«Surpeuplés et insalubres», les logements de la communauté atikamekw méritent des investissements «massifs et rapides», plaide Amnistie internationale.
Par Gabrielle Cantin, Le Soleil, Initiative de journalisme local,
En se basant sur l’exemple de la Première Nation atikamekw de Manawan, située à 250 kilomètres au nord de Montréal, l’organisation déplore «l’indifférence de longue date» des gouvernements en matière de logements autochtones.
Dans un rapport rendu public mercredi, à l’issue d’une recherche de deux ans, l’organisation fait état des «répercussions en matière de droits humains» engendrées par la crise du logement qui sévit dans la communauté.
«Le droit à un logement convenable à Manawan n’est ni respecté ni mis en œuvre», établit d’entrée de jeu le document intitulé Crise du logement en milieu autochtone au Canada: iniquité et discrimination - L’exemple de Manawan.
Dans la communauté de quelque 3000 résidents, où «la presque totalité des logements sont de type logements sociaux», la présence de moisissure, le manque de réparations adéquates et le «surpeuplement chronique» sont chose courante, rapporte Amnistie internationale.
En 2024, chacun des 405 logements de la communauté accueillait, en moyenne, 7,8 personnes. «Au moment où les entrevues ont été réalisées, certains logements étaient habités par huit, voire dix personnes et, dans un cas, 17 personnes», chiffre le rapport.
En plus des problèmes de santé causés par la promiscuité et l’absence d’intimité, la crise du logement entraîne des conséquences qui dépassent largement les quatre murs de la maison, constate l’équipe de recherche.
«Cet état de fait perpétue le cycle de violence à l’égard des femmes, des filles, des enfants et des personnes aînées et contribue à maintenir une grande partie de la communauté dans la pauvreté, faute de logements et d’infrastructures de qualité, déplore la directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone, France-Isabelle Langlois. Bien des personnes sont aussi poussées vers l’itinérance.»
Devant la sévérité de la crise du logement à Manawan, les droits à l’éducation, à la santé, à la vie privée, à la sécurité et à la vie sont donc, eux aussi, «ni respectés ni mis en œuvre», selon l’organisation.
«Personne ne devrait être obligé de quitter sa communauté, sa famille, faute de pouvoir se loger», regrette Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
Les gouvernements pointés du doigt
La situation à Manawan, «représentative de bien d’autres communautés autochtones au Canada», est le fruit de «l’indifférence de longue date» des gouvernements, qui ont manqué à leurs devoirs, juge Amnistie internationale.
«Il est clair que le Canada n’en fait pas suffisamment pour financer adéquatement le logement sur les réserves et qu’il a failli à ses obligations fondamentales depuis plusieurs décennies.»
Pour l’organisation, la crise du logement à Manawan s’inscrit parmi une série de «répercussions persistantes des politiques coloniales», en plus d’être le résultat du «sous-financement historique des réserves».
L’organisation, qui a pour mission de défendre les droits humains à l’international, nomme également le «racisme systémique à l’égard des Peuples autochtones au Québec et au Canada» comme étant un facteur clé contribuant à la situation.
«Le racisme systémique [...] continue d’avoir une incidence sur les politiques de logement et entraîne de la discrimination dans le marché locatif», peut-on lire dans le rapport.
L’organisme réclame maintenant une bonification des programmes destinés au logement en milieu autochtone. Il invite les gouvernements, «en partenariat étroit avec les conseils de bande», à investir «massivement, rapidement, de façon prévisible et sur plusieurs années, pour rattraper les retards et maintenir le rythme de construction».
Amnistie internationale interpelle également le gouvernement du Québec afin qu’il emboîte le pas du gouvernement fédéral et reconnaisse l’existence du racisme systémique envers les Autochtones.
