Société

Entrevue avec celui qui dessine sur les meubles abandonnés de Montréal

Noovo Info a passé une nuit avec «le calligraphe de Montréal».

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Projet «Garbage Beauty»: il dessine sur les meubles abandonnés de Montréal depuis 15 ans Projet «Garbage Beauty»: il dessine sur les meubles abandonnés de Montréal depuis 15 ans. (Noovo Info)

Arpenter les rues à la recherche de matelas et de meubles abandonnés, voici le passetemps favori de Romain Boz. Quinze ans après ses premiers traits, son projet a bien évolué, même que l’artiste se promène maintenant la nuit.

Dès que la température est clémente, le calligraphe de rue quitte son studio puis enfourche son vélo à la recherche de son prochain canevas.

«Fais-moi une place» sur un lit simple ou «Je ne fit dans aucune case» sur un ancien casier ; chaque phrase reflète en quelque sorte l’objet mis aux poubelles.

«Tant que je peux écrire sur l’espace public, je suis fucking content, c’est un peu obsessif», raconte l’artiste, feutre à la main.

Sous la faible lumière des lampadaires de la ville, il peut laisser sa trace sur plusieurs meubles en une seule soirée. Depuis la naissance de son deuxième enfant il y a quelques mois, il a décidé de profiter de la nuit pour faire vivre sa passion.

Pour lui, cette activité est devenue une sorte de «méditation active».

romain boz garbage beauty C'est après avoir pris des cours de calligraphie que Romain Boz a développé cette passion. (Axel Dansereau Macias)

Un projet de longue haleine

Le projet Garbage Beauty voit le jour en 2011. Romain Boz et son ami artiste Vincent Box se lancent l’idée d’écrire des phrases sur les déchets montréalais.

Le tout prend de l’ampleur au fil du temps. Par moment, le collectif compte quatre personnes qui publient sur le même compte Instagram. Maintenant, Romain Boz est le seul à Montréal, alors que Vincent Box vit à Glasgow en Écosse.

Le Montréalais s’inspire de chansons et de la vie de tous les jours pour trouver ses phrases. «Avant je mettais ça dans ma tête, mais maintenant j’ai un calepin, sinon j’oubliais», affirme-t-il, tout sourire.

Chaque page contient d’innombrables phrases classées selon l’objet.

Le côté éphémère de chaque œuvre, fait partie intégrante du projet. «Je me sens spécial d’être lu, c’est comme si une relation est établie avec la personne qui lit.»

Si l’artiste avoue s’être limité par le passé à des phrases philosophiques ou cocasses, il tente désormais d’aller vers la provocation et la réflexion.

garbage beauty art montreal Romain Boz espère que son projet puisse devenir un phénomène mondial. (Axel Dansereau Macias)

Briser les frontières

«Je pense vraiment que le projet a les capacités de dépasser les frontières», ajoute le calligraphe. Il assure recevoir des messages de tous les horizons qui l’encouragent à continuer.

«Un jour un gars m’a dit : n’arrête jamais ce que tu fais, ça sauve des vies», affirme l’artiste. En côtoyant l’itinérance, il a reçu ce témoignage avec émotions.

« Il m’a expliqué que ces phrases peuvent vraiment faire un baume au cœur à des personnes dans la rue. Ça a totalement changé ma perspective sur le projet.

—  Romain Boz, calligraphe de rue

Bien que le projet pourrait continuer à «muter», Romain Boz est certain d’une chose ; il ne se voit pas arrêter de si tôt.

romain boz garbage beauty Travailler de nuit comporte son lot de défi pour écrire avec précision, selon l'artiste. (Axel Dansereau Macias)