Des groupes québécois demandent aux partis politiques de faire de la violence fondée sur le genre un enjeu central de la prochaine campagne électorale.
Ces appels font suite à deux cas présumés de féminicides survenus à Montréal en l’espace de 48 heures cette semaine, dans l’arrondissement de Villeray—Saint-Michel—Parc-Extension, ce qui porte à 13 le nombre de cas présumés de féminicides au Québec cette année.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Après 13 féminicides dans le cadre de relations intimes depuis le début de l’année, l’inaction n’est pas une option», a lancé Louise Riendeau, co-responsable des questions politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. «À l’approche de la campagne électorale, nous interpellons les partis: quels engagements êtes-vous prêts à prendre pour réduire la violence conjugale?»
Mme Riendeau a indiqué que plusieurs facteurs doivent être pris en compte pour lutter contre la violence fondée sur le genre, notamment l’augmentation de la capacité d’accueil des centres de soutien et d’hébergement afin qu’ils puissent offrir davantage de services.
Elle a également appelé à l’élimination des obstacles systémiques qui empêchent les victimes d’échapper à la violence et d’atteindre l’autonomie, en particulier l’autonomie financière. Parmi ces obstacles, elle a souligné la hausse du coût de la vie, la crise du logement abordable et l’accès limité à l’aide juridique.
Il est également essentiel de sensibiliser les jeunes dès leur plus jeune âge à ce que sont des relations saines, selon Mme Riendeau.
«Pour y parvenir, nous avons besoin de financement pour des ressources spécialisées et de la formation, mais aussi de politiques audacieuses pour lutter contre la pauvreté et aborder la question du logement social», a-t-elle ajouté.
Les femmes, victimes de meurtres disproportionnés
Le terme «féminicide» désigne le meurtre de femmes et de filles en raison de leur sexe et/ou de leur genre, selon la Coalition féministe contre la violence envers les femmes.
Il est considéré comme la manifestation la plus extrême de la violence et de la discrimination fondées sur le genre.
Bien qu’un féminicide puisse être commis par un membre de la famille, un ami, une connaissance ou un inconnu, il est le plus souvent perpétré par un partenaire intime actuel ou ancien de la victime.
Les données de Statistique Canada publiées le mois dernier soulignent que les femmes sont tuées de manière disproportionnée par un conjoint ou un partenaire intime: 41% des femmes tuées l’ont été par un conjoint ou un partenaire intime, contre 5% des hommes.
Compte tenu des préoccupations croissantes concernant la prévalence des féminicides et de la violence fondée sur le genre à l’échelle du pays, le Canada a renforcé son cadre juridique en matière de violence faite aux femmes en reconnaissant le féminicide comme une forme grave de violence fondée sur le genre, assortie d’outils juridiques plus solides pour le prévenir, le poursuivre et le punir.
Le Québec a également pris des mesures pour protéger les femmes contre la violence conjugale, notamment en adoptant en juin à l’Assemblée nationale le projet de loi Gabie Renaud.
Ce projet de loi permet à une femme qui craint pour sa sécurité d’obtenir des renseignements concernant les antécédents de violence familiale de son partenaire intime.
Gabie Renaud est décédée en septembre dernier et aurait été tuée par son partenaire, qui avait des antécédents de violence familiale.
Les «demi-mesures» ne suffisent pas
La Coalition féministe contre la violence envers les femmes demande au gouvernement du Québec de créer un ministère des Femmes et de l’Égalité, ainsi qu’un cadre juridique sur la violence faite aux femmes.
Selon la coordonnatrice générale de la Coalition féministe contre la violence envers les femmes, Julie Antoine, la création d’un ministère des Droits des femmes et de l’Égalité permettrait de centraliser les responsabilités gouvernementales, de mieux coordonner les actions entre les différents ministères et d’assurer la reddition de comptes quant aux politiques et aux budgets récurrents.
Le cadre juridique créerait une base légale pour les institutions — notamment les gouvernements, les ministères, les entreprises et les organismes — afin de prévenir et de lutter contre la violence faite aux femmes.
Il intégrerait également des évaluations d’impact selon le genre et des considérations d’égalité dans les décisions, les politiques, les programmes et les pratiques organisationnelles, tout en assurant un suivi des progrès et en remédiant aux lacunes.
«Deux femmes sont décédées en l’espace de 48 heures à la suite de violences misogynes», a soutenu Mme Antoine. «Pour lutter contre le continuum du féminicide, nous devons nous attaquer aux racines de la violence ainsi qu’à tous les systèmes qui la perpétuent. Nous devons reconnaître collectivement que les demi-mesures ne suffisent plus pour protéger les filles et les femmes.»
