Mariah Jackson et Fernando Gonzalez ne passeront jamais devant le repère 242 de la Transcanadienne, dans l’ouest du Nouveau-Brunswick, sans penser à la date de naissance de leur fils nouveau-né.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le petit Liam est né le 19 avril, alors que Mariah et Fernando tentaient de se rendre à l’Hôpital régional Dr Everett Chalmers de Fredericton, situé à plus d’une heure de leur domicile à Jacksonville, au Nouveau-Brunswick.
Le couple vit à seulement sept minutes de l’Hôpital du Haut de la Vallée à Waterville, mais à l’époque, les services d’obstétrique y étaient suspendus en raison d’un manque de personnel chronique.
Ainsi, lorsque Mariah a commencé à avoir des contractions ce dimanche matin, à 37 semaines de grossesse, le couple a appelé la famille pour qu’elle s’occupe de leurs deux autres enfants et a pris la route.
«Nous avons fini par quitter la maison vers 8 h 30 – 8 h 45 et avons pris la route vers Fredericton», a-t-elle raconté.
«Quand nous sommes arrivés à Canterbury, mes contractions se succédaient sans interruption et elles étaient extrêmement douloureuses.»
— Mariah Jackson
Sa mère se rendait à Fredericton en voiture avant le couple. Mme Jackson l’a appelée – et sa mère a composé le 911.
L’opérateur a ensuite appelé Gonzalez directement.
«Au moment où il leur parlait, on commençait tout juste à arriver à Nackawic», a-t-elle dit, en faisant référence à une localité qui se trouve encore à 45 minutes de Fredericton. «Et elle a dit: “Vous devez vous garer”, parce qu’à ce moment-là, je leur avais dit que je devais pousser. Je connais cette sensation. Ce bébé va sortir.»
L’opérateur a demandé à Gonzalez de se garer à 9 h 15.
À 9 h 18, le petit Liam est né, directement dans les bras de M. Gonzalez.

«J’ai commencé à voir le bébé sortir et j’ai dit: “Oh mon Dieu, d’accord, ça arrive, ça arrive en ce moment même”», se souvient-il. «Puis le répartiteur m’a dit en gros quoi faire, et en l’espace d’une minute, le bébé était entre mes mains.»
Le couple l’a décrit comme «assez mou et extrêmement bleu».
Mme Jackson, désormais mère de trois enfants, a réagi rapidement. Elle a réussi à faire respirer Liam. Dix minutes plus tard, les ambulanciers sont arrivés et ont pris le relais.
Un mois plus tard, les parents et Liam vont tous bien. Avec le temps, ils ont pu trouver un peu d’humour dans la situation, uniquement parce que leur histoire s’est bien terminée.
«Il n’y a eu aucune complication. Mais si quelque chose avait mal tourné, nous ne sommes pas des professionnels de la santé… Si un problème survient, c’est bien mieux d’être à l’hôpital, où il y a au moins quelqu’un qui sait quoi faire», a-t-elle affirmé.
La fermeture des services de travail et d’accouchement est devenue monnaie courante à l’Hôpital du Haut de la Vallée au cours des dernières années, alors que l’hôpital est aux prises avec une pénurie de médecins et d’infirmières.
Depuis le début de l’année, l’unité a dû fermer trois fois, souvent pendant une semaine à dix jours. Elle est actuellement fermée depuis le vendredi 22 mai et le restera jusqu’au 1er juin.
Les femmes enceintes dont la grossesse a dépassé 35 semaines ont été contactées par le personnel infirmier, indique l’autorité sanitaire de l’Anglophone.
«Durant cette période, les accouchements qui auraient normalement lieu à l’Hôpital du Haut de la Vallée (HHV) auront plutôt lieu à l’Hôpital régional Dr Everett Chalmers (HRDEC) du Réseau de santé Horizon à Fredericton», a écrit le Réseau de santé Horizon dans un message d’intérêt public publié sur ses réseaux sociaux.
«Cela dit, comme pour n’importe quelle autre urgence médicale, toute personne en situation d’urgence obstétrique doit composer le 9-1-1 ou se rendre au service d’urgence le plus près. Au besoin, des dispositions seront prises pour transporter les personnes enceintes en toute sûreté par ambulance jusqu’à l’unité de travail et d’accouchement la plus près.»
Mme Jackson affirme qu’on ne lui a proposé aucun soutien supplémentaire ni aucun plan pour se rapprocher de Fredericton lorsqu’elle a été contactée par le personnel. Elle explique que certaines personnes ont commenté son histoire, affirmant qu’elle aurait pu tenter un accouchement à domicile, mais qu’elle estimait qu’il était important pour elle d’accoucher à l’hôpital.
Elle s’empresse toutefois d’ajouter que le couple ne blâme personne pour ce qui s’est passé.
«Les médecins et les infirmières (de l’Hôpital du Haut de la Vallée) sont absolument formidables, et ils se sentaient vraiment mal. Nous y sommes retournés plusieurs fois après sa naissance et ils se sont montrés très compatissants», a soutenu Mme Jackson.
«Ce n’est pas leur faute. Ce n’est vraiment la faute de personne. C’est tout le système qui doit être réformé.»
— Mariah Jackson
La province promet un plan
L’un des principaux problèmes à l’Hôpital du Haut de la Vallée est le manque de chirurgiens capables de pratiquer une césarienne, si nécessaire.
Le Dr John Dornan, ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, promet qu’un plan est en place pour résoudre les problèmes de dotation en personnel de l’hôpital, et «il portera ses fruits».
«Nous n’avions pas assez de personnel. Nous n’avions pas de plan à long terme pour l’Upper River Valley. Et maintenant, nous avons recruté du personnel. Un nouveau médecin généraliste obstétricien et un chirurgien capable de pratiquer des césariennes. Nous n’en avions qu’un seul depuis longtemps», a-t-il dit aux journalistes jeudi.
L’hôpital a longtemps compté sur des remplaçants – des praticiens qui travaillent temporairement pour combler les lacunes du système hospitalier.
M. Dornan a indiqué qu’un «remplaçant à long terme» avait été trouvé pour aider, mais le ministre de la Santé ne savait pas quand cette personne commencerait à l’hôpital, ajoutant seulement qu’elle était «très enthousiaste».
Le Réseau de santé Horizon n’a pas souhaité commenter l’expérience de Mme Jackson et M. Gonzalez, mais a rappelé que toute personne confrontée à une urgence obstétricale doit appeler le 911 immédiatement.
«Si nécessaire, des dispositions seront prises pour transporter la patiente en toute sécurité en ambulance vers l’unité de travail et d’accouchement la plus proche», indique le communiqué.

