Éducaloi, une référence importante en matière de vulgarisation juridique au Québec, tente de contrer les informations erronées que peuvent générer les robots conversationnels. L’organisme adapte ses propres contenus sur le web afin de s’assurer que les agents d’intelligence artificielle (IA) reprennent du contenu fiable et véridique.
Les robots conversationnels constituent de plus en plus une source d’information pour le public quand il est question de droit et de justice, mais ils comportent certains risques, avance l’organisme reconnu pour son expertise en éducation juridique.
Aurélie Gagnon, avocate et vulgarisatrice juridique chez Éducaloi, met en garde contre différentes lacunes des agents d’IA à ce chapitre.
Plusieurs d’entre eux, comme Gemini, ChatGPT et Copilot, vont citer le contenu d’Éducaloi, mais pas toujours de la bonne manière. Ils peuvent extraire quelques phrases du site de l’organisme et les mélanger avec d’autres informations qui ne vont pas nécessairement ensemble, évoque Mme Gagnon.
«Ils peuvent très aisément se tromper avec de l’information qui vient d’autres provinces, des États-Unis, de la France. L’IA n’a pas de concept de territorialité de l’information. Et en droit, c’est capital», donne en exemple l’avocate en entrevue.
Des modifications législatives ou l’entrée en vigueur de nouvelles lois passent parfois sous le radar pour l’IA. Présenter une information générale sans tenir compte des exceptions, ou encore produire des hallucinations en inventant des lois et de la jurisprudence constituent également des erreurs répétées de l’IA, soulève Mme Gagnon.
Face à ces lacunes, Éducaloi a décidé depuis environ un an d’apporter des modifications à ses contenus sur son site afin que «les IA puissent plus aisément les lire et les reprendre», et que les gens puissent trouver de l’information valide et fiable, explique Mme Gagnon, qui documente ces démarches dans un blogue d’Éducaloi.
Après avoir analysé pourquoi certains contenus étaient mal repris par cette technologie, Éducaloi a travaillé à reformuler certains textes «d’une façon qui est plus facilement comprise par des outils d’IA».
«Ça ne veut pas dire de rendre le contenu plus adapté pour l’IA que pour l’humain, précise Mme Gagnon. Mais on a fait plusieurs modifications sur plusieurs de nos contenus. On essaie de faire des contenus qui ressortent fort, qui sont faciles à comprendre.»
Éducaloi indique notamment avoir «ajouté davantage de contexte autour de certaines affirmations» et avoir fourni à l’IA des extraits de contenu «ciblés et pertinents» pour tenter de limiter les hallucinations.
L’organisme travaille aussi à l’interne sur d’autres expérimentations en IA.
Éviter des erreurs coûteuses
Éducaloi observe un recul de son trafic sur sa page web avec l’émergence de l’IA, mais les internautes y passent plus de temps. L’organisme ne perçoit pas cette baisse d’achalandage comme négative, alors que ses contenus gagnent en visibilité avec les agents conversationnels.
Selon ses données, Éducaloi a été cité 9,18 millions de fois sur Gemini, en quatre mois. Depuis mai, ses contenus ont généré 11,5 millions d’impressions dans les aperçus IA de Google.
«Ce que ces chiffres nous disent, c’est que la façon dont le public accède à l’information juridique est en transformation: les internautes arrivent moins souvent “par accident” sur notre site, mais ceux qui le consultent y consacrent davantage de temps», analyse Mme Gagnon.
Pour Éducaloi, la mission première n’est pas de générer du trafic sur son site, mais de s’assurer que de l’information juridique «compréhensible et utile» rejoigne le plus grand nombre possible, précise Mme Gagnon.
Si l’IA peut constituer un outil pratique et un bon point de départ dans ses démarches, il demeure important de contre-vérifier l’information juridique citée par les agents conversationnels, conseille l’avocate. Puisque se présenter seul devant la cour avec des informations erronées peut entraîner des conséquences coûteuses.
«Si les personnes utilisent des informations provenant de l’IA qui sont fausses (faux articles de lois, fausses citations), ça cause non seulement des délais au niveau du système judiciaire, mais, de plus en plus, les tribunaux ont tendance à donner des amendes, des pénalités aux gens qui font ça», prévient Mme Gagnon.
En août dernier, une personne a été sommée par la Cour d’appel du Québec «de verser 1000 $ pour avoir présenté au tribunal plusieurs fausses décisions générées par l’IA», souligne Éducaloi.
L’organisme offre sur son site un article expliquant comment utiliser l’IA et quoi vérifier pour préparer un dossier au tribunal.
Par exemple, pour s’assurer de l’existence d’une décision mentionnée par l’IA, il est recommandé de consulter une base de données juridique fiable, comme CanLII ou SOQUIJ.

