Société

Des «cafés de la mort» aident des personnes à prendre conscience que la mort fait partie de la vie

«C’est inconfortable d’en parler avec les personnes que l’on aime.»

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Tasses cafés (Banque d'images Envato)

Des activités gratuites organisées partout au Canada et dans le monde entier aident les gens à accepter cette idée: «la mort fait partie de la vie».

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Depuis plus d’une décennie, des «cafés de la mort» sont organisés dans des cafés, des centres communautaires, des bibliothèques et même des cimetières, afin d’aider les gens à se sentir plus à l’aise face au sujet de la mort.

«[La mort est] un sujet tabou; c’est inconfortable d’en parler avec les personnes que l’on aime», a dit Linda Stuart, qui a commencé à animer certains des tout premiers cafés de la mort au Canada, à Toronto, en 2013.

Mme Stuart a baigné dans l’univers de la mort toute sa vie. Son père travaillait comme fournisseur pour l’industrie funéraire, et elle exerce actuellement le rôle de célébrante funéraire, une fonction similaire à celle d’un pasteur lors d’un enterrement, mais dans un cadre laïque.

Se porter volontaire pour animer des «death cafés» lui a donc semblé tout à fait naturel.

Qu’est-ce qu’un «café de la mort» – et ce qu’il n’est pas

Les «death cafés» s’inspirent du sociologue suisse Bernard Crettaz, qui défendait l’idée de discuter des questions difficiles de la vie dans un cadre informel. On attribue à un Britannique nommé Jon Underwood, décédé en 2017, la fondation du mouvement des «death cafés» en 2011, ainsi que sa popularisation à l’échelle internationale.

M. Underwood a établi des lignes directrices destinées à être suivies par les bénévoles chargés de les organiser : la participation aux cafés de la mort doit être gratuite; ils ne doivent pas servir de plateforme promotionnelle pour les animateurs ou les participants; la conversation doit être spontanée et non guidée, sans conférenciers invités ni discussions thématiques; et des boissons chaudes et des rafraîchissements doivent être offerts.

Les «death cafés» ne sont pas non plus conçus pour être un espace où les gens viennent faire leur deuil.

Nadine Lavoie, qui anime régulièrement des «cafés de la mort» à Toronto, a expliqué que les groupes de soutien au deuil fonctionnent généralement comme des groupes de soutien dirigés par un professionnel afin de faciliter la conversation et d’aider les participants à exprimer leurs sentiments difficiles.

Mais dans un «death café», les animateurs ne dirigent pas la conversation. Ils «facilitent plutôt l’espace et veillent à ce que les lignes directrices des “death cafés” soient respectées».

On demande aux participants de s’abstenir de tout jugement, afin que chacun puisse exprimer librement ses réflexions sur la mort et le processus de fin de vie. Ils sont ensuite répartis en petits groupes, ce qui rend les conversations plus intimes.

Parmi les questions soulevées dans les groupes animés par Stuart, on trouvait notamment: «Qu’est-ce qu’une bonne mort? Comment est-ce que je veux que ma famille se sente? À quoi est-ce que je veux que mes funérailles ressemblent? Comment est-ce que j’espère mourir?»

Pour Mme Lavoie, se porter volontaire pour animer un « café de la mort» à Toronto semblait tout à fait logique. Elle décrit son travail comme celui d’une « agente de bord spéciale », puisqu’elle aide les personnes en fin de vie à se préparer à cette dernière étape.

Après avoir assisté à son premier « death café » il y a plus de dix ans, elle en est ressortie émerveillée par l’expérience de parler de la mort dans un environnement bienveillant et détendu. Elle a indiqué que de nombreux organisateurs de « death cafés » sont passionnés par le sujet.

«La plupart des personnes qui organisent ces événements s’intéressent d’une manière ou d’une autre à la question de la vie et de la mort, ou de la mort et du processus de fin de vie.»

—  Nadine Lavoie

Un rassemblement multigénérationnel

Quant aux participants, Mme Stuart – qui a cessé d’animer des «death cafés» lorsque la pandémie a frappé – a indiqué que les groupes qu’elle animait attiraient un large éventail de personnes.

«Lors d’une des séances que j’ai animées, il y avait une jeune fille de 19 ans, mais aussi des personnes dans la huitième décennie de leur vie», a-t-elle raconté.

Les groupes de Mme Lavoie ont également couvert une fourchette d’âges «allant de 20 à 100 ans».

—  Nadine Lavoie

Elle a ajouté qu’il y avait toujours des rires dans les cafés de la mort qu’elle animait.

«Ce n’est pas sinistre, bien au contraire», a-t-elle soutenu. «Avoir ces conversations vous fait prendre conscience que la vie n’est pas infinie et qu’il faut tirer le meilleur parti de ce temps qui nous est imparti. C’est ce qui ressort souvent de ces conversations.»