Société

Après 100 candidatures, une personne de 28 ans ne trouve toujours pas de travail

«Je me sens très frustré.»

Publié le 

Edmonton job fair Des étudiants participent à un salon de l'emploi à Edmonton en mars. (John Vennavally-Rao/CTV News).

Reza Mahmoudian affirme avoir postulé à plus de 100 emplois au cours des trois derniers mois. Personne ne l’a rappelé.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Pas un seul», dit le jeune homme de 28 ans. «Je me sens très frustré.»

Pendant quelques années, il a travaillé comme conseiller en efficacité énergétique résidentielle — un travailleur autonome qui dit avoir travaillé jusqu’à 70 heures par semaine. Cependant, la plupart des mesures incitatives gouvernementales qui soutenaient ce travail, notamment le programme de prêts Prêt canadien pour des maisons plus vertes, ont pris fin, et les affaires se sont taries.

Il aimerait se tourner vers la construction — revêtements extérieurs, toiture, travaux d’intérieur — mais le ralentissement du secteur a réduit ses options au pire moment possible.

«Mon objectif principal est de trouver un entrepreneur désireux de m’enseigner toutes les compétences que je peux acquérir», dit-il.

Avec la hausse des coûts et les factures à payer, M. Mahmoudian a commencé à publier ses disponibilités sur Facebook et dans des groupes WhatsApp.

«J’ai même affiché mon numéro de téléphone, ce qui augmente le risque de toutes sortes d’arnaques», dit-il.

«Je suis presque certain que c’est très difficile pour quiconque cherche un emploi en ce moment, surtout pour les moins de 30 ans.»

—  Reza Mahmoudian

Une hausse sans précédent du chômage chez les jeunes

L’Enquête sur la population active d’avril de Statistique Canada, publiée vendredi, confirme cette tendance. Le taux de chômage des Canadiens âgés de 15 à 24 ans a augmenté d’un demi-point de pourcentage pour atteindre 14,3 %. Au total, le Canada a perdu environ 18 000 emplois en avril, faisant grimper le taux de chômage national à 6,9 % — un sommet en six mois.

Un marché de l'emploi nébuleux pour les jeunes Québécois en 2026 Le marché de l'emploi pour les jeunes au Québec se complexifie en 2025-2026, avec un taux de chômage en hausse atteignant environ 14,1% à 14,6%, selon l'Institut de la statistique du Québec. Il s'agit de taux qui sont supérieurs à la moyenne nationale. L'embauche ralentit, notamment en raison d'un contexte économique incertain, affectant ainsi les nouveaux diplômés. Le Carrefour Jeunesse Emploi de Saguenay confirme ce phénomène.

Une étude récente de l’Institut Fraser replace ces chiffres dans un contexte saisissant.

«Ce qui est déconcertant, c’est que l’économie dans son ensemble n’est pas en récession», explique Philip Cross, auteur de l’étude. «Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire et d’inédit sur le marché du travail des jeunes dans ce pays.»

Le chômage des jeunes au Canada a augmenté de 3,8 points de pourcentage en trois ans, la plus forte hausse jamais enregistrée en dehors d’une période de récession.

M. Cross explique qu’il a examiné et écarté plusieurs explications, dont l’intelligence artificielle. Il cite les États-Unis à titre de comparaison : alors que le taux de chômage des jeunes au Canada s’élevait à 13,8 % l’année dernière, celui des États-Unis avoisinait les 10 % — un écart qui, selon lui, approche un sommet historique.

«Les États-Unis sont bien plus avancés que le Canada dans le déploiement des technologies, et en particulier de l’intelligence artificielle», soutient M. Cross.

«Et pourtant, on ne constate pas la même flambée du chômage chez les jeunes Américains.»

—  Philip Cross, Institut Fraser

«J’essaie toujours»

Selon M. Cross, deux forces se sont heurtées. La hausse du salaire minimum dans la plupart des provinces a réduit la demande des employeurs pour de la main-d’œuvre dans certains secteurs comme le commerce de détail et la restauration. Parallèlement, l’afflux d’étudiants étrangers a considérablement élargi le bassin de personnes en concurrence pour ces mêmes emplois.

«Demandez à n’importe quel économiste et il vous le dira: si vous augmentez soudainement l’offre tout en réduisant la demande, vous obtiendrez un très mauvais résultat», dit-il. «Et c’est exactement ce qui s’est produit dans ce pays au cours des trois ou quatre dernières années.»

L’étude de M. Cross a révélé que les jeunes Canadiens sans emploi restent sans travail pendant les périodes les plus longues jamais enregistrées.

«Nous avons mis tous les obstacles du côté des jeunes, et uniquement des jeunes», soutient M. Cross. «Et c’est irresponsable.»

De son côté, M. Mahmoudian dit que la vie semble être devenue bien plus difficile au cours de la dernière année. L’inflation rend le coût de la vie plus élevé à un moment où il est sans emploi.

Il est déçu que personne ne lui réponde, mais dit qu’il continuera d’envoyer des candidatures.

«J’essaie toujours.»