Les maisons d’hébergement et de services pour femmes vulnérables font face à une pression sans précédent. Au centre-ville de Montréal, l’organisme Chez Doris observe une hausse marquée de la fréquentation: en moyenne, 40 femmes supplémentaires par mois ont franchi ses portes cette année.
«Ce sont surtout des femmes en situation de grande précarité», précise Diane Pilote, directrice générale de Chez Doris. La réalité est souvent brutale: elles ont faim. Et pour répondre à ce besoin essentiel, l’organisme offre trois repas par jour.
Parmi les femmes accueillies, plusieurs portent un lourd passé. Lorraine Roy, 68 ans, a connu l’itinérance pendant 13 ans dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.
«J’ai fait de la prostitution, j’ai eu honte d’en parler au début. Depuis 2001, je m’en suis sortie, mais j’ai un choc post-traumatique assez sévère. J’étais rendue une loque humaine»
— Lorraine Roy, 68 ans.
Grâce au soutien de Chez Doris, elle vit aujourd’hui dans un logement subventionné.
La période des Fêtes de fin d’année peut accentuer les difficultés.
«C’est un moment où il y a des souvenirs, des joies aussi, mais même dans ces moments-là, nos femmes peuvent vivre beaucoup d’isolement. Pour nous, c’est le moment de démontrer qu’elles sont réellement importantes», souligne Diane Pilote.
Pour certaines, la maison représente bien plus qu’un service: «Moi, ça brise mon isolement», témoigne Isabelle Beaupré, une femme profitant des services de Chez Doris.
Face à la demande croissante, l’organisme prépare l’avenir. La Maison Fulford, créée par Chez Doris, sera transformée au cours de la prochaine année et demie. Les étages accueilleront une vingtaine de chambres transitoires, renforçant l’offre d’hébergement de prévention.
«À Fulford, ce sera la deuxième maison de prévention. On sera rendues à 40 chambres de prévention. À terme, ce serait bien de pouvoir développer une maison mère-enfant», explique la directrice générale.

