De nombreux astronomes se rassembleront autour de leurs télescopes tôt mercredi matin dans l’espoir d’observer une fusée SpaceX s’écraser sur la surface lunaire.
La fusée Falcon 9 avait été lancée pour la première fois en janvier de l’année dernière, transportant à son bord deux atterrisseurs lunaires privés : Blue Ghost et le Hakuto-R Resilience.
Le propulseur utilisé pour le décollage est par la suite revenu sur Terre, mais son deuxième étage a servi à propulser les atterrisseurs lunaires vers la Lune : Blue Ghost s’est posé avec succès en mars, tandis que Resilience n’a pas réussi à atterrir en toute sécurité en juin.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News
La partie abandonnée de la fusée s’est par la suite retrouvée à court de carburant et a dérivé, bien que ce ne fût pas l’intention initiale de SpaceX.
Project Pluto, un site Web créé par l’astronome Bill Gray qui s’appuie sur des observations au télescope réalisées par des astronomes amateurs et sur les données satellitaires de l’armée américaine, avait prédit qu’il percuterait la Lune à 2h35 (heure de l’est) mercredi.
L’étage supérieur de la fusée, qui mesure à peu près la hauteur d’un immeuble de cinq étages et pèse 4900 kilogrammes, devrait heurter la face visible de la Lune.

Bien que l’impact de la fusée ne soit probablement pas visible depuis la Terre, le panache de poussière qui s’élèvera lors de la collision le sera sans doute. Compte tenu de sa taille et de sa vitesse, Project Pluto estime que l’impact produira une explosion équivalente à 15 000 bâtons de dynamite.
Cette fusée se déplace à environ 2,43 kilomètres par seconde, soit environ 8700 km/h.
«C’est une vitesse spatiale assez courante, mais elle est inférieure à celle de la plupart des météorites», a dit Ethen Sun, étudiant à la maîtrise en astronomie et en astrophysique à l’Université de Toronto, lors d’une entrevue.
«Une météorite moyenne atteint plus de 10 kilomètres par seconde, et ce simplement parce que ces objets sont tombés depuis très loin dans le puits gravitationnel de la Terre, ce qui leur a permis d’atteindre une vitesse minimale.»
Même si elle libérera beaucoup d’énergie lorsqu’elle frappera la Lune, M. Gray estime que seule une petite fraction de cette énergie se manifestera sous forme de lumière.
Comment l’observer
Les meilleurs endroits pour observer l’impact se situent dans le centre et l’est du Canada et des États-Unis, ainsi que dans certaines régions d’Amérique du Sud, car la Lune sera bien positionnée au-dessus de l’horizon.
Elaina Hyde, directrice de l’observatoire Allan I. Carswell de l’Université York, précise qu’il sera difficile d’observer le phénomène sans télescope.
«Une fois que la collision sur la Lune aura eu lieu, elle se produira suffisamment près de la face visible pour que les télescopes puissent la détecter. À l’œil nu, ce sera beaucoup plus difficile», a expliqué Mme Hyde.
À l’Université York, Mme Hyde précise que les télescopes du campus seront mis à disposition et que les observations seront consignées à partir de minuit environ. Si un panache de poussière est visible, elle ajoute que les données pourront être transmises aux chercheurs qui étudient la composition de la Lune.
À l’aide d’un graphique indiquant l’intensité de la lumière émise, Mme Hyde explique qu’il sera possible de déterminer la vitesse du panache ainsi que sa composition chimique.
«Ils pourront estimer la quantité de matière projetée […] et ce qu’elle contenait», a dit Mme Hyde. «Y avait-il du sodium dans le panache? Y avait-il de la glace d’eau dans le panache? Ils seront en fait en mesure d’en tirer des conclusions intéressantes.»
L’impact modifiera la surface de la Lune
Une fois que la fusée entrera en collision avec la Lune, explique Mme Hyde, elle y laissera un nouveau cratère et modifiera de façon permanente sa surface visible.
Bien que la modification de l’apparence de la Lune soit controversée, elle précise qu’on s’attend à ce que l’impact laisse une petite marque près du cratère Einstein. M. Gray prévoit qu’il laissera un cratère de 17 mètres de large, dans une zone de la surface lunaire déjà fortement cratérisée.
«Ce n’est pas gigantesque, ce n’est pas comme si la Station spatiale internationale s’écrasait sur la Lune ou quoi que ce soit de ce genre», a spécifié Mme Hyde.
Ce n’est pas non plus la première fois que des débris spatiaux entrent en collision avec la Lune. Au début des années 1970, les étages supérieurs des missions Apollo 13 et 17 ont percuté la Lune. Puis, en 2009, le satellite d’observation et de détection des cratères lunaires de la NASA (LCOSAS) a délibérément percuté la Lune afin de vérifier la présence de glace d’eau dans un cratère en ombre permanente situé au pôle sud lunaire.
CTV News Toronto a communiqué avec Project Pluto, mais n’a pas reçu de réponse immédiate à temps pour la publication.

