Société

Disponibilité des logements: Montréal et Québec au dernier rang en Amérique du Nord

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Une pancarte «À louer» est photographiée devant un édifice à logements de l'arrondissement de Lachine, à Montréal, le 4 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi (Christinne Muschi)

SAINT-LAZARE — À deux jours du 1er juillet, plus de 3100 ménages québécois sont toujours à la recherche d’un logement à travers la province, dont plus de 2100 sont accompagnés activement, selon les dernières données de la Société d’habitation du Québec, recueillis auprès de la quarantaine de Services d'aide à la recherche de logement à travers la province. Ces chiffres représentent une forte augmentation par rapport à la même date l’an dernier.

«C'est sûr que nos pensées sont avec ces personnes parce que c'est un stress important pour ceux qui ne savent pas encore où est-ce qu'ils seront logés à partir du 1er juillet», a déclaré la première ministre Christine Fréchette alors qu'elle se trouvait à Saint-Lazare en Montérégie, lundi matin, pour annoncer un projet de 45 logements dits abordables, qui ne seront toutefois disponibles qu'en 2028.

Au même moment, l’Observatoire du Grand Montréal publiait lundi matin une note économique démontrant que le Grand Montréal vient au 42e rang des 43 principales régions métropolitaines d’Amérique du Nord en matière de disponibilité des logements. Quant à la 43e place, c’est la région métropolitaine de Québec qui la détient.

Taux d'inoccupation trompeurs

Pourtant, signale l’Observatoire, le taux d’inoccupation des logements à Montréal se situait à 2,9 % en 2025 et oscillerait autour de 3,1 % actuellement, ce qui représente théoriquement le seuil d’équilibre, Or, ce taux ne signale aucunement un équilibre puisque les logements inoccupés sont ceux qui sont hors de prix pour les ménages moyens. Le loyer moyen pour un logement de deux chambres atteignait 1920 $ par mois dans le Grand Montréal, selon la note de l’Observatoire.

Les plus récentes données de la Société canadienne d'hypothèques et de logement à cet effet, qui datent d'octobre dernier, montrent d'ailleurs que le taux d'inoccupation dans le premier quartile (les logements les moins chers) à Montréal, est de 1,6 % comparativement à 4,5 % dans le quatrième quartile (les loyers les plus chers). À Laval, ces taux sont respectivement de 0,8 % et de 7,7 %, en Montérégie de 0,9 % et de 3,7 %, et dans la grande région de Québec ils sont de 1 % et de 4,9 %.

Ces données montrent clairement que les logements disponibles sont effectivement les plus chers alors que les moins chers sont une rareté partout. La ministre de l'Habitation, Karine Boivin Roy, qui accompagnait Mme Fréchette lors de l'annonce, a reconnu que le taux moyen ne reflète pas la crise. «Il y a quatre quartiles, donc c’est les deux premiers sur lesquels on investit tous les efforts et sur lesquels la première ministre m'a confié le mandat. Donc, c'est les ménages à faible et modeste moyens financiers.»

Christine Fréchette n'a pas caché qu'il était essentiel d'augmenter l'offre de logements, mais elle a expliqué que, dans le contexte actuel, son gouvernement devait aller au plus urgent, soit l'aide personnalisée avec notamment le Programme de supplément au loyer (PSL) où le locataire ne consacre que 25 % de son revenu au loyer, l'État comblant la différence. Elle a aussi louangé l'initiative du ministre Lionel Carmant, qui a créé ce qu'on appelle le PSL prévention, qui vise à soutenir des ménages qui sont à risque de perdre leur loyer, et ce, avant qu'ils ne se retrouvent à la rue.

Mesures à venir

Elle n'a par ailleurs pas écarté l'instauration d'autres mesures. «S'il y a des nouvelles formules qui, par exemple, viseraient à convertir des unités de condos qui sont invendues, est-ce qu'il y aurait possibilité de réutiliser ces unités condos pour en faire des logements? Ça, c'est quelque chose – je ne vous annonce pas un programme – mais c'est quelque chose qu'on va considérer (...) sinon, ça va à court terme au niveau de l'aide au paiement du loyer qu'on devra agir parce que des loyers, il y en a qui sont disponibles même à Montréal, mais bien sûr c'est le prix qui pose souvent problème et là-dessus il faut qu' ont continue d'intervenir au niveau du paiement du loyer, du soutien aux revenus.»

Presque au même moment, Québec solidaire présentait quatre nouvelles propositions regroupées sous l’appellation de «bouclier anti-spéculation», mesures qui rendraient la vie dure aux spéculateurs immobiliers tout en ajoutant une couche de protection aux locataires qui en sont victimes.

QS: punir les spéculateurs

La formation propose d'imposer 100 % des gains en capital réalisés lors de la vente d’immeubles locatifs à revenus, quoique les propriétaires occupants bénéficieraient d’une exemption, de taxer les logements vacants, de plafonner les hausses de loyer au niveau de l'inflation et une augmentation des amendes aux propriétaires qui briment les droits des locataires.

En présentant ces mesures, la cheffe parlementaire de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a rappelé que depuis 10 ans, le prix des loyers a augmenté de 70 % à Montréal, de 75 % à Québec et Gatineau, et de 90 % à Sherbrooke.

Elle s'est aussi insurgée contre le fait qu'il y aurait actuellement plus de 25 000 logements inoccupés à Montréal seulement, selon une récente enquête de Radio-Canada.

Réagissant à l'idée de taxer à 100 % le gain en capital sur la vente d'un édifice à logements multiples, Christine Fréchette a d'abord souligné que les régimes fiscaux d'Ottawa et de Québec sont harmonisés, ce qui rendrait difficile un virage unilatéral de Québec en telle matière, et que Québec pénalise déjà les spéculateurs immobiliers à l'origine de flips (achat et revente rapide à profit).

Mais aussi et surtout, a-t-elle fait valoir, plusieurs petits propriétaires n'habitent pas leur édifice à logements, mais celui-ci représente quand même leur fonds de retraite dans bien des cas et une surtaxation, selon elle, découragerait les rénovations. «Ces petits propriétaires, pour eux, souvent, c'est leur gagne-pain à la retraite. Alors, ils achètent quelques portes, ils investissent dans ce multiplex ou ce plex, ce triplex, duplex et puis, arrivés à la retraite, ça leur fait une épargne qui s'est améliorée au fil des années. Et si on taxe à 100 %, ces gens-là et bien, on va pas avoir ces petits épargnants qui investissent dans l'immobilier au bénéfice des locataires. Donc, ça, c'est important de se le rappeler. Je pense que ça aggraverait le problème.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

Pierre Saint-Arnaud

Pierre Saint-Arnaud

Journaliste