Une épave vieille de 400 ans, découverte au large de l’Australie, révèle de nouveaux détails sur le fonctionnement des réseaux commerciaux au XVIIe siècle, selon des chercheurs.
Des chercheurs de l’Université Curtin de Perth, en Australie, ont analysé des blocs de pierre, des briques et du lest provenant du Batavia, un navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui a coulé en 1629. Ils ont découvert que ces matériaux provenaient de plusieurs carrières en Europe, et non d’un seul site comme on le supposait auparavant.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Ces résultats ont été publiés mercredi dans le Journal of Archaeological Science.
L’auteur principal, Anthony Clarke, et son équipe ont retracé l’origine de ces matériaux à l’aide d’une technique géochimique avancée appelée «analyse U-Pb des zircons détritiques».
Les zircons détritiques sont de minuscules grains minéraux issus de l’altération de roches plus anciennes et transportés par le vent et l’eau vers de nouveaux environnements, selon l’Union européenne des géosciences.
«Les archives historiques sont incomplètes, et après près de 400 ans passées sous l’eau, ces pierres peuvent se ressembler beaucoup, ce qui rend leur identification difficile», a expliqué M. Clarke dans le communiqué de presse de l’université publié mercredi.
«Nous voulions savoir si ces minuscules grains minéraux pouvaient nous fournir une empreinte fiable du lieu de formation de la pierre, et nous aider à comprendre comment la Compagnie néerlandaise des Indes orientales s’approvisionnait en matériaux et les transportait à travers son réseau mondial», a-t-il ajouté.
«Les zircons détritiques résistent chimiquement et physiquement aux intempéries», indique l’étude publiée mercredi, ce qui les rend idéaux pour dater les parcours sédimentaires.
L’analyse a révélé que les roches étaient composées de matériaux provenant des carrières de Bentheim et d’Obernkirchen, situées dans le bassin de Basse-Saxe en Allemagne.
«Nous avons découvert que ces pierres provenaient d’au moins deux zones de carrières différentes, puis qu’elles avaient été regroupées en un seul chargement avant d’être expédiées à l’autre bout du monde au sein d’une chaîne d’approvisionnement très organisée, il y a plus de 400 ans», a lancé M. Clarke.
Le Batavia avait pris la mer en octobre 1628 à destination des Indes orientales avec 341 personnes à bord et une cargaison contenant des lingots d’argent, des marchandises et des matériaux de construction, indique l’étude. Une mutinerie à bord a fait dévier le navire de sa route et, en juin 1629, le navire a fait naufrage au large des îles Abrolhos.

Ce naufrage est depuis tristement célèbre pour la mutinerie et le massacre des survivants qui s’ensuivirent peu après.
Lorsque l’épave a été découverte en 1963, des archéologues du Western Australian Museum ont fouillé la zone et récupéré des centaines de briques préfabriquées en grès et en argile, ainsi que des pierres de ballast.
Selon l’étude, l’identification de la provenance de ces matériaux pourrait s’avérer déterminante pour aider les historiens à mieux comprendre la logistique commerciale, la gestion des coûts et la gestion des infrastructures au XVIIe siècle, en particulier aux débuts de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.

