Société

Des Montréalais originaires de RDC touchés par les restrictions liées à l'Ebola

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Le musicien Lionel Kizaba à Montréal, le 31 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE Le musicien Lionel Kizaba à Montréal, le 31 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Graham Hughes)

Une étudiante étrangère de l’UQAM originaire de la République démocratique du Congo s’est vu refuser l’entrée à Montréal en raison des restrictions de voyage liées à la maladie Ebola — alors qu’elle ne s’était pas rendue dans son pays d’origine depuis près d’un an.

Merdie Sanga était en vacances en France lorsqu’elle a reçu une lettre du ministère canadien de l’Immigration l’informant que certains documents de voyage étaient suspendus pour les ressortissants étrangers de la RDC en raison des inquiétudes liées au virus.

«Je me suis dit bon, moi, ça ne me concerne pas parce que je ne viens pas de Kinshasa, je suis venue à Paris», a raconté cette étudiante de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de 23 ans lors d’une entrevue téléphonique.

À sa grande surprise, elle n’a pas été autorisée à embarquer sur son vol Air France dimanche lorsque le personnel de la compagnie aérienne a contacté les autorités de l’aéroport de Montréal.

Elle fait partie des nombreux membres de la communauté congolaise de Montréal qui affirment que ces nouvelles restrictions ont bouleversé leurs projets, avec conséquences coûteuses et parfois déchirantes.

Un vol dérouté vers Montréal en raison des restrictions entourant l’Ebola Les services frontaliers américains ont indiqué qu’un vol d’Air France à destination des États-Unis a été dérouté vers Montréal après l’embarquement «par erreur» d’un passager originaire de la République démocratique du Congo malgré des restrictions de vol liées à l’épidémie d’Ebola en Afrique.

La semaine dernière, le gouvernement canadien a annoncé la suspension pour 90 jours de divers documents d’immigration et de voyage, tels que les visas de résident et les autorisations de voyage électroniques, pour les personnes originaires de la République démocratique du Congo, du Soudan du Sud et de l’Ouganda. Plus de 24 000 documents de voyage pourraient être suspendus, dont plus de 12 600 appartenant à des résidents de la RDC.

Le gouvernement fédéral a déclaré prendre cette décision «par mesure de précaution» alors que les professionnels de santé en Afrique luttent pour contenir une épidémie du virus Bundibugyo, une forme rare d’Ebola. Les autorités ont signalé 134 cas confirmés en République démocratique du Congo et en Ouganda voisin, dont 18 décès confirmés en date du 29 mai.

Mme Sanga a raconté avoir soumis des documents au gouvernement pour démontrer pourquoi elle n’est pas concernée par ces mesures, et espère être autorisée à rentrer bientôt au pays. Elle comprend que ces restrictions sont nécessaires pour protéger la population contre l’Ebola. «Cependant, il faudrait voir les cas particuliers, parce que le virus, l’épidémie, n’est pas lié à la nationalité», a-t-elle noté.

Le ministère fédéral de l’Immigration a affirmé que ces mesures étaient nécessaires pour empêcher la propagation de la maladie Ebola, et que toute personne estimant que sa demande avait été suspendue à tort devait remplir un formulaire en ligne et joindre les pièces justificatives.

Un mariage manqué

Un autre Montréalais touché par les restrictions de voyage est le musicien Kizaba, qui a indiqué avoir dépensé 2500 $ pour un billet d’avion à destination de Kinshasa afin d’assister au mariage de son frère, auquel il ne peut désormais plus se rendre.

«Je suis vraiment frustré», a déclaré l’artiste, dont le nom complet est Lionel Kizaba. «Ça a fait mal à mon frère, il a pleuré. Je lui ai parlé et il a pleuré carrément, sa femme aussi», a-t-il raconté.

Bien que Kizaba soit citoyen canadien, il ne peut pas assister à l’événement en raison de l’obligation imposée par le gouvernement canadien de s’isoler pendant 21 jours à son retour. Il a expliqué que c’est quelque chose d’impossible pour un musicien pendant une saison estivale chargée en concerts et en festivals.

«J’ai des contrats déjà signés. Si je m’enferme 21 jours, je mets ma carrière en danger», a expliqué Kizaba, qui tente d’obtenir un remboursement ou un crédit pour son billet.

Karla Kinkela, une citoyenne belge vivant à Montréal, avait hâte de faire découvrir à sa mère congolaise son nouveau pays, de Halifax à Calgary. Elle a pleuré en apprenant que cette visite n’aurait pas lieu cet été. 

Bien que le coût du billet d’avion lui ait été remboursé, elle a expliqué qu’il avait fallu entre un et deux ans à sa mère pour obtenir un visa de visiteur. Ce visa expire à la fin du mois d’août, et elle craint qu’il ne faille beaucoup de temps pour en obtenir un autre.

Mme Kinkela et Kizaba ont tous deux affirmé comprendre la nécessité des mesures visant à empêcher la propagation de l’Ebola. Leurs familles vivent cependant toutes deux à Kinshasa, à plus de 1500 kilomètres des provinces touchées par le virus. Ils estiment qu’une restriction générale des voyages imposée à l’ensemble du pays va trop loin.

Discrimination africaine

C’est un sentiment partagé par la communauté congolaise de Montréal, selon Christian Lehani, administrateur du groupe de la diaspora congolaise Réseau Mayele. Il estime que ces restrictions sont discriminatoires et qu’elles n’auraient pas été appliquées de manière aussi radicale à un pays non africain. 

«Lorsqu’il s’agit de pays d’Afrique subsaharienne, ou tout court des pays à forte population noire, les décisions deviennent très rapidement larges, brutales et peu nuancées, a-t-il remarqué. Souvent, l’Afrique et les populations noires sont perçues comme une entité indistincte. Donc, on ne regarde plus les réalités régionales, les distances, les données précises ou les impacts humains.»

M. Lehani a indiqué que ses parents, qui vivent également à Kinshasa, ne peuvent plus venir au Canada pour le mariage de son frère cet été. 

Un porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé a déclaré à La Presse Canadienne que l’organisation ne recommandait pas de restrictions de voyage pour gérer l’épidémie d’Ebola. «De telles mesures sont généralement mises en œuvre par peur et n’ont aucun fondement scientifique», a écrit Tarik Jašarević la semaine dernière.

Cependant, l’Agence de la santé publique du Canada a défendu ces mesures comme étant nécessaires, d’autant plus que la Coupe du monde de la FIFA doit attirer des spectateurs du monde entier à Toronto et à Vancouver en juin et juillet.

M. Lehani croit que le Canada a subi des pressions pour agir après que les États-Unis ont imposé leurs propres restrictions, ce qui a conduit le mois dernier au déroutement vers Montréal d’un vol Air France à destination des États-Unis après qu’un passager originaire de RDC a été autorisé à embarquer par erreur. 

Mais il estime que l’administration Trump n’est pas un modèle à suivre et exhorte plutôt le Canada à adopter une approche «plus humaine, plus proportionnée et plus fondée sur les réalités concrètes». 

Avec des informations de l’Associated Press, de David Baxter et de Nicole Ireland.

Morgan Lowrie

Morgan Lowrie

Journaliste