Daniel Jolivet redécouvre la liberté après avoir passé 33 ans derrière les barreaux pour un crime qu’il a toujours affirmé ne pas avoir commis. La réinsertion dans la société s’avère parfois difficile, mais cet homme de 68 ans dit remplir ses journées avec les moments qui lui ont le plus manqué pendant son incarcération.
Cet article est une traduction d’un contenu de CTV News.
«Je commence une nouvelle vie», déclare M. Jolivet. «C’est un peu tard, mais il n’est jamais trop tard.»
M. Jolivet a ouvert les portes de son nouveau logement, un studio confortable et bien rangé à Montréal, à CTV News pour lui donner un aperçu de cette nouvelle vie.
«La première nuit, j’ai bien dormi, j’ai fait de beaux rêves», raconte M. Jolivet en montrant son lit.
Il décrit ce sur quoi il dormait en prison comme un matelas posé sur une plaque métallique.
Désormais, il dispose également de sa propre cuisine, avec des aliments qu’il choisit lui-même.
«C’est chez moi, vous savez», dit-il.
«Personne ne peut me mettre à la porte, personne ne peut m’enfermer, personne ne peut me dire de me lever pour compter, ou quoi que ce soit de ce genre.»
— Daniel Jolivet
Jolivet était derrière les barreaux depuis 1992. Il avait été condamné pour un quadruple meurtre à Brossard, sur la Rive-Sud de Montréal. Il est aujourd’hui en liberté sous caution après qu’un rapport du bureau du procureur général du Québec a conclu qu’il avait peut-être été victime d’une erreur judiciaire. Il a été libéré sous caution le 19 décembre, avec une liste de conditions à respecter, en attendant la décision du ministre de la Justice quant à savoir s’il aura droit à un nouveau procès ou si son dossier sera transmis à la Cour d’appel.
Il dit que s’adapter à la vie 33 ans plus tard comporte des surprises et des défis.
Il apprend à se servir des technologies, notamment à utiliser un téléphone intelligent et un ordinateur, dit-il.
«Je sais appuyer sur le bouton et l’allumer. C’est tout.»
L’avocat de longue date de M. Jolivet, Nicholas St-Jacques, qui fait partie du Projet Innocence Québec, l’aide à se réintégrer dans un nouveau monde.
«Nous sommes allés au centre commercial et il voulait acheter une chemise», raconte St-Jacques. «Il m’a dit: “Oh mon Dieu, tu as vu le prix ?” Et je lui ai répondu: “Ce n’est pas cher, c’est le prix normal d’une chemise aujourd’hui”.»
— Me Nicholas St-Jacques, avocat de Daniel Jolivet
M. Jolivet a les larmes aux yeux lorsqu’il évoque l’aide qu’il a reçue de St-Jacques et d’un cercle restreint de personnes qui lui ont apporté un soutien financier et émotionnel.
«Ils se soucient vraiment de moi, je le sais», dit Jolivet en essuyant ses larmes. «Les gens qui me voient pleurer vont dire: “Oh là là, quel bébé !” Je suis un peu comme un bébé, je suis né à nouveau, vous comprenez?»
Pas le temps de se mettre en colère
Jolivet effectue actuellement une demande de pension de la sécurité de la vieillesse et prévoit obtenir son permis de conduire. Il a un agenda chargé, dit-il, et il n’a pas le temps de se mettre en colère pour les années qu’il a perdues.
«Je n’ai pas le temps pour ça», dit-il. «Je vais rester assis ici à penser aux gens qui m’ont fait du tort? Non.»
Pourtant, son avocat affirme que le cas de Jolivet est un rappel brutal pour la police, les avocats et les juges.
«Vous travaillez avec la vie des gens, avec leur liberté», soutient Me St-Jacques. «Si vous faites une erreur, ce n’est pas quelque chose que vous pouvez simplement corriger le lendemain.»

