Société

«Cœur brisé»: les nouvelles règles pour obtenir la citoyenneté italienne compromettent le rêve de certains

CTV a recueilli plusieurs témoignages de Canadiens qui souhaitent obtenir la double citoyenneté.

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Sonia McCarvill, à l'extrême droite, avec sa famille à Campobasso, en Italie, en 2002. (Photo fournie par Sonia McCarvill) Sonia McCarvill, à l'extrême droite, avec sa famille à Campobasso, en Italie, en 2002. (Photo fournie par Sonia McCarvill)

Pour Sonia Perrino McCarvill, le rêve était simple: rentrer chez elle. Pas en tant que touriste, mais en tant que citoyenne.

Après avoir enterré sa mère en Italie en octobre 2024, ce rêve a pris une nouvelle urgence. Se trouvant dans le pays où les racines de sa famille sont profondément ancrées, cette résidente de Winnipeg imaginait un avenir où elle pourrait venir plus souvent en tant que citoyenne italienne.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Je sentais que je voulais revenir à nos racines, car je suis née italienne», a confié Mme McCarvill à CTVNews.ca lors d’une interview sur Zoom.

Mais un changement soudain dans le paysage de la citoyenneté italienne a mis un terme à ce rêve — laissant Mme McCarvill «outrée» et exclue d’un pays qu’elle a toujours considéré comme le sien.

Le gouvernement italien a modifié ses lois sur la citoyenneté par filiation il y a un an, le 28 mars 2025 — une mesure qui a été renforcée le mois dernier lorsque la Cour constitutionnelle italienne a fait savoir qu’elle rejetterait le premier recours contre cette loi.

Dans un décret d’urgence, le gouvernement italien a invoqué le nombre croissant de citoyens par filiation qui n’avaient jamais vécu en Italie.

CTVNews.ca a demandé à ses lecteurs de partager leurs témoignages. Voici ce qu’ils ont dit.

Un système qui l’a stoppée net

«Quelqu’un, quelque part, n’avait pas fait son travail pour vérifier l’origine de la lignée», a soutenu Mme McCarvill.

Auparavant, toute personne ayant un ancêtre italien, y compris un arrière-grand-parent, pouvait demander la citoyenneté et un passeport italien en vertu de ce qu’on appelait la règle du «droit du sang».

La nouvelle règle, appelée «question mineure», stipulait que si un parent d’un enfant italien né à l’étranger se naturalisait alors que ses enfants étaient encore mineurs, cela «rompait» la filiation.

Sonia Perrino McCarvil

Mme McCarvill est née en 1968 de parents italiens qui n’étaient pas encore citoyens canadiens. De par sa naissance, son identité était claire, selon elle.

De la victoire de l’Italie à la Coupe du monde de la FIFA en 1982, qui a vu des foules d’Italiens défiler sur Grant Avenue à Winnipeg, à sa passion pour la danse folklorique italienne dans les années 80, l’Italie n’a jamais été loin pour Mme McCarvill.

Le 14 juin 1972, ses parents se sont naturalisés et ont renoncé à leur citoyenneté italienne pour devenir Canadiens. En 1990, ses parents ont repris leur nationalité italienne et sont devenus doubles nationaux.

En août 2025, le mari de Sonia Perrino McCarvill a commencé à chercher des biens immobiliers. Ce qui n’était au départ qu’une possibilité s’est rapidement transformé en projet.

Après avoir versé un acompte de 10 000$ sur une propriété en Sicile, McCarvill a entamé les démarches de naturalisation avant de se heurter à un obstacle inattendu.

Les courriels envoyés au consulat italien de Toronto sont restés sans réponse et les tentatives de prise de rendez-vous en ligne n’ont abouti à rien, bien qu’elle disposât de tous les documents requis.

«Il y a un manque total de transparence», a-t-elle soutenu. «Ils auraient dû simplement le préciser sur le site web... arrêtez-moi là.»

Ils ont finalement renoncé à l’achat — et à l’acompte.

«La décision de ne pas acheter... était due à toutes les lacunes juridiques qu’il fallait contourner pour rester en Italie en tant que non-citoyen», a ajouté Mme McCarvill.

Un rêve en suspens

Giovanni Boni, de Collingwood, en Ontario, passe depuis des années ses étés en Italie avec sa famille et avait envisagé de s’y installer.

La lignée directe de M. Boni remonte à son père, né en Italie en 1957 et ayant immigré au Canada en 1964.

M. Boni, qui est agent immobilier, tente depuis quatre ans d’obtenir un rendez-vous au consulat italien de Toronto. Lorsqu’il a pris connaissance de la nouvelle loi, lui et sa famille étaient en train de réserver une location de quatre mois pour cet été afin de pouvoir demander la citoyenneté.

Cette nouvelle loi est «dévastatrice», a-t-il dit. «Nous avons mis notre vie entre parenthèses ici depuis trois ans ; nous avons entamé le processus de liquidation de nos biens et cherchons des maisons à acheter en Italie.»

Pour Holly Labonte, de Cold Lake, en Alberta, le processus de demande de double nationalité a été un «parcours long et émouvant».

Son grand-père et sa grand-mère sont nés en Italie et ont immigré au Canada en 1930. Son père est né peu après.

«Ma principale motivation pour faire cette demande était de m’assurer que ma fille et mon fils auraient eux aussi la possibilité d’obtenir la citoyenneté italienne et de renouer avec leurs racines», a expliqué Mme Labonte dans un courriel adressé à CTVNews.ca.

Peu après avoir perdu ses deux parents à six mois d’intervalle, son père en octobre 2019 et sa mère en avril 2020, Mme Labonte a entamé la procédure. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a commencé à examiner les dossiers de naturalisation et de citoyenneté de sa grand-mère pendant deux ans — un processus qui, selon les estimations, ne devait pas prendre plus de neuf mois.

Pendant qu’elle attendait, la loi a changé. «Explorer les racines de ma famille est devenu un élément important de mon processus de guérison», a-t-elle lancé.

«La dernière pièce de mon puzzle»

Nella Floccari, Italo-Canadienne de première génération, a expliqué que ses parents étaient venus d’Italie pour avoir une vie meilleure. «Je suis le fruit de leurs rêves et de leurs sacrifices.»

Cette résidente d’Ottawa a déclaré qu’elle n’aurait jamais pensé que le droit d’obtenir la citoyenneté italienne puisse lui être retiré.

Avec le décès de ses parents, «il me semble particulièrement important de me sentir en partie italienne, d’approfondir mon lien avec mes parents à travers mon héritage italien », a-t-elle écrit par courriel.

Mme Floccari s’est dite «choquée, déçue et le cœur brisé», ajoutant que l’Italie, qu’elle a décrite comme «chaleureuse et hospitalière», a fermé la porte à sa famille.

Canada Italy citizenship Sonia McCarvill serre son père dans ses bras alors qu'ils assistent à l'enterrement de sa mère à Campobasso, en Italie, en octobre 2024. (Photo fournie par Sonia McCarvill via CTV News)

Mme Floccari espère que le gouvernement italien reviendrait sur sa décision et rendrait aux gens le «droit à nos racines».

Au-delà de la perte financière, Mme McCarvill a rapporté que le plus difficile était quelque chose de moins tangible: un sentiment de déconnexion. Sa famille élargie vit toujours en Italie et continue de l’inviter à leur rendre visite.

«Ça aurait juste été vraiment bien de pouvoir compléter cette dernière pièce de mon puzzle», a-t-elle confié.

Au lieu de cela, elle a le sentiment que cette décision lui a été retirée. «Je n’aime tout simplement pas que quelqu’un d’autre me dicte... comment obtenir ma nationalité», a-t-elle dit. «J’ai juste l’impression qu’on m’a complètement coupé l’herbe sous le pied. »

Pour l’instant, Mme McCarvill a mis ses projets en suspens, attendant et espérant un changement.

Avec des informations de Daniel Otis de CTVNews.ca et de CNN