La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué que le Canada étudiait plusieurs options pour secourir plus de 2000 Canadiens ayant demandé de l’aide pour quitter le Moyen-Orient.
Certains Canadiens présents dans la région exhortent le gouvernement à faire davantage pour les aider à rentrer chez eux.
Devin Ramoutar a raconté être arrivé à Dubaï avec ses parents et sa sœur jeudi pour de courtes vacances, avec pour objectif de rentrer au pays lundi. Leur vol a finalement été annulé six fois depuis le début des frappes américaines contre l’Iran samedi.
«Lorsque nous avons appris la nouvelle, j’ai réservé un vol d’urgence qui a été immédiatement annulé, puis le vol initial a été reporté cinq fois, a expliqué mercredi le Torontois de 27 ans lors d’une entrevue téléphonique. Heureusement que nous sommes ensemble, cela nous permet de garder une bonne santé mentale.»
M. Ramoutar a contacté le gouvernement canadien immédiatement après le début de la guerre et n’a reçu qu’après environ 48 heures une réponse par courriel contenant des informations générales sur la manière de quitter les Émirats arabes unis par les postes-frontières terrestres avec l’Arabie saoudite et Oman.
«En gros, il n’y a pas beaucoup d’aide ni d’orientation, voire aucune, et c’est la seule réponse que nous avons reçue. Personne ne nous a contactés après cela, a-t-il affirmé. Nous avons besoin d’informations vérifiées pour prendre une décision éclairée.»
Mme Anand a rejeté toute suggestion selon laquelle le Canada n’en ferait pas autant que d’autres pays pour aider ses citoyens.
«Nous travaillons 24/7 sur ça, parce que c’est très important d’être ici pour les Canadiens et Canadiennes», a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse mercredi soir à Ottawa.
Mme Anand a indiqué que plus de 106 000 Canadiens et résidents permanents se sont inscrits au Moyen-Orient et que, parmi eux, 2035 personnes ont demandé de l’aide pour quitter la région en raison de l’escalade du conflit suite aux attaques américaines contre l’Iran, qui ont débuté le 28 février.
Elle a encouragé les personnes se trouvant au Moyen-Orient et qui ne se sont pas encore inscrites auprès du Service d’enregistrement des Canadiens à l’étranger à le faire sans tarder.
Quelques options disponibles
Anita Anand a indiqué que les options disponibles dépendent de l’ouverture de l’espace aérien local, notamment la possibilité de vols nolisés opérés par le Canada ou certains de ses alliés, ou encore l’obtention de places dans les blocs de billets achetés par Affaires mondiales Canada pour les Canadiens.
Une aide est également offerte pour permettre aux Canadiens de voyager par voie terrestre vers les aéroports encore ouverts.
«Je souhaite m’adresser directement aux Canadiens du Moyen-Orient et de la région du Golfe, a déclaré Mme Anand. Votre gouvernement est avec vous.»
Elle avait expliqué mercredi matin que le Canada n’offrait actuellement aucun vol nolisé et que les Canadiens de la région devraient «préparer des plans de départ qui ne dépendent pas uniquement de l’aide du gouvernement du Canada».
Cependant, la situation avait évolué mercredi soir: Mme Anand a annoncé avoir demandé à ses fonctionnaires de signer des contrats pour noliser des vols pour les Canadiens se trouvant aux Émirats arabes unis.
Plus de la moitié des personnes qui demandent de l’aide pour rentrer chez elles — 1171 en date de mercredi soir — se trouvent aux Émirats arabes unis, où l’espace aérien ouvert est limité.
«Cet affrètement est conditionnel à l’obtention des autorisations nécessaires pour utiliser leur espace aérien, autorisations que nous avons déjà demandées. Je suis personnellement impliquée dans ces demandes au niveau diplomatique, a assuré Mme Anand. Les vols seront offerts aux Canadiens selon le principe du recouvrement des coûts, et leur nombre sera adapté à la demande.»
Bien que les 106 000 Canadiens inscrits au Moyen-Orient soient répartis dans plus d’une douzaine de pays, Mme Anand a indiqué que 85 % de ceux qui ont demandé de l’aide pour quitter le pays se trouvent dans seulement cinq d’entre eux: 1171 aux Émirats arabes unis, 237 au Qatar, 164 au Liban, 93 en Israël et 74 en Iran.
Le Canada ne peut fournir qu’une aide très limitée en Iran, a-t-elle précisé, où il n’a pas de représentation diplomatique. Mme Anand a ajouté que 3000 Canadiens en Iran se sont inscrits auprès du Service d’enregistrement des Canadiens à l’étranger.
Affaires mondiales Canada a déployé du personnel consulaire supplémentaire dans les zones frontalières avec l’Iran, notamment en Turquie, au Turkménistan, en Arménie, en Israël et en Azerbaïdjan. Si les Canadiens parviennent à se rendre à la frontière, le personnel consulaire sera présent pour les assister.
Le Canada a obtenu 75 places sur un vol commercial au départ de Beyrouth mercredi, et 200 autres places seront disponibles dans les prochains jours.
Mme Anand a souligné qu’il n’y a pas d’options de vol commercial au Qatar, où l’espace aérien est entièrement fermé, mais que Qatar Airways assure des transferts en bus pour les personnes munies de billets pour un aéroport en Arabie saoudite afin de prendre un vol de retour.
Mme Anand a également précisé qu’Israël propose un service de bus vers l’Égypte, d’où les passagers peuvent ensuite se rendre dans les aéroports opérationnels.
Elle a mis en garde contre les risques liés aux transports terrestres et a souligné que rester sur place peut parfois être l’option la plus sûre.
«Bien que nous n’ayons aucune indication que les routes soient ciblées par les missiles iraniens, lorsqu’ils sont interceptés en altitude, des débris peuvent tomber sur la chaussée, a expliqué Mme Anand. Les Canadiens devraient, quel que soit le pays où ils se trouvent, ne voyager que lorsque cela est sûr et suivre les recommandations locales.»
M. Ramoutar a relaté que sa famille ne recevait aucun soutien de l’ambassade du Canada et qu’elle avait dû prolonger son séjour dans un Airbnb à Dubaï en attendant de trouver un vol pour rentrer au Canada.
«De toute évidence, nous sommes les victimes collatérales de cette guerre. Nous ne sommes pas impliqués, donc je pense qu’il faut maintenant agir de toute urgence pour nous sortir de là, car la situation est indéfinie», a affirmé M. Ramoutar.
«Le mot “retard” est inapproprié. À ce stade, c’est tout simplement indéfini, nous ne pouvons donc pas rester ici tant que l’incertitude persiste», a-t-il conclu.
Simon Marcotte à Dubaï avec sa fiancée et son enfant
Simon Marcotte est arrivé à Dubaï avec sa fiancée et son enfant le mois dernier pour un voyage d’affaires et il envisage maintenant différentes options, car la grande majorité des vols au départ de la ville ont été annulés.
Ce Québécois de 33 ans a expliqué que sa famille avait dû se réfugier au sous-sol de leur immeuble en début de semaine.
«Nous avons reçu une alerte sur notre téléphone, comme les alertes Amber, mais elle disait : “Un missile pourrait arriver, veuillez trouver un abri.” Nous avons un peu paniqué», a-t-il raconté en entrevue.
«J’ai pris des provisions et de l’eau, et nous sommes allés au sous-sol et au stationnement où nous avons trouvé d’autres familles et des personnes âgées qui dormaient. Nous sommes restés environ trois heures dans le sous-sol, avant de décider de rentrer, car la situation semblait plus calme.»
«La plupart des incidents qui se sont produits ici concernaient un drone qui a été abattu», a-t-il précisé.
M. Marcotte a ajouté avoir reçu des renseignements du gouvernement canadien sur la façon de quitter le pays par voie terrestre, ce qui lui sera utile au cas où sa fiancée et lui décideraient de se rendre à Oman.
Il est conseillé aux Canadiens d’éviter tout voyage dans plusieurs pays de la région, car le conflit s’étend.
