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Des manifestants montréalais protestent contre la politique d’immigration de Trump

Ils se sont réunis devant le consulat américain, situé sur la rue Sainte-Catherine.

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ICE Protest, Des personnes participent à une manifestation contre l'ICE devant le consulat américain à Montréal, le dimanche 1er février 2026. (Graham Hughes/La Presse canadienne)

Des manifestants se sont rassemblés dimanche à Montréal pour protester contre la répression controversée menée par les services américains de l’immigration et des douanes (ICE), dénonçant les tactiques de l’ICE ainsi que la «complicité» du Canada dans ces opérations.

Sous un ciel bleu éclatant, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le consulat américain du centre-ville, dans un contexte d’indignation générale suite au meurtre de deux citoyens américains par des agents fédéraux à Minneapolis au cours des dernières semaines.

«La violence que l’ICE inflige aux personnes aux États-Unis ne sera tolérée nulle part», a indiqué le coorganisateur Michael Lipset, résident de Montréal depuis 2016, né et élevé dans les villes jumelles de Minneapolis et St. Paul.

Il a également pointé du doigt les entreprises canadiennes qui ont des liens commerciaux avec l’ICE, notamment la plateforme de gestion des réseaux sociaux Hootsuite, basée à Vancouver, le fabricant de matériel de défense Roshel, basé en Ontario, et le géant de la sécurité GardaWorld, basé à Montréal.

«Nous ne tolérerons pas la complicité du Québec et du Canada dans cette violence par le biais de contrats commerciaux avec l’ICE», a soutenu M. Lipset.

Équipés de bottes d’hiver et de mégaphones, les manifestants ont défilé devant le bâtiment consulaire américain de la rue Sainte-Catherine en début d’après-midi avant de se rendre au parc Dorchester.

Les manifestants scandaient «Du Minnesota à Montréal, nous n’arrêterons pas tant que l’ICE n’aura pas disparu». Ils portaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «J’aime que mon ICE soit écrasé» et «No faux-king way !» (Pas question !), représentant une couronne dorée recouverte d’un X rouge.

Une autre banderole faisait appel à la charité et à la tolérance chrétiennes, citant l’Évangile selon Matthieu: «J’étais un étranger et vous m’avez accueilli».

Lynn Worrell a dit qu’elle était là pour montrer sa solidarité avec les Américains qui résistent aux mesures d’application de la loi sur l’immigration déployées à Minneapolis, Los Angeles, Washington, D.C., Chicago et dans d’autres villes que le président Donald Trump prétend être submergées par des criminels sans papiers.

«Minneapolis, nous vous voyons.»

—  Lynn Worrell

Elle a fait valoir que le Canada devrait interdire l’exportation d’équipement militaire vers les agences américaines si ces livraisons pouvaient être utilisées pour faciliter les violations des droits humains.

«Nous sommes complices en soutenant l’ICE», a-t-elle affirmé.

Mme Worrell a noté que des véhicules blindés fabriqués par Roshel semblaient être présents sur les lieux de la mort d’Alex Pretti, un infirmier en soins intensifs qui a été abattu de plusieurs balles après avoir utilisé son téléphone portable pour filmer des agents de la police des frontières américaine menant une opération de contrôle de l’immigration à Minneapolis. L’ICE a alloué des millions de dollars à une commande groupée de 20 véhicules blindés de transport de troupes Senator auprès de la société basée à Brampton, en Ontario.

L’année dernière, une filiale de GardaWorld, basée à Montréal, dans la région de Washington, a été présélectionnée pour soumissionner jusqu’à 138 millions de dollars américains sur des contrats avec l’ICE, selon des documents gouvernementaux. La société détient également un contrat de 8 millions de dollars américains pour fournir du personnel à un centre de détention tristement célèbre en Floride, connu sous le nom d’«Alligator Alcatraz».

Le rassemblement de dimanche a clôturé un week-end de manifestations à travers le continent.

Vendredi après-midi, des manifestants se sont rassemblés à Vancouver devant le siège social de Hootsuite pour exiger que l’entreprise technologique mette fin à un contrat lié à l’ICE. Un site américain dédié aux marchés publics indique que le contrat de fourniture de services de médias sociaux, qui a été rapporté pour la première fois par Business in Vancouver, s’élève à 2,8 millions de dollars américains.

Le même jour, des manifestants à travers les États-Unis ont organisé des grèves « pas de travail, pas d’école, pas de shopping » pour s’opposer aux mesures d’immigration de l’administration Trump.

Ces manifestations ont eu lieu dans un contexte de vive réaction à la mort de Pretti, tué le 24 janvier, ainsi qu’à celle de Renée Good, abattue le 7 janvier au volant de son véhicule par un agent de l’ICE.

Hootsuite, Roshel et GardaWorld n’ont pas immédiatement répondu aux questions concernant leurs liens commerciaux avec l’ICE et le département de la Sécurité intérieure.

À Montréal, certains ont appelé les dizaines de milliers de citoyens ayant la double nationalité à faire entendre leur voix lors des prochaines élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre.

«Nous observons peut-être la situation de loin, depuis le Canada, mais nous ne sommes pas impuissants», a indiqué Jacob Wesoky, président des Démocrates à McGill.

D’autres ont trouvé du réconfort dans la réaction négative suscitée par le déploiement de milliers d’agents fédéraux et de soldats de la Garde nationale dans les rues américaines.

Manuel Salamanca Cardona, organisateur communautaire au Centre des travailleurs immigrés, a critiqué l’ICE, le qualifiant d’«organe de répression».

«Mais je vois des gens qui ne sont pas des immigrants, et je vois des gens qui sont des immigrants, et mon cœur rayonne», a-t-il déclaré.

«Je suis enthousiaste parce que cette résistance se développe partout.»

— Avec des informations de l’Associated Press