La crise du logement entraîne parfois des répercussions insoupçonnées. Les musiciens ont de moins en moins d’endroits pour pratiquer et des centaines de groupes craignent de perdre leur refuge à côté du futur Quartier Molson, aux abords du pont Jacques-Cartier.
Cité 2000, situé au coin des rues Papineau et Notre-Dame a été inondé lors du bris d’aqueduc qui a créé un geyser en août 2024. À l’intérieur du bâtiment appartenant à U-Haul, 116 locaux sont loués à des groupes musicaux via des baux commerciaux.
Les locataires disent avoir subi deux augmentations cette année et rapportent que leur bail, qui a toujours été annuel, est devenu mensuel sans avertissement.
«S’ils l’ont annoncé, ils l’ont annoncé d’une façon subtile», a lancé Steven Henry, qui est locataire d’un des locaux depuis 1994.

Mais lorsque Noovo Info a questionné U-Haul sur la situation, l’entreprise a nié que les baux avaient changé. On nous explique qu’il y a eu des augmentations en raison des frais liés aux réparations à la suite de l’inondation.
Or, M. Henry raconte avoir reçu une augmentation de loyer au mois d’avril et une autre au mois de décembre.
Selon Me Manuel Johnson, avocat spécialiste en droit immobilier, U-Haul aurait dû négocier avec les locataires avant d’envoyer des augmentations de loyers.
«Un propriétaire d’un espace commercial ne peut pas juste changer les termes unilatéralement, sans rien dire. Il faut les proposer aux locataires», soutient-il.
Mais en fin de compte, les locataires n’ont pas beaucoup de choix en matière de bail commercial. Ils n’ont pas le droit au maintien dans les lieux.
«Si on n’arrive pas à une entente, et bien on n’a pas de protection pour rester dans les lieux. Il faut s’en aller», mentionne Me Johnson.
Mais pour certains locataires, la Cité 2000 est leur seul moyen de continuer à pratiquer leur art.
«Je ne pourrais pas continuer à faire de la musique. J’ai beaucoup de stock. Et avec la crise du logement, je suis rendu dans un appartement où je ne peux pas avoir tout mon stock», a expliqué Steven Henry.

«La seule façon pour U-Haul de nous mettre dehors, c’est nous mettre à bout. Et c’est ça qu’ils sont en train de faire. Il n’y a pas de place dans un appartement pour faire du bruit», ajoute le locataire.
Il craint d’ailleurs que le projet du Quartier Molson, qui prévoit ajouter près de 5000 logements au site voisin de la Cité 2000, vienne nuire aux musiciens.
«Du monde qui ont payé leur condo 500 000 $ pour entendre du bruit... Ils ne seront pas contents», mentionne M. Henry.
Pour sa part, le promoteur du Quartier Molson indique que l’édifice appartenant à U-Haul ne fait pas partie du projet et qu’il n’y a pas non plus de transaction potentielle en vue.
Voyez le reportage de Véronique Dubé dans la vidéo.

