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Détresse et suicide: la mort de la Dre Karina Poliquin est-elle un symptôme d’un problème encore plus grand?

«Karina, le centre de sa vie, c’était ses enfants. Elle a donné sa vie pour les enfants.»

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Détresse: la mort de la Dre Karina Poliquin est-elle un symptôme d’un problème encore plus grand? Le 16 avril 2026, la Dre Karina Poliquin, pédiatre à Trois-Rivières, mettait fin à ses jours. Elle avait 35 ans. Engagée auprès des enfants, appréciée de ses patients et de ses collègues, elle incarnait pour plusieurs une médecine humaine et passionnée. Une question s’impose: s’agit-il du symptôme d’un malaise beaucoup plus profond au sein des équipes soignantes?

Le 16 avril 2026, la Dre Karina Poliquin, pédiatre à Trois-Rivières, mettait fin à ses jours. Elle avait 35 ans. Engagée auprès des enfants, appréciée de ses patients et de ses collègues, elle incarnait pour plusieurs une médecine humaine et passionnée. Sa disparition a provoqué une onde de choc dans la communauté médicale québécoise. Mais au-delà du drame individuel, une question s’impose: s’agit-il du symptôme d’un malaise beaucoup plus profond au sein des équipes soignantes?

«Demain, c’est les funérailles. On va y aller parce qu’Émilie l’aimait énormément. Karina, le centre de sa vie, c’était ses enfants. Elle a donné sa vie pour les enfants», confie Marie-Andrée Baril, mère d’une de ses patientes.

Émilie Émilie, fille de Marie-Andrée Baril et syndrôme de Rett. Elle était une patiente de la Dre Poliquin. (Facebook/Karina Poliquin)

La pédiatre avait fait de la santé des enfants son combat. Elle s’impliquait activement auprès de fondations comme Dr Clown et Enfant Soleil. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, elle vulgarisait la médecine et abordait des enjeux liés au développement des enfants.

Un cri d’alarme ignoré?

«Elle avait des hauts et des bas. Mais quand ça allait bien, c’était une Formule 1» témoigne Mme Baril.

Une amie de la Dre Poliquin rappelle que derrière la blouse blanche, il y avait une personne vulnérable: «Au-delà d’être des médecins, ils sont aussi des humains qui vivent des choses. Certains ont une plus grande carapace, d’autres sont plus fragiles.»

Une résidente en médecine en Mauricie, qu’elle avait encadrée, peine encore à trouver ses mots.

«Les résidents en Mauricie ça nous a beaucoup ébranlé. Ça nous a beaucoup surpris aussi. Elle était toujours contente de soigner ses patients. Ses petits patients, elles les aimaient beaucoup.»

—  Une résidente de médecine en Mauricie encadrée par la Dre Poliquin

Ces témoignages dessinent le portrait d’une femme à la fois forte, engagée, mais aussi éprouvée. Dans les mois précédant son décès, la Dre Poliquin avait tiré la sonnette d’alarme. À l’automne 2025, en pleine crise entre les médecins et le gouvernement, elle dénonçait publiquement les conditions de pratique.

Elle évoquait notamment le manque de ressources dans les hôpitaux, les équipements désuets, les méthodes de communication archaïques comme le fax, ainsi que les lacunes en santé mentale, pour les patients et les soignants, qui comme elle, ont des enjeux de santé mentale.

Dans sa lettre d’adieu, elle établit un lien entre son état et son milieu de travail.

«Je ne peux passer sous silence que la médecine m’a achevée. Ce monde, malgré des individus incroyables, est parfois tellement inhumain. C’est surtout ça qui me fait partir.»

—  La Dre Karina Poliquin dans une lettre

Selon une amie, elle aurait même subi des pressions pour ses prises de parole publiques.

«C’est à partir du mois d’octobre qu’elle a commencé à me parler qu’elle avait des inquiétudes par rapport à son travail parce qu’elle avait beaucoup de reproches.»

Des reproches qui, selon son amie, auraient été associés à ses prises de parole dans les médias et sur les réseaux sociaux. Une situation qui aurait aussi poussé la médecin à prendre des congés répétés, ajoutant de la pression financière sur les épaules de la soignante.

Interrogé, le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec a refusé une entrevue, mais affirme par écrit offrir plusieurs mesures de soutien: réseau d’entraide, activités de sensibilisation, formations et accès à des ressources d’aide.

La moitié des médecins épuisés et en détresse

La Dre Poliquin est loin d’être la seule médecin à avoir vécu de la détresse.

Selon le Sondage national sur la santé des médecins de 2025, près de 46 % des médecins rapportent des niveaux élevés d’épuisement professionnel. Cette proportion grimpe à 49 % chez les femmes médecins.

Plus préoccupant encore: 65 % des médecins disent avoir eu recours à du soutien psychologique, une hausse marquée par rapport aux années précédentes.

Dans le même temps, le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ) observe une demande record. Plus de 1100 médecins y ont fait appel dans la dernière année, comparativement à 919 l’année précédente. Une hausse significative, confirmée par les intervenants du milieu. «On observe une tendance à la hausse», confirme la co-directrice clinique à la PAMQ.

La Dre Marie-Ève Morin, médecin de famille qui œuvre en santé mentale et en dépendance compte parmi ses patients, de nombreux médecins. «Je suis convaincue qu’au Québec, présentement, il y a des médecins qui sont plus malades que les patients qu’ils soignent», soutient-elle. La médecin montre du doigt les préjugés dans un milieu où la pression est omniprésente.

«MD c’est pour Mon Dieu! Il faut tout savoir, jamais faire d’erreur! C’est énormément de pression.»

—  Dre Marie-Ève Morin, médecin de famille

Dre Morin milite pour plus de tolérance et de soutien du réseau de la santé. Est-ce qu’un médecin qui a des troubles de santé mentale ou de dépendance peut être un bon médecin? Elle répond sans l’ombre d’un doute: «Bien sûr, encore meilleur selon moi! Il ne faut pas oublier qu’il y a autant de troubles de santé mentale ou de dépendance chez les médecins que dans la population en générale.»

Pour elle, la problématique dépasse largement les cas individuels. Entre surcharge de travail, pression constante, manque de ressources et environnement parfois jugé hostile, plusieurs médecins évoluent dans un système qui les fragilise.

Pensées suicidaires

Selon le même sondage, un tiers des médecins en exercice affirment avoir déjà eu des idées suicidaires. Chez les résidents, cette proportion grimpe à 43 %.

Pourtant, aucune donnée précise n’existe sur le nombre de médecins qui passent à l’acte. Une absence de statistiques qui complique la compréhension et la prévention du phénomène.

Si vous êtes en crise ou si vous connaissez quelqu’un qui l’est, voici quelques ressources disponibles.
Association québécoise de prévention du suicide: https://aqps.info/, 1866 APPELLE (1 866 277-3553) et 535-353 par texto
Programme d’aide aux médecins du Québec: 1 800 387-4166 ou 514 397-0888