Un nombre croissant de Canadiens ont lancé des campagnes de collecte de fonds en ligne pour faire face à leurs factures mensuelles et subvenir à leurs besoins essentiels, indique GoFundMe, l’une des principales plateformes de financement participatif.
Selon les experts, cette tendance met en évidence la crise du pouvoir d’achat et les faiblesses du système de protection sociale du pays, alors que de nombreux Canadiens sont confrontés à la hausse des dépenses et à une forte inflation.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News
Dans la catégorie des besoins essentiels, près de 12 000 collectes de fonds ont été lancées entre janvier et avril 2026, soit une augmentation de 7 % par rapport à l’année précédente, a déclaré cette semaine la porte-parole de GoFundMe, Aisha Vernon, dans un courriel adressé à CTV News.
Selon Mme Vernon, les «besoins essentiels» comprennent les campagnes pour le loyer, l’hypothèque et les services publics.
Les campagnes menées entre janvier et avril concernant les factures mensuelles ont augmenté de 10 % par rapport à la même période en 2025.
Les campagnes liées aux factures mensuelles ont augmenté de 15 % en 2025, a déclaré la porte-parole, ce qui en a fait l’une des catégories connaissant la plus forte croissance cette année-là.
«Ces données reflètent en fin de compte les défis croissants auxquels les Canadiens sont confrontés et la manière dont les communautés se mobilisent pour se soutenir mutuellement en cas de besoin», a dit Mme Vernon.
La crise du logement, un facteur déterminant
Carolyn Whitzman, professeure adjointe et chercheuse senior en logement à l’Université de Toronto, a déclaré que le manque de logements abordables à travers le pays est un facteur clé à l’origine de cette tendance.
«Il y a malheureusement un sentiment de désespoir croissant au sein des ménages canadiens», a expliqué Mme Whitzman lors d’un entretien sur Zoom avec CTV News jeudi.
«Le Canada est en pleine crise du logement», a ajouté Mme Whitzman. «Les gens ne devraient pas avoir à organiser des collectes de fonds individuelles pour avoir assez d’argent pour payer leur loyer et nourrir leurs enfants… c’est donc un énorme problème.»
Mme Whitzman, autrice de Home Truths: Fixing Canada’s Housing Crisis, a mentionné qu’un nombre croissant de personnes «sont à un chèque de paie de se retrouver sans domicile».
Certaines personnes ont du retard dans le paiement de leur hypothèque et ont du mal à payer leur loyer, a-t-elle souligné.
Environ 4,5 millions de Canadiens – soit plus d’une personne sur dix – vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024, selon un rapport de Statistique Canada publié le 29 avril.
Le seuil de pauvreté est basé sur la capacité à se procurer des biens et services de base, selon Statistique Canada, et dépend de la taille du ménage et de la région.
Les impayés hypothécaires ont particulièrement touché les marchés immobiliers où les prix sont élevés, avec une hausse de 52 % en Ontario et de 36 % en Colombie-Britannique d’une année sur l’autre, selon le rapport «Market Pulse» d’Equifax Canada sur les tendances du crédit à la consommation au premier trimestre, publié cette semaine.
M. Whitzman a souligné que la crise de l’accessibilité financière est un problème systémique auquel tous les niveaux de gouvernement doivent s’attaquer.
Un «pansement du XXIe siècle»
Shiu-Yik Au, professeur agrégé de finance à l’Asper School of Business de l’Université du Manitoba à Winnipeg, a déclaré qu’il n’était pas surpris par la tendance GoFundMe, car les Canadiens ordinaires ont du mal à faire face à la hausse des dépenses.
Statistique Canada a indiqué que l’inflation a atteint 2,8 % en avril, soit le taux annuel le plus élevé depuis mai 2024. Les données ont montré que le coût de l’essence avait augmenté de 28,6 % en glissement annuel en avril, la guerre en Iran ayant perturbé les livraisons mondiales de pétrole, bien que l’inflation des denrées alimentaires et des loyers se soit atténuée.
Le système financier canadien a fait preuve de résilience, mais les ménages canadiens restent fortement endettés par rapport à leurs revenus, selon le rapport sur la stabilité financière de la Banque du Canada publié jeudi.
«GoFundMe est donc en quelque sorte un moyen de mettre en relation les personnes qui ont vraiment un grand cœur avec celles qui ont d’énormes besoins», a dit M. Au lors d’un entretien avec CTV News jeudi.
Il s’est toutefois dit préoccupé par la tendance qui voit de plus en plus de personnes se tourner vers la plateforme pour obtenir une aide financière.
«En gros, ce n’est pas une bonne situation que des gens doivent demander de l’argent pour pouvoir subvenir à leurs besoins quotidiens», a-t-il déclaré. «Je ne veux pas vivre dans un monde où les gens doivent se connecter à Internet et, en gros, faire leur numéro devant des inconnus, afin de pouvoir avoir assez de pain à manger et payer leur loyer.»
«Mais malheureusement, en raison de ces effets à court terme, nous allons voir cette situation perdurer à l’avenir», a-t-il ajouté.
William Huggins, professeur adjoint en finance et en économie d’entreprise à la DeGroote School of Business de l’Université McMaster à Hamilton, en Ontario, a déclaré que GoFundMe était en fin de compte un «pansement du XXIe siècle», mais qu’il jouait néanmoins un rôle clé, les Canadiens s’étant révélés parmi les donateurs les plus généreux.

