Malgré des températures glaciales et des ressources en itinérance qui débordent, ni les autorités de la santé, ni la Ville de Montréal comptent utiliser les plus de 200 lits laissés vacants dans un YMCA de la métropole.
Noovo Info a révélé la semaine dernière que des centaines de lits ont été libérés dans un immeuble d’un YMCA de l’ouest de Montréal avant les Fêtes après l’annulation d’un programme pour les demandeurs d’asile.
Les autorités sanitaires ont confirmé avoir réservé 48 places pour un projet en itinérance. Il resterait donc toujours environ 250 places, selon ce que Noovo Info a pu corroborer sur le terrain.
Avec les 48 lits réservés, le YMCA, en collaboration avec le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal (CCOMTL), accueille depuis le 12 janvier des personnes en situation d’itinérance qui ont récemment été hospitalisées ou qui ont dû passer à l’urgence.
«Ce projet pilote novateur, en collaboration avec le CCOMTL, répond à des besoins urgents dans la communauté et vise à diminuer le retour en itinérance d’une personne qui consulte en centre hospitalier. Le but est d’avoir un impact significatif sur son rétablissement ainsi que de diminuer le besoin de retourner plusieurs fois à l’urgence», a indiqué Flavie Côté, directrice, communications et rayonnement des YMCA.
Notons que les 250 lits toujours vacants ont été libérés le 19 décembre, alors que la Ville de Montréal, qui avait déclenché des mesures d’urgence en itinérance deux semaines plus tôt, n’avait pas été mise au courant. Et la mairesse Soraya Martinez Ferrada réclame pourtant des lits et non des chaises pour les refuges et pour les haltes chaleurs.
Selon l’opposition, ce n’est pas le moment de faire de la politique sur cet enjeu, mais il faudrait que les acteurs se parlent plus rapidement.
«C’est regrettable qu’on ne puisse pas avoir une meilleure communication pour profiter de cette opportunité-là. Mais je pense que ce n’est pas une question de mauvaise foi. Ça démontre la complexité de l’enjeu», mentionne Ericka Alneus, cheffe de Projet Montréal.
«Inacceptable»
Pour le député de Québec solidaire (QS) et responsable du dossier de l’itinérance, Guillaume Cliche-Rivard, la situation est «inacceptable».
«Les gens ont froid, ils ne veulent pas passer l’hiver dehors, mais il n’y en a pas de place. […] Et d’entendre qu’on n’a pas de réponse face à des lits qui sont disponibles, je trouve ça inacceptable», a-t-il lancé en entrevue.

Il souligne que Montréal travaille «beaucoup» pour tenter d’améliorer la situation, mais que la Ville n’a pas assez de moyens pour y arriver. Il demande au gouvernement de la CAQ «de bouger sans délai» afin de s’impliquer davantage sur le dossier de l’itinérance.
«On a entendu le coroner nous dire que 108 personnes en situation d’itinérance sont mortes l’année passée. On a le devoir comme élu de faire tout en notre pouvoir pour que ce chiffre se réduise. On devrait viser zéro, ça n’a pas de bon sens au Québec, en 2025-2026, qu’il y aille des citoyens qui meurent de froid dans la rue», s’est insurgé le député de QS.
Interrogé par Noovo Info, le cabinet de la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a répondu que la situation relève de l’établissement qui est responsable de l’organisation des services sur le terrain.
«De façon générale, il est important que les ressources soient suffisantes pour permettre l’utilisation optimale des places, particulièrement en période hivernale», indique-t-on.
Rappelons que les autorités de la santé n’avaient pas alerté la Ville des lits vacants, malgré l’urgence, puisque les «choix des projets régionaux et leur financement sont sous le leadership du CIUSSS Centre-Sud».
À voir dans la vidéo.

