La scène s’est déroulée la semaine dernière dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Les voisines ont d’abord cru qu’il s’agissait d’un déménagement jusqu’à ce qu’elles entendent un bruit étrange dans la rue. C’était le vacarme causé par des meubles qui se fracassaient au sol. Elles ont alors compris qu’elles étaient en train d’assister à une éviction sauvage, voire surréaliste.
Quand Isabelle Jean et Laura Serbanescu ont regardé par la fenêtre, elles ont alors aperçu leur voisin Roméo laissé à lui-même avec son chat, en shorts alors qu’il faisait à peine 10 degrés Celsius.
«On a vu les meubles être lancés du troisième étage, de la vaisselle, des sacs, etc. Ils lançaient tout en-bas. Nous, on voyait notre voisin Roméo qui était assis par terre. Clairement, il était dans sa tête avec son chat à côté de lui», décrit Mme Jean.

Les deux femmes croisent régulièrement Roméo depuis trois ans. Il fréquente le café du coin, il n’est pas méchant et, à leur avis, il semble avoir des problèmes de santé mentale.
«Les meubles pleuvaient autour de lui, c’était une scène crève-cœur.» Laura est sortie et a interpelé l’un des hommes en menaçant de le filmer. Ils ont par la suite cessé. «Je lui ai dit: “Mais on ne vide pas un appartement comme ça, comme si on mettait un chien à la rue!”» s’exclame-t-elle.
Les deux citoyennes ont signalé le 211 et l’équipe mobile de médiation et intervention du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est arrivée. Malheureusement, les policiers sont repartis en laissant l’homme dans les escaliers à côté de l’amoncellement des ses avoirs.

«On a appelé la police parce qu’on trouvait que ce qui se passait était inhumain. Ils sont repartis sans donner aucun soin, aucune aide au locataire en question, ce que je trouve aberrant», continue Mme Serbanescu.
Les femmes disent que les policiers leur ont expliqué être au bout de leurs ressources étant donné que les refuges étaient pleins. Les agents auraient prétendu ne rien pouvoir faire si Roméo ne se rendait pas, par lui-même, dans un hébergement.
Elles ont donc alerté Noovo Info. À notre arrivée sur les lieux vers 17h, l’homme tenait des propos décousus. Il ne semblait pas comprendre pourquoi il était dans cette situation. Il disait avoir payé son loyer. Il faisait des gestes particuliers avec ses mains et semblait parler à une voix que lui seul entendait. La nuit est ainsi tombée, mais les voisines refusaient de voir Roméo dormir dans la rue dans cet état.
Isabelle s’est donc rendue à une maison d’hébergement pour hommes, mais à son arrivée, on lui a indiqué qu’on ne pouvait pas venir en aide à Roméo.
Finalement, une travailleuse de rue de l’organisme Dopamine est arrivée vers 20h pour le prendre en charge. Mais n’eût été de la ténacité des femmes, on ignore quelle nuit il aurait passé. Il n’avait pas de cellulaire pour appeler. «C’est dégueulasse on ne fait pas ça à un être humain, peu importe qu’il ait des problèmes de santé mentale ou pas, on a de l’argent pour autre chose, mais on n’a pas d’argent pour ça», s’insurge Laura. «On veut qu’il soit médicamenté, qu’il soit évalué, qu’il soit hébergé, il a passé la journée dehors en shorts», insiste Isabelle.
Une éviction sauvage, mais légale
Joint au téléphone, le gestionnaire de l’immeuble où résidait Roméo a premièrement affirmé ne pas être responsable du comportement des hommes qui ont vidé l’appartement puisqu’ils répondaient aux ordres d’un huissier. «Je ne comprends pas trop», a-t-il lancé à Noovo Info.

Le Tribunal administratif du logement (TAL) a émis une ordonnance d’expulsion contre Roméo, qui a omis de payer son loyer de 1500$ pendant un mois. Le gestionnaire raconte aussi que le locataire a causé un important dégât d’eau en novembre alors qu’il était en crise.
«Il était en psychose. Il a bouché sa toilette, il a mis des objets dans sa toilette. Ça a coulé sur trois étages jusqu’en-bas. Je trouve ça plate, mais à un moment donné, je n’ai pas les compétences pour gérer des gens avec des troubles mentaux. Je perds des locataires parce que Roméo n’est pas pris en charge», a déploré le propriétaire.
Il ajoute que Roméo s’est aussi introduit dans l’appartement d’une voisine. «Elle a quitté parce qu’elle avait peur, il a littéralement défoncé sa porte arrière pour rentrer chez elle, les policiers sont au courant.»
Le représentant du propriétaire assure avoir tout fait pour l’aider, mais mentionne qu’il ne peut pas se permettre ça.
«Pis en plus de ça, il faudrait que je sois psychologue pour écouter les autres locataires qui ne sont plus capables et qui veulent tous s’en aller.»
Il nous a été impossible de savoir où se trouve maintenant Roméo. Nous avons demandé au cabinet de la mairesse de Montréal pourquoi les policiers sont ainsi repartis bredouille. Est-il normal qu’on ne dépêche pas d’aide psychosociale dans ce genre de situation? Noovo Info attend toujours une réponse.
À voir dans la vidéo.
