouvernement se font sentir à différentes étapes d'un chantier: autorisations, surveillance, planification.
Par exemple, lorsqu'un chantier a reçu les autorisations nécessaires et a déjà débuté, «vous avez des ingénieurs du gouvernement qui vont venir à tous les jours faire des prélevés pour voir si les matériaux utilisés sont les bons et quelles sont les quantités, parce qu'ultimement, ces quantités-là vont être facturées. Donc, la présence des ingénieurs du gouvernement est quotidienne sur nos chantiers», explique Me Amireault.
«On a aussi des ingénieurs qui sont dans les bureaux du ministère, qui rédigent les appels d'offres des prochains contrats qui s'en viennent. Alors, si ces ingénieurs-là ne sont pas à leur table de travail pour dessiner les prochains appels d'offres des prochains contrats de la fin d'année 2026 ou de l'année 2027, bien ces chantiers-là aussi, qui ne sont pas commencés, sont en péril», ajoute-t-elle.
Elle invite le gouvernement du Québec et l'APIGQ à retourner à la table de négociations pour conclure une entente, pour le bien de tous.
Le litige
Cette négociation traîne en longueur, puisque la convention collective de l'APIGQ est échue depuis le 31 mars 2023, soit en même temps que celles de l'ensemble des employés de l'État.
Les membres de l'APIGQ avaient déjà débrayé durant huit jours en 2025, dans le cadre de la même négociation. Ils avaient également débrayé durant une journée, le 29 mai, cette année. Puis, à compter du 11 juin, ils avaient fait la grève les jeudis, les soirs et les week-ends, avant d'en venir à cette grève illimitée depuis le 6 juillet.
Des services essentiels sont toutefois assurés durant la grève. Environ 300 ingénieurs y sont affectés, selon le président de l'APIGQ, Marc-André Martin.
Le litige porte principalement sur l'octroi d'une «enveloppe sectorielle», qui doit permettre d'offrir des avantages spécifiques à certaines catégories d'emplois jugés prioritaires. Celle-ci permet d'aller au-delà des augmentations salariales de 17,4 % sur cinq ans qu'ont obtenues l'ensemble des employés de l'État.
M. Martin estime que, vu l'état des infrastructures au Québec, les ingénieurs du gouvernement doivent être considérés comme une catégorie prioritaire et bénéficier d'une telle «enveloppe sectorielle».
En juillet, le Conseil du trésor avait affirmé que l’équipe de négociation disposait «du mandat nécessaire pour en arriver à une entente» avec le syndicat des ingénieurs. Il avait rappelé qu'il avait déjà «réglé avec 99 % des salariés du secteur public et parapublic».
Lia Lévesque, La Presse Canadienne

