Ce n’est pas d’hier que le milieu communautaire est «à boutte» au Québec alors que les campagnes de sensibilisation – et de dénonciation – se succèdent depuis de (très) nombreuses années sollicitant un réinvestissement massif dans le secteur. Et pourtant. Le cri du cœur du communautaire ne semble pas être entendu.
Des équipes rencontrées par Noovo Info, qui œuvrent chaque jour sur le terrain, disent tenir à bout de bras le filet social et être au bord de l’épuisement.
Fanny Couture, intervenante en hébergement d’urgence au centre Roland-Bertrand, témoigne d’une fatigue au sein de son équipe et d’une très grande charge de travail. «On en fait plus que l’on devrait», a-t-elle expliqué.
Les travailleurs et travailleuses du communautaire, comme ceux et celles du centre Roland-Bertrand, peinent non seulement à offrir tous les servies nécessaires, mais plusieurs vivent dans la précarité.
«Même nous, on travaille ici dans le communautaire et nous avons besoin du communautaire pour vivre», a souligné tristement Catherine Beaulieu, intervenante en hébergement d’urgence au centre Roland-Bertrand.
Sa collègue, Nathalie Marchand, qui œuvre comme cheffe d’équipe en partage et responsabilités des bénévoles partage ce triste constat.

«Ça fait plus de deux ans que je travaille tout près du salaire minimum, et même cette année, avec une augmentation de salaire, je suis toujours 5000$ annuellement en dessous du seuil de la pauvreté», a-t-elle déploré.
Un désir impossible de «payer plus»
Certains organismes communautaires doivent par ailleurs faire des choix déchirants lorsqu’il est question de main-d’œuvre.
Kevin Guay, commis de manutention au centre Roland-Bertrand, allait perdre son emploi la semaine dernière faute de budget. Cette situation a causé beaucoup de stress à M. Guay, lui qui affirme être à sa place au centre Roland-Bertrand.
«J’aime travailler dans le communautaire parce que ça me permet d’être moi-même. Malgré ma misère, je vais continuer à aider le monde», a-t-il confié à Noovo Info.

Grâce à une subvention, le centre a pu octroyer 11 semaines supplémentaires de travail à M. Guay. Un casse-tête se présentera par la suite, autant pour le centre Roland-Bertrand que pour Kevin Guay.
Pierre Nadeau, président du centre Roland-Bertrand est catégorique : le financement est un enjeu de taille.
«Il va devenir extrêmement important parce qu’on perd des gens. On n’est pas capable de les payer selon leur valeur», a-t-il expliqué.
La directrice générale adjointe du centre Roland-Bertrand, Caroline Chartier, abonde dans le même sens en expliquant que la direction de centre n’est pas heureuse d’offrir ces conditions de travail, mais qu’à ce moment, des hausses substantielles de salaire équivaudraient à la fermeture de services, «des services très appréciés et utiles».
Eux-mêmes démunis
Plusieurs employés du centre Roland-Bertrand doivent faire appel à l’aide alimentaire afin de joindre les deux bouts.
«On survit, on le fait vraiment avec cœur, mais un moment donné il va falloir que ça change», a souligné Mme Beaulieu.
«J’ai la moitié du salaire normal [que je devrais avoir], mais j’aime la place, j’aime le monde, j’aime ce que je fais», a témoigné France Armstrong, responsable de la distribution alimentaire au centre Roland-Bertrand.
«Ça serait l’fun que le gouvernement nous aide un peu», a plaidé Kevin Guay.
«Je leur dirais de venir mettre nos souliers pendant au moins une semaine pour voir dans quel monde on vit», a renchéri Mme Beaulieu.
Le milieu communautaire sera de nouveau en grève du 23 mars au 2 avril.

