Au Québec, 17 466 disparitions ont été rapportées aux policiers en 2025, selon les données de la Sûreté du Québec (SQ). Et ce phénomène ne cesse d’augmenter au fil des années.
Parmi celles-ci, la grande majorité, soit 70% à 75% des dossiers, sont des cas de fugue, rapporte Éric Bolduc, responsable de la division des disparitions des dossiers non résolus à la SQ.

Selon lui, le portrait est bien pire dans les territoires où sont situés des centres jeunesse. Les statistiques de la SQ lui donnent raison dans de nombreuses régions de la province.
À Sherbrooke, les chiffres du service de police local sont frappants. En 2024, 588 disparitions venant d’un centre d’accueil ou d’un foyer d’accueil ont été répertoriées; c’est plus d’une par jour.
Même si l’enjeu des fugues provenant des centres jeunesse est plus ou moins marqué selon les régions, le phénomène est bien documenté.

Pour l’expliquer, Geneviève Létourneau, coordonnatrice au centre de réadaptation pour jeunes en difficultés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, s’appuie sur le cadre légal de la Direction de protection de la jeunesse (DPJ).

Dès que le centre jeunesse est sans nouvelle d’un jeune une heure après son heure prévue de retour, les responsables se doivent d’appeler les services de police. L’appel est logé immédiatement si l’enfant possède des facteurs de risque, notamment la consommation de substances, l’exploitation sexuelle ou des idées suicidaires.
La professeure au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke, Sophie Couture, confirme le phénomène. Les fugues des centres jeunesse sont connues et étudiées depuis plus d’une quarantaine d’années.
Même si elle convient que le nombre est impressionnant, la professeure soutient que toutes les fugues «ne sont pas d’un niveau de sévérité qui nous inquiète».

Selon elle, les fugues chroniques, de longue durée ou celles qui entraînent des comportements dangereux, sont les plus préoccupantes.
Des fugueurs multirécidivistes
«Environ 80% des fugues sont des récidives», déplore Éric Bolduc. Ces fugueurs à répétition peuvent s’enfuir plusieurs fois par jour et finissent par bien connaître les méthodes de recherche des policiers et parviennent à les déjouer.
«Quand les jeunes le savent et ne veulent pas être retrouvés, des fois ça peut prendre plusieurs semaines, des fois des mois, avant qu’on les retrouve», souligne le policier.
«La charge de travail que ça demande aux policiers sur le terrain en 2026 est énorme.»
— -Éric Bolduc, responsable de la division des disparitions et des dossiers non résolus à la SQ

«Malheureusement ou heureusement pour les enfants, on a un cadre légal où priment les droits des jeunes», explique Geneviève Létourneau.
Une démonstration de la dangerosité des fugues des enfants doit donc être faite pour mettre en place des mesures qui restreignent leurs allées et venues.
Mme Létourneau se veut toutefois encourageante. Les interventions mises en place en centre jeunesse portent fruit; son établissement anticipe une diminution des fugues de 30% cette année, incluant une diminution du nombre de récidives et du nombre de fugueurs.
Pour l’ensemble des disparitions au Québec, environ la moitié des personnes sont retrouvées dans les 24h, puis 80% le sont dans les 7 jours suivants.
À voir dans la vidéo.
