Société

Des allégements fiscaux américains déciment l’industrie des courses hippiques au Canada

De nombreux acteurs du secteur affirment que les conditions de concurrence ne sont plus du tout équitables.

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MyRacehorse-owned Duke of Love and jockey Justin Stein are shown in this handout photo winning the 2022 Prince of Wales Stakes at Fort Erie Race Track. THE CANADIAN PRESS/Handout-Woodbine Entertainment-Michael Burns(Mandatory credit) Sur cette photo fournie par MyRacehorse, on voit Duke of Love, propriété de MyRacehorse, et son jockey Justin Stein remporter le Prince of Wales Stakes 2022 à l’hippodrome de Fort Erie. La Presse Canadienne/Woodbine Entertainment (Michael Burns)

Le nombre de stalles vides dans les écuries qui bordent l’hippodrome historique de Woodbine, à Toronto, ne cesse d’augmenter.

Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.

Il y a trois ans, l’hippodrome de Woodbine abritait environ 1900 chevaux. Ce nombre s’élève désormais à 1600 et diminue rapidement, alors que les éleveurs, les propriétaires de pur-sang et les acheteurs canadiens se précipitent vers le sud de la frontière, attirés par les allégements fiscaux américains qui commencent à décimer l’industrie canadienne.

Les chefs de file de l’industrie affirment que cela entraîne une diminution du nombre de chevaux, de courses et d’emplois, ce qui se traduit par une baisse des investissements sur le sol canadien.

«Il y a cet énorme éléphant là-bas, avec son puissant aimant, qui aspire les capitaux hors de notre pays», a expliqué Mark Halloran, directeur général du Canuck Racing Club.

Le coupable est un allègement fiscal qui s’est glissé dans le «One Big Beautiful Bill» du président américain Donald Trump, et qui permet désormais aux acheteurs américains de déduire la totalité du prix d’achat d’un cheval de course.

Au Canada, l’article 31 de la Loi de l’impôt sur le revenu limite le montant des pertes qu’un propriétaire de cheval de course peut déduire à un maximum de 17 500 $CA.

De nombreux acteurs du secteur des courses hippiques au Canada affirment que les conditions de concurrence ne sont plus du tout équitables.

«Si une personne aux États-Unis achète une jument de reproduction (une jument adulte) pour 300 000 $ US, elle peut déduire 100 % de ce montant», a déclaré Glenn Sikura, éleveur canadien de pur-sang. « Au Canada, un acheteur ne peut déduire que 17 500 $CA. Cela vous semble-t-il être des conditions équitables? »

L’avantage fiscal actuellement offert aux États-Unis fait en sorte que les chevaux élevés au Canada et vendus aux États-Unis se vendent des milliers de dollars de plus qu’au Canada. M. Sikura, un éleveur ontarien, se rendra au Kentucky cette fin de semaine pour vendre trois pur-sang canadiens.

«J’aimerais beaucoup vendre mes chevaux ici, au Canada, mais je n’en ai pas les moyens pour l’instant», a soutenu M. Sikura, ajoutant que la perte financière liée à la vente d’un cheval au Canada est trop lourde à supporter.

Lorsqu’un cheval est vendu aux États-Unis, il ne revient souvent pas au Canada. S’il ne court pas au Canada, il ne peut pas contribuer à l’économie canadienne dans son ensemble.

«Cela entraîne également une diminution du nombre de poulains de qualité au Canada, et à partir de là, c’est un cercle vicieux.»

—  Glenn Sikura, éleveur canadien

Pertes d’emplois au Canada

L’industrie des courses hippiques soutient des dizaines de milliers d’emplois à travers le pays dans plusieurs secteurs différents.

«J’emploie les cavaliers qui les font travailler le matin, les palefreniers qui consacrent leur vie à prendre soin d’eux», explique l’entraîneuse canadienne Josie Carroll. «Il y a les vétérinaires, votre fournisseur d’aliments pour animaux qui vient chaque jour avec du foin et de l’avoine; c’est tout un secteur agricole qui en bénéficie, et la liste est encore longue.»

Mme Carroll a indiqué qu’elle entraînait actuellement 65 chevaux et qu’elle employait 41 personnes pour s’en occuper. Presque chaque cheval qui finit par quitter le Canada pour les États-Unis signifie qu’un autre employé doit être mis à pied.

«Je crains que les courses ne puissent pas se maintenir à ce niveau au Canada», a déclaré Mme Carroll.

L’article 31 de la Loi de l’impôt sur le revenu trouve son origine dans une loi rédigée en 1949.

«Cette disposition était destinée aux années 50 et 60. Les temps ont changé, les entreprises ont changé», a soutenu M. Halloran.

L’homme a précisé que Canuck Racing, son groupe spécialisé dans la propriété et les courses de pur-sang, est fièrement canadien et n’a pas l’intention de quitter complètement le pays. Il a toutefois admis que l’entreprise est à quelques semaines d’ouvrir une succursale aux États-Unis, où elle pourra profiter des généreux allégements fiscaux offerts dans ce pays.

«Nous serions bien bêtes de ne pas nous tourner vers les États-Unis et d’explorer les occasions d’affaires qui s’y présentent désormais également», a dit M. Halloran. «Nous étions déjà bien implantés au Canada avant que cela ne devienne à la mode, mais le régime fiscal actuel au Canada n’est tout simplement pas équitable. Nous ne demandons pas de l’aumône ici.»

Le code fiscal canadien considère la plupart des propriétaires de chevaux comme des agriculteurs amateurs à temps partiel, ce qui signifie qu’ils ne bénéficient pas des avantages accordés aux autres entreprises qui peuvent déduire leurs pertes.

M. Halloran estime qu’il s’agit là d’une grave erreur législative.

«Nous ne faisons pas cela par passe-temps. Nous sommes une entreprise, une entité commerciale, et il existe tout un secteur économique qui repose sur chaque cheval que nous achetons», a-t-il souligné. «Si le gouvernement canadien cherche une solution facile pour aider les travailleurs canadiens, c’est là la mesure la plus évidente à prendre.»

Bill Ford, vice-président exécutif chargé des courses à l’hippodrome de Woodbine, partage cet avis. «Nous devons mettre fin au flux de chevaux vers les États-Unis qui ne reviennent jamais», a estimé M. Ford. «Il existe un moyen simple d’y parvenir. Ce n’est pas très compliqué : il suffit de s’attaquer à l’article 31.»

CTV News a demandé au cabinet du ministre des Finances s’il était disposé à revoir l’article 31 de la Loi de l’impôt sur le revenu.

Dans un courriel, le ministère fédéral a notamment soutenu que «le gouvernement reconnaît l’importante contribution de l’industrie canadienne des courses hippiques aux collectivités et à l’économie».

«Il serait inapproprié de spéculer sur d’éventuels changements.»

Sans changements rapides, ceux qui subissent la pression financière liée aux courses et à l’élevage des chevaux au Canada affirment que le régime fiscal actuel pourrait faire sortir cette industrie historique du pays de la piste.