Société

Faux congé payé: un test «cruel» de cybersécurité indigne des travailleurs de la santé

«C’était un coup bas envers nos membres.»

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Femme clavier Une femme tape sur le clavier de son ordinateur tout en naviguant sur Internet à North Vancouver, en Colombie-Britannique, le mercredi 19 décembre 2012. (Jonathan Hayward/La Presse Canadienne)

Les dirigeants syndicaux de Terre-Neuve-et-Labrador affirment qu’un test de cybersécurité qualifié de «cruel» a indigné les travailleurs de la santé de toute la province et pourrait pousser certains d’entre eux à quitter leur emploi prématurément.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Des milliers d’infirmières, de médecins et d’autres employés des Services de santé de Terre-Neuve-et-Labrador (NLHS) ont reçu mardi un courriel de leur employeur leur promettant une journée de congé payé supplémentaire en reconnaissance de leurs efforts récents — pour découvrir par la suite que ce courriel n’était qu’un test de cybersécurité visant à piéger les employés.

«C’était en fait insultant, humiliant et irrespectueux», a indiqué Yvette Coffey, présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers autorisés de Terre-Neuve-et-Labrador. «Nos membres sont furieux, et moi aussi.»

Les responsables des Services de santé de Terre-Neuve-et-Labrador ont présenté des excuses publiques au sujet de ce courriel. Ron Johnson, chef de la direction par intérim de l’organisme de santé, a indiqué mercredi que les autorités allaient ouvrir une enquête pour déterminer comment ce courriel avait été envoyé — et s’il avait été rédigé par le personnel des NLHS ou par un sous-traitant d’Ernst & Young.

Ron Johnson Ron Johnson, chef de la direction par intérim des Services de santé de Terre-Neuve-et-Labrador

«On est vraiment passé à côté de l’essentiel», a déclaré M. Johnson aux journalistes. «Ce qui s’est passé ici, c’est manifestement que tous les aspects nécessaires à l’examen de la situation n’ont pas été pris en compte.»

«Cela ne reflète pas la valeur que nous accordons à nos employés.»

—  Ron Johnson, chef de la direction par intérim des Services de santé de Terre-Neuve-et-Labrador

Selon Mme Coffey, la frustration était déjà grande au sein du système de santé de Terre-Neuve-et-Labrador en raison du déploiement stressant d’un nouveau système d’information sur la santé et d’un logiciel de soutien appelé «CorCare».

Elle a indiqué que ses membres effectuaient des heures supplémentaires obligatoires et se voyaient refuser des congés à l’approche du lancement de CorCare ce printemps.

«Tout ce stress, toutes ces heures supplémentaires obligatoires, et ensuite essayer d’amadouer le personnel avec la promesse d’un jour de congé?», a questionné Mme Coffey.

«C’était un coup bas envers nos membres.»

—  Yvette Coffey, présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers autorisés de Terre-Neuve-et-Labrador

Le courriel promettait «un jour de congé payé supplémentaire» en reconnaissance du travail accompli dans le cadre de la transition vers CorCare. Il demandait aux employés de s’inscrire pour le «congé de juin», qui était soi-disant offert à tous les employés du NLHS.

June Day phishing email À propos du courriel d'hameçonnage intitulé «June Day» envoyé aux employés des Services de santé de Terre-Neuve-et-Labrador. (Garrett Barry/CTV News)

« Ce message vise à reconnaître le travail accompli par les employés tout au long d’une période de changements importants », indiquait le courriel.

Le courriel a été envoyé au personnel du NLHS à partir d’un domaine externe : remailmail.com

«Je me suis senti ridicule»

La formation en cybersécurité occupe désormais une place centrale au sein des organismes de santé de Terre-Neuve-et-Labrador, après qu’une cyberattaque survenue en 2021 a mis hors service certains systèmes informatiques du secteur de la santé pendant des mois.

Une enquête provinciale a révélé qu’un pirate informatique appartenant au groupe de rançongiciel Hive avait utilisé un mot de passe volé pour accéder aux systèmes des autorités de santé. Le groupe a dérobé des renseignements médicaux dans le système.

Jerry Earle, président de l’Association des employés des secteurs public et privé de Terre-Neuve-et-Labrador (NAPE), a dit jeudi avoir reçu des messages d’au moins un professionnel de la santé qui a décidé de quitter son emploi à la suite de cet incident.

«Les employés sont stressés au maximum», a-t-il soutenu. «Cela pourrait bien être la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour plusieurs.»

«Certains m’ont déjà dit: “J’aurais pu prendre ma retraite il y a six mois; si c’est ainsi que mon employeur compte me respecter, je m’en vais.”»

Les dirigeants syndicaux ont relayé les commentaires de travailleurs de la santé de première ligne qui ont écrit à leurs représentants syndicaux pour leur faire part de la douleur que cet incident leur a causée.

«Je faisais partie de ceux qui ont cliqué sur le lien. Quand j’ai lu le courriel pour la première fois, j’ai eu les larmes aux yeux. L’espace d’un instant, j’ai eu l’impression que notre travail acharné et notre dévouement étaient enfin reconnus», a écrit un membre du syndicat. «Au lieu de cela, je me suis senti ridicule.»

Mme Coffey a recommandé que la régie de la santé devrait tenir sa fausse promesse et accorder une journée de congé aux employés.