Une éclosion mortelle de listériose qui a contaminé des laits végétaux en 2024 a été retracée jusqu’à une usine de Pickering, en Ontario, grâce à une boisson à la noix de coco «dont la date de péremption était dépassée» trouvée dans le réfrigérateur d’une personne, selon une enquête récente.
En 2024, un rappel a été lancé pour plusieurs produits laitiers d’origine végétale des marques Silk et Great Value en raison de craintes de contamination par la bactérie Listeria.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
L’éclosion a finalement été attribuée à une chaîne de production chez Joriki, l’usine tierce de Pickering qui conditionnait du lait de soya, d’amande et de noix de coco sous les marques Great Value et Silk.
L’éclosion a entraîné 20 cas de maladie signalés. Quinze personnes ont été hospitalisées et trois autres sont décédées des suites de l’éclosion.
La chaîne de production de Pickering a été immédiatement fermée après le rappel et n’a jamais rouvert ses portes.
Santé publique Ontario a publié en juin un article de recherche enquêtant sur l’incident, car les laits d’origine végétale n’étaient historiquement pas considérés comme présentant un risque de listériose au même titre que les fromages à pâte molle ou les charcuteries.
«Ce produit ne figurait pas sur notre liste habituelle d’aliments suspects, mais nous avons déjà détecté la listériose dans des produits pasteurisés», a expliqué la Dre Christine Navarro, médecin en santé publique à la Santé publique Ontario, lors d’une entrevue avec CTV News.
Selon l’étude évaluée par des pairs, la bactérie responsable de l’éclosion a d’abord été détectée dans un contenant ouvert et entamé de boisson à la noix de coco trouvé dans le réfrigérateur d’un patient. Santé publique Ontario précise que la boisson était «périmée».
La Dre Navarro a expliqué qu’un enquêteur avait repéré le produit dans le réfrigérateur, appris que le patient l’avait consommé récemment et avait finalement décidé de l’apporter à un laboratoire pour y effectuer des analyses.
«Ils en ont discuté avec nos collègues du laboratoire de Santé publique Ontario, qui leur ont suggéré: “Oui, prélevez un échantillon et apportez-le-nous”», a-t-elle dit.
Des échantillons peuvent également être prélevés dans une usine de fabrication ou dans des épiceries.
Bien que les échantillons initialement prélevés dans les magasins de détail se soient révélés négatifs pour la Listeria, l’enquête a révélé que des prélèvements environnementaux avaient été effectués dans l’ensemble de l’usine de Pickering et que deux d’entre eux s’étaient révélés positifs pour la Listeria et correspondaient génétiquement à la souche responsable de l’éclosion. Ces prélèvements, précise le rapport, ont été trouvés dans un drain de la zone d’emballage et sur le couvercle d’un drain de la chaîne de transformation, dans les zones de post-pasteurisation de l’usine.
Le processus de post-pasteurisation est généralement efficace pour réduire la contamination par la Listeria, a fait remarquer la Dre Navarro.
«Lorsqu’on la détecte dans la zone de post-pasteurisation, cela suggère qu’il y a peut-être une contamination croisée provenant d’autres parties de l’usine», a-t-elle avancé. «Nous savons que la Listeria peut être très répandue et très tenace.»
Les bactéries d’origine alimentaire peuvent se cacher dans des biofilms, selon la médecin. Un biofilm est une colonie de micro-organismes qui se fixent à une surface et se protègent au sein d’une matrice visqueuse qu’ils produisent eux-mêmes, composée de sucres, de protéines et d’autres molécules, ce qui rend leur élimination complète particulièrement difficile.
«Même en effectuant un nettoyage de routine, il n’est pas toujours possible d’atteindre tous les recoins où se cache la bactérie Listeria», a soutenu la Dre Navarro.
Bien que les enquêteurs n’aient pas pu déterminer avec précision comment la bactérie s’était introduite dans les produits, tous les échantillons contaminés provenaient de la même chaîne de production de l’usine de Pickering.
Compte tenu de l’omniprésence potentielle de la Listeria, la médecin a souligné qu’il est important que les fabricants respectent les politiques de Santé Canada afin de protéger les Canadiens qui consomment des aliments prêts à manger.
«Il est difficile de localiser précisément l’endroit où la contamination s’est produite, car la bactérie peut être omniprésente et très tenace; une fois qu’elle se cache dans un biofilm au fond d’un drain ou sur une chaîne de production, il peut être difficile de la détecter de façon systématique», a indiqué la Dre Navarro. «Il se peut qu’elle ne se disséminent à partir du biofilm que de façon intermittente, ce qui, selon nous, est probablement ce qui s’est produit ici.»
Points clés à retenir
La souche à l’origine de l’éclosion est apparue pour la première fois en août 2023, mais l’enquête a révélé qu’il y avait peu de cas et aucune hypothèse principale. Près d’un an plus tard, le rapport indique que la souche a refait surface grâce au prélèvement de routine d’échantillons de restes alimentaires.
Dans ce cas précis, l’enquête a déterminé que le prélèvement et l’analyse des échantillons de restes alimentaires ont joué un rôle déterminant dans l’identification rapide de la source de l’éclosion. L’ACIA a pu émettre un rappel d’aliments dans les deux semaines suivant la première correspondance.
La Dre Navarro exhorte également les enquêteurs en santé publique à rester vigilants face aux nouvelles sources alimentaires. Bien que le lait végétal ne figurait pas auparavant parmi la liste habituelle des coupables, elle a souligné qu’il y avait déjà eu une éclosion liée à des produits pasteurisés dans le passé, citant une éclosion de listériose dans du lait au chocolat il y a une décennie.
«Grâce à la collaboration entre l’enquêteur et le laboratoire, nous avons pu identifier ce produit et lancer un rappel», a rapporté la Dre Navarro à propos de la manière dont le rappel de la boisson à base végétale a été déclenché.
Il est également impératif que les personnes immunodéprimées restent vigilantes quant aux produits qu’elles consomment, particulièrement si ces aliments présentent un risque élevé de contamination par la listéria.
«Les produits comme les viandes prêtes à consommer, telles que la charcuterie, les fromages à pâte molle et les produits laitiers non pasteurisés, sont des aliments dont les gens devraient se méfier», a ajouté la Dre Navarro.
Avec les informations de La Presse canadienne

