Société

Accessibilité: les plus belles toilettes de Montréal passent-elles le test?

À l’occasion du dévoilement des plus belles toilettes de restaurants de la métropole, on s’est intéressé à une question trop souvent occultée: l’accessibilité.

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toilettes la lune Les toilettes de la Rotisserrie La lune se sont méritées deux fleurs Cashmere. (Cashmere)

La publication du palmarès des plus belles salles de bain de restaurants de Montréal offre une belle vitrine à des établissements de la métropole qui ont fait preuve d’audace et de raffinement dans le design de leurs salles de bain. Malheureusement, une frange de leur clientèle pourrait avoir du mal à venir profiter de ces installations luxueuses, qui sont loin de toujours être accessibles pour des personnes en fauteuil roulant.

«Au Québec, moins de la moitié des restaurants sont accessibles», estime Linda Gauthier, cofondatrice du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ).

La militante qui vit avec la sclérose en plaques rappelle qu’une simple marche à l’intérieur d’un restaurant vient grandement limiter les personnes en fauteuil roulant. «On n’a pas le choix d’appeler et parfois on ne nous donne pas l’heure juste», affirme-t-elle.

Même les établissements qui se disent accessibles, «oublient souvent qu’ils ont une ou deux marches», dit-elle.

«Il n’y a pas de loi qui oblige l’accessibilité universelle, mais il y a une obligation d’accommodement avec la Charte des droits et valeurs», précise la cofondatrice.

Des fleurs Cashmere

Cette semaine, trois restaurants montréalais se sont vu décerner des «fleurs Cashmere». Un clin d’œil aux étoiles Michelin, données par la marque de papier hygiénique lors d’une campagne publicitaire.

Élise Tastet, l’inspectrice sélectionnée pour évaluer les toilettes, possède son propre guide d’adresse gourmande. «On avait une longue liste de critères à regarder, propreté, élégance, ambiance, etc», explique-t-elle.

L’accessibilité n’était pas un critère obligatoire pour le choix des gagnants. Les trois restaurants sélectionnés ont des toilettes accessibles, mais ce ne sont pas celles sélectionnées pour leur esthétique.

Parmi une douzaine de concurrents, les trois emplacements gagnants sont La Rôtisserie La lune, île-de-France et Marcus.

À la Rôtisserie La Lune, la gérante, Morgane Muszynski, explique que l’âge du bâtiment permet de garder les toilettes au sous-sol.

Une deuxième salle de bain est toutefois installée au rez-de-chaussée avec une barre d’appui et une table à langer.

Au Québec, un bâtiment construit après 1976 ou qui subit des rénovations importantes doit offrir un espace accessible aux personnes à mobilité réduite. La salle doit faire au moins 1,5 mètre de rayon et offrir des dessous d’éviers dégagés.

«Avec les lois on devait avoir une toilette accessible aussi. Je pense que c’est essentiel que tout le monde puisse manger dans un restaurant», affirme la gérante.

Un problème généralisé

Bien que les lieux sélectionnés par Cashmere aient des toilettes accessibles, le problème est encore présent au Québec, selon Linda Gauthier. Le manque d’accessibilité exacerbe aussi parfois le manque d’empathie et les stéréotypes

«Il y a encore des préjugés envers les personnes en situation de handicap. Surtout dans les endroits plus haut de gamme. On dirait qu’ils pensent qu’on ne peut pas payer pour un repas.»

—  Linda Gauthier, cofondatrice RAPLIQ

La militante est consciente que les travaux nécessaires pour créer des lieux accessibles sont couteux. Elle estime toutefois qu’ils permettent d’amener une nouvelle clientèle.

Les restaurants ne restent qu’une partie du problème selon elle. «Les salles de théâtres, les hôpitaux, le transport», énumère-t-elle.