Société

Des convois d’agriculteurs manifestent contre le TGV et C-5

«Ça va couper nos terres en deux, ça va augmenter notre temps de travail.»

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Des convois d’agriculteurs manifestent contre le TGV Par Eliot Tremblay | Des producteurs agricoles ont manifesté mardi matin à Mirabel contre le projet de train à grande vitesse (TGV) qui relierait Québec et Toronto.

Le projet de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto suscite de vifs débats et réveille de douloureux souvenirs à Mirabel. De nombreux producteurs agricoles s’y opposent alors que des élus de la région réclament que le futur train s’arrête dans la région et ne fasse pas qu’y passer.

Deux convois de plusieurs dizaines de tracteurs se sont rassemblés dans les rues de Mirabel pour converger vers le centre culturel de la municipalité des Laurentides, mardi matin, où avait lieu la première phase de consultation publique sur le projet de train à grande vitesse.

«Nous, les agriculteurs, on s’oppose complètement au projet, ça va couper nos terres en deux, ça va augmenter notre temps de travail, ça va vraiment déranger notre logistique au niveau des récoltes des semis», a expliqué Félix Desrosiers à La Presse Canadienne.

«Nous autres, on produit de la viande, on produit du bœuf» et, si on perd des terres, «on va manquer de grains, donc de nourriture pour les animaux, alors c’est grave, c’est majeur», a ajouté l’agriculteur qui manifestait avec son tracteur.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) et les dizaines de citoyens qui ont manifesté mardi craignent que le futur TGV représente une menace directe à l’intégrité du territoire agricole, à la sécurité alimentaire et à l’avenir des fermes.

On ignore pour l’instant l’itinéraire exact du futur TGV, mais on sait que le réseau proposé accueillerait 72 trains par jour circulant sur une voie de 1000 kilomètres à une vitesse pouvant atteindre 300 km/h.

Alto étudie un corridor de 10 km

La société d’État Alto, responsable du projet, étudie un corridor de 10 km de large pour le tracé du TGV dans le secteur de Mirabel.

«Dans ces dix kilomètres-là, il y a des villages complets, il y a des fermes complètes», s’est inquiété l’agriculteur Félix Desrosiers.

Répondant aux craintes des agriculteurs, Philippe Archambault, vice-président aux communications pour Alto, a expliqué que «l’objectif de la consultation aujourd’hui, avant que le tracé soit déterminé, c’est justement d’avoir ces discussions avec les gens qui connaissent le milieu».

Alto compte «identifier le tracé qui aura le moins d’impact, donc suivre les infrastructures déjà existantes autant que possible, suivre les lots de terrain, minimiser l’impact sur le nombre de terrains qu’on va avoir besoin d’acquérir», a résumé le porte-parole d’Alto, qui était à Mirabel mardi matin, dans le cadre des consultations.

Ensuite, a ajouté Philippe Archambault, «on va discuter avec les propriétaires pour ultimement s’entendre sur l’acquisition des terrains».

Les maires et mairesses réclament une gare

De son côté, la mairesse de Mirabel et des dizaines d’élus de la région réclament que le nouveau service ferroviaire inclue un arrêt à Mirabel, ce qui n’est pas prévu dans le projet mis sur la table jusqu’à présent par le gouvernement fédéral.

«J’ai l’appui de mes pairs dans cette coalition régionale. Ensemble, nous représentons près de 80 % de la population des Laurentides et, si le TGV passe à Mirabel, nous réclamons l’implantation d’une gare sur le site YMX Aérocité internationale de Mirabel, le troisième pôle aéronautique au monde», a fait valoir la mairesse Roxanne Therrien, lors d’une conférence de presse mardi après-midi, après la manifestation des agriculteurs.

Mme Therrien, accompagnée d’une quarantaine d’élus des municipalités avoisinantes, a ajouté que «priver ce pôle d’une gare TGV, ce n’est pas seulement rater une occasion, c’est se priver d’un levier stratégique national, au moment même où le Canada en a le plus besoin».

Questionnée à savoir si elle s’opposera au projet de TGV si aucune gare ne s’arrête à Mirabel, la mairesse a répondu «qu’assurément on ne voudra pas de TGV qui va passer comme un coup de vent à Mirabel».

Roxanne Therrien a ajouté qu’elle comprend «l’opposition des agriculteurs».

Le député du Bloc appuie les manifestants

Le député bloquiste de Mirabel, Jean-Denis Garon, a accompagné les manifestants réunis devant le centre culturel, mardi matin.

«Au Bloc, on s’est prononcé en faveur d’un TGV, mais il y a une façon de faire ça» et «il faut que vous ayez de l’acceptabilité sociale», a résumé le bloquiste en qualifiant la démarche d’Alto de «pseudo-consultations».

«Si vous voulez savoir si le projet a de l’acceptabilité sociale, vous avez votre réponse aujourd’hui. Si vous voulez savoir si les gens sont en colère, vous avez votre réponse aujourd’hui», a indiqué le député à La Presse Canadienne.

Ce à quoi le porte-parole d’Alto Philippe Archambault a répondu que la société d’État «a des discussions avec le député du Bloc et les autres députés et avec la mairesse et l’ensemble des municipalités» concernant le tracé du futur train.

Contre C-15

Les agriculteurs s’opposent également au projet de loi C-15, un projet omnibus de plus de 600 pages, que le gouvernement minoritaire espère faire adopter à la Chambre des communes et qui vise notamment à «accélérer la construction du train à grande vitesse».

L’Union des producteurs agricoles (UPA) craint que ce projet de loi facilite l’expropriation de ses membres.

De douloureux souvenirs

Françoise Drapeau Monette, une dame de 88 ans, tenait à manifester son opposition au projet de train à grande vitesse mardi matin.

«Qui va embarquer dans ce train-là? C’est pas pour nous autres, c’est pas pour le monde ordinaire de Mirabel», a indiqué l’octogénaire.

«On n’en veut pas du train qui passe sur nos terres, pis on ne veut pas être exproprié une deuxième fois», a laissé entendre Mme Drapeau Monette, qui a été expropriée en 1969.

Cette année-là, le gouvernement fédéral avait annoncé l’expropriation de milliers de familles afin de construire l’aéroport de Mirabel.

Sur son site internet, Alto, l’autorité contractante du projet, écrit qu’elle «reconnaît que la population de Mirabel a subi des impacts majeurs en lien avec des projets passés, dont les effets se font encore sentir» à ce jour.

«La confiance a été ébranlée, et c’est pourquoi Alto aborde le projet de trains à grande vitesse avec respect, humilité et un devoir de responsabilité. Nous ne répéterons pas le passé. Alto travaille en collaboration avec la municipalité et prévoit tenir une activité portes ouvertes dans les prochaines semaines afin d’échanger directement avec les résidentes et résidents.»

Jusqu’à 24 millions de passagers

Le projet de TGV entre Québec et Toronto vise à transporter jusqu’à 24 millions de passagers par an d’ici 2055 afin de stimuler la croissance économique, de favoriser le tourisme et d’élargir l’accès à l’emploi en réduisant considérablement les temps de trajet grâce à des voies électriques dédiées.

Le train permettrait de relier Montréal et Toronto en trois heures ainsi que Montréal et Ottawa en moins d’une heure.

Le budget, les prévisions de fréquentation et les projections tarifaires n’ont toujours pas été présentés au public.

La construction de la première phase entre Ottawa et Montréal devrait débuter en 2029 ou en 2030. Conçu comme un partenariat public-privé, le projet sera supervisé par la société d’État Alto, tandis qu’un consortium baptisé Cadence s’occupera de la conception, de la construction et de l’exploitation de la ligne.

Stéphane Blais

Stéphane Blais

Journaliste

Eliot Tremblay

Eliot Tremblay

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