Science et nature

Un chercheur québécois se prépare à passer huit mois coincé dans les glaces de l’Arctique

Maxime Geoffroy et ses 12 coéquipiers à bord de la «Tara Polar Station» s’apprêtent à prendre la mer cette fin de semaine.

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Tara Polar Station La station polaire Tara est une base scientifique française à la dérive destinée aux expéditions dans l'océan Arctique et gérée par la Fondation Tara Oceans et ses collaborateurs.(Tara Polar Station)

Onze membres d’équipage, un jeune chien de garde et un chercheur canadien en chef sont en train de finaliser leurs préparatifs avant leur périple de huit mois, au milieu des glaces dérivantes de l’Arctique.

Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.

Maxime Geoffroy et ses 12 coéquipiers à bord de la «Tara Polar Station» s’apprêtent à prendre la mer cette fin de semaine aux côtés d’un brise-glace chinois qui les conduira dans l’océan Arctique central. L’équipe va faire pénétrer son navire de 26 mètres de long, qui sert également de station de recherche, dans les glaces dérivantes et se laisser porter par les courants arctiques pendant des mois.

«J’ai de l’expérience dans l’Arctique, et nous en avons tous dans le Nord — (mais) je ne suis jamais resté huit mois dans un endroit aussi isolé de l’océan Arctique central», a raconté M. Geoffroy vendredi depuis Kirkenes, en Norvège, la dernière escale du navire avant l’expédition de huit mois.

«Apprendre à naviguer et à faire face à cette situation, tout en menant des recherches scientifiques de qualité dans ce genre d’environnement, est pour moi très excitant.»

—  Maxime Geoffroy, chercheur en chef de la «Tara Polar Station»

M. Geoffroy dirigera l’équipe de recherche du navire dans ses tâches d’échantillonnage et ses travaux scientifiques. Le chercheur originaire du Québec a indiqué qu’il y avait plus de 200 protocoles d’échantillonnage et de travail à mener à bien, alors que des dizaines d’autres scientifiques et chercheurs attendent avec impatience les données que la Tara Polar Station recueillera.

«En ce sens, nous sommes comme des astronautes qui ont été formés pour recueillir des données et mener des travaux scientifiques pour le compte de nombreux autres groupes», a-t-il exprimé.

Tara Polar Station La station polaire Tara est une base scientifique française à la dérive destinée aux expéditions dans l'océan Arctique et gérée par la Fondation Tara Oceans et ses collaborateurs. (Tara Polar Station)

Ces prélèvements — notamment de plancton dans les eaux sous-glaciaires et de gaz dans l’atmosphère — s’inscrivent dans le cadre des efforts déployés par la Fondation Tara Océan pour mieux comprendre l’océan Arctique, où, selon elle, les changements climatiques se font le plus durement sentir.

«Je pense que c’est dans l’Arctique que se trouvent les réponses quant à ce que sera notre avenir», a soutenu Romain Trouble, directeur général de la fondation.

Le lancement de cette expédition — la première d’une série de dix prévues à travers la banquise arctique — vise notamment à faire avancer la recherche et à favoriser un renouveau de la coopération internationale dans les domaines scientifiques.

«Sur le plan géopolitique, nous devons recommencer à dialoguer et tirer le meilleur parti de la science, des connaissances et des prévisions.»

—  Romain Trouble, directeur général de la Fondation Tara Océan

On prévoit qu’il faudra plus d’un an à la station polaire Tara pour achever sa dérive à travers les glaces arctiques et se libérer à nouveau près du Groenland.

Maxime Geoffroy et son équipe, qui assurent le premier quart de travail, ne pourront pas quitter le navire pendant environ huit mois — dont plus de quatre se dérouleront pendant la nuit polaire, période durant laquelle l’équipage ne sera que très peu exposé au soleil.

«Il y a de grandes fenêtres, ce qui nous permet de voir au moins pendant l’hiver, quand il y a un peu de lumière», a-t-il dit. «Nous pouvons en tirer le meilleur parti.»

Les membres de l’équipage ont subi une série de tests approfondis afin de s’assurer de leur compatibilité mutuelle et de leur capacité à s’adapter aux conditions environnementales.

«Nous savons que notre corps va réagir à cela», a précisé M. Geoffroy. «Des troubles du sommeil, une fatigue accrue, un manque de patience… ce sont des phénomènes auxquels nous nous attendons.»

«Il est essentiel de nous assurer que nous disposons des moyens nécessaires pour y faire face.»

Maxime Geoffroy Maxime Geoffroy est un chercheur spécialisé en bioacoustique, en écologie marine et en océanographie biologique. (Maxime Geoffroy)

Ce Québécois collabore avec le Marine Institute de Terre-Neuve-et-Labrador. Il est ichtyologiste polaire, ce qui signifie qu’il étudie les poissons qui vivent sous la glace arctique.

L’équipe disposera d’un accès à Internet tout au long de son périple et emmènera également avec elle Orkki, un berger finlandais âgé de huit mois qui servira de compagnon et de détecteur supplémentaire d’ours polaires pour l’équipage.

«Il n’est pas trop gros, donc il ne prend pas trop de place à bord», a souligné M. Geoffroy. «Il ne mange pas trop non plus, car l’espace est limité.»

L’homme a indiqué que son équipe et lui recevaient beaucoup de questions au sujet d’Orkki, juste après les commentaires sur la forme inhabituelle de leur navire.

Mesurant 26 mètres de long et 16 mètres de large, la station polaire Tara est construite selon une forme ovale qui devrait aider le navire à résister aux pressions de la glace.

Le navire a subi des essais en mer et a été testé pendant sept mois dans l’océan Arctique.

L’itinéraire qu’ils emprunteront à travers l’océan Arctique a déjà été parcouru auparavant. Mais M. Geoffroy a précisé que cet équipage voyagera pendant l’hiver, lorsque la couverture de glace polaire sera à son maximum, ce qui est rarement fait.

À l’approche du départ, M. Geoffroy se dit enthousiaste et prêt à entamer la partie du voyage qui se déroulera au cœur de la banquise.

«Même si cela semble être le début d’une aventure un peu stressante, en réalité, je pense que ce sera plutôt un soulagement d’être enfin arrivés à destination et d’être prêts à commencer nos travaux scientifiques.»