Des extraits récemment rendus publics d’une étude historique datant de 1986 révèlent qu’au moins 35 personnes aux antécédents apparemment suspects sont arrivées au Canada après la Seconde Guerre mondiale dans le cadre d’un programme secret mis en place par les services de renseignement américains.
Ces détails, jusqu’alors secrets, figurent dans une version récemment publiée d’une étude sur la réinstallation de présumés criminels de guerre nazis au Canada pendant la guerre froide.
B’nai Brith Canada s’est battu pendant des années pour obtenir l’accès à davantage d’éléments du rapport de la chercheuse Alti Rodal, réalisé dans le cadre de l’enquête canadienne sur les criminels de guerre menée par Jules Deschenes dans les années 1980.
Dans une décision rendue le mois dernier, la Cour fédérale a ordonné la divulgation de certaines parties longtemps tenues secrètes de l’étude de Mme Rodal.
Le ministère du Patrimoine canadien n’a pas fait appel de cette décision et Bibliothèque et Archives Canada a fourni à B’nai Brith la dernière version publique du rapport Rodal.
Simon Wolle, directeur général de B’nai Brith Canada, a qualifié cette divulgation de résultat historique. Dans un communiqué, il a ajouté que l’organisation se réjouissait que ces informations aient été mises à la disposition du public, des historiens, des survivants de l’Holocauste et de leurs descendants.
L’étude indique qu’en 1954, des responsables canadiens ont découvert l’existence d’un «programme actif et organisé» géré par la Direction de la recherche et de la réinstallation de l’armée américaine.
Ce programme, connu sous le nom d’USAREUR, servait de couverture à la CIA (Agence centrale de renseignement des États-Unis) et à d’autres agences de renseignement américaines responsables de la réinstallation de personnes qui leur avaient «rendu service», écrit Mme Rodal.
L’étude indique qu’un responsable de l’USAREUR a confié au Canada que l’objectif de l’agence américaine était de réinstaller dans d’autres pays sûrs des transfuges du communisme et d’anciens agents ayant travaillé pour les Américains.
L’étude précise que, selon ce responsable américain, un certain nombre de ces personnes avaient un casier judiciaire, certaines pour des affaires impliquant une «turpitude morale» — une catégorie dans laquelle entraient les collaborateurs nazis.
Le responsable de l’USAREUR a fourni aux Canadiens une liste de 35 personnes qui s’étaient déjà rendues au Canada avec l’aide de l’agence, précise l’étude. Elle ajoute que les vérifications menées ensuite par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont conduit à la conclusion que la quasi-totalité de ces individus auraient dû être «rejetés» pour des raisons de sécurité.
Mme Rodal a déclaré que cet épisode concernant l’USAREUR suggère que, dans les années qui ont suivi la guerre — et en particulier pendant la période précédant la découverte par la GRC d’irrégularités dans les activités de l’USAREUR — «le personnel des services de renseignement américains aurait très bien pu aider des personnes ayant un passé de criminels de guerre à immigrer au Canada».
«Ils étaient en mesure de fournir à ces personnes de faux documents et de déclarer aux agents canadiens chargés du contrôle des visas, lors de leurs contrôles de routine, qu’il n’y avait rien de répréhensible concernant ces candidats à l’immigration», indique l’étude.
Mme Rodal a conclu qu’il semblerait qu’un grand nombre d’anciens agents aient été réinstallés par les Américains, «et que ce soient peut-être les moins désirables, pour quelque raison que ce soit, qu’ils auraient souhaité réinstaller dans un autre pays, tel que le Canada».

