Pour la sixième année consécutive, les Canadiens de tout le pays soulignent mercredi la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, en hommage aux survivants des pensionnats pour enfants autochtones et à ceux qui ne sont jamais rentrés chez eux.
À partir du XIXe siècle, plus de 150 000 enfants autochtones du Canada ont été séparés de leurs familles et de leurs communautés, puis envoyés dans des pensionnats gérés par l’Église, où régnaient les abus, la malnutrition et des soins de santé insuffisants.
La Commission de vérité et réconciliation a conclu, dans son rapport final historique de 2015, que ce système scolaire constituait un élément central d’une politique de génocide culturel soutenue par l’État.
Entre 1857 et 1996, 150 000 enfants autochtones ont été contraints de fréquenter des pensionnats gérés par des confessions religieuses et financés par l’État.
La Commission de vérité et réconciliation avait initialement recensé 3200 décès d’enfants dans ces pensionnats. Cependant, les experts du Centre national pour la vérité et la réconciliation — qui continuent de passer au crible des millions de dossiers — estiment que le nombre réel pourrait être bien plus élevé.
L’instauration de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre, était l’une des recommandations de la Commission vérité et réconciliation.
CBC/Radio-Canada, APTN et le Centre national pour la vérité et la réconciliation organisent leur événement annuel «Se souvenir des enfants» sur la colline du Parlement.
Au cours de cette cérémonie de 90 minutes, des survivants des pensionnats, des aînés et des dirigeants autochtones prendront la parole. Des prestations de Tia Wood, Soleil Launière, Silla et Adrian Sutherland sont également au programme.
Les participants sont invités à apporter une paire de chaussures d’enfant à déposer devant la scène afin de rendre hommage aux enfants qui ont fréquenté les pensionnats.
D’autres événements organisés pour marquer cette journée ont lieu dans tout le pays, notamment à Montréal, Toronto, Vancouver, Calgary et Iqaluit.
Le premier ministre Mark Carney doit prendre la parole lors d’un événement à Edmonton.
Il a publié avant l’événement une déclaration en anglais, en français et dans neuf langues autochtones, dont l’algonquin, le dénésuline, l’innu-aimun, l’inuktitut (Baffin du Nord), le micmac, le michif, l’oji-cri, le cri des Plaines et l’ojibwé de l’Ouest.
Le gouvernement fédéral «porte la responsabilité» des «préjudices profonds et durables» causés par le système des pensionnats, a déclaré M. Carney dans ce communiqué.
«Nous devons aux Survivants bien plus qu’un simple devoir de mémoire, a-t-il soutenu. Nous leur devons des mesures concrètes. Les 94 appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation constituent toujours une feuille de route à cet égard.»
Seuls 14 des 94 appels à l’action ont été menés à bien au cours des 11 dernières années, selon l’organisme de surveillance indépendant Indigenous Watchdog, tandis que 41 recommandations sont considérées comme en cours, 24 au point mort et que 15 n’ont pas encore été entamées.
«En ce jour, nous nous réunissons pour rendre hommage à tous les enfants arrachés à leurs familles par le système des pensionnats et pour exprimer notre solidarité envers ceux qui ont survécu. Alors que les voix négationnistes cherchent à déformer le passé, notre responsabilité collective de défendre la vérité est plus importante que jamais», a déclaré Stephanie Scott, directrice générale du Centre national pour la vérité et la réconciliation.
«Rendre hommage à ces enfants, c’est affronter notre histoire avec une honnêteté inébranlable et veiller à ce que les mots “Plus jamais ça” soient plus qu’une simple formule, mais un engagement ferme soutenu par des actions concrètes.»
Un dialogue honnête et un apprentissage continu
La gouverneure générale, Louise Arbour, qui a assisté à une cérémonie de lever du drapeau en l’honneur des survivants sur la colline du Parlement, a confié dans un communiqué que, comme de nombreux Canadiens, elle avait «grandi sans connaître» l’histoire des pensionnats. Mais elle a ajouté que faire face à cette histoire «peut être douloureux et bouleversant», mais essentiel pour construire un avenir meilleur.
«Nous ne pouvons pas changer le passé, mais nous pouvons tracer la voie à suivre, a-t-elle déclaré. Elle nécessite d’abord que l’on écoute — avec empathie — les voix des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Elle requiert ensuite un dialogue honnête, un apprentissage continu et des mesures concrètes pour remédier aux inégalités héritées des torts du passé.»
Dans une déclaration commune, le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Rebecca Alty, la ministre des Affaires du Nord et de l’Arctique, Rebecca Chartrand, et la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty ont rappelé que le système des pensionnats «a causé des préjudices considérables qui affectent encore aujourd’hui les survivants et les survivantes, leur famille et leur communauté».
«Nous rejetons sans équivoque toute tentative visant à nier ou à minimiser l’histoire entourant le système des pensionnats et ses conséquences dévastatrices», ont-ils écrit, tandis que des individus masqués avaient déployé dimanche à Kamloops, en Colombie-Britannique, une banderole remettant en cause les inhumations sur les anciens sites des pensionnats.
«Non seulement la vérité est-elle indispensable à la réconciliation, mais elle en est le fondement. Et pour comprendre le passé et remédier aux séquelles, il est essentiel d’écouter les survivants et de respecter les expériences vécues, les savoirs et le leadership des peuples autochtones», ont insisté les ministres.
Ils ont conclu en écrivant que «la réconciliation est un cheminement collectif qui exige humilité et courage. Ensemble, continuons à travailler pour bâtir un avenir fondé sur la vérité, le respect, la guérison et la justice».
