Science et nature

Transformer les excréments de bernache en fertilisant et en nourriture à animaux

Des chercheurs de Concordia se sont penchés sur cette idée qui pourrait aider à nettoyer nos parcs.

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excrément de bernaches Des chercheurs de Concordia se sont penchés sur la valorisation des excréments de bernaches. (Crédit - Axel Dansereau Macias)

Des scientifiques du Département de Biologie de Concordia veulent nettoyer nos parcs et valoriser un ennemi des piqueniques sur le gazon : les excréments de bernaches. Voici comment il serait possible de transformer un déchet en un incitatif à la propreté.

«Une bernache peut déféquer toutes les 20 minutes selon certaines études», affirme Carlos López Manzano. L’étudiant à la maitrise est l’auteur principal de l’étude qui a été publiée dans le Journal of Environmental Management.

«Il y a de la recherche sur le recyclage de fumier de vache, de cochon et de poulet, mais rien sur les animaux sauvages dans les zones urbaines», souligne-t-il. La Bernache a donc été choisie puisque sa population est continuellement en croissance.

Le biologiste et plusieurs collègues de laboratoire se sont munis de gants pour récolter 5 kilogrammes d’excréments au parc Angrignon.

Ces échantillons ont ensuite été envoyés en laboratoire pour tenter de répondre à la question : comment utiliser les nutriments présents dans ces excréments?

récolte excréments bernaches Plusieurs parcs canadiens ont étés ciblé par l'étude comme ayant des quantités importantes d'excréments de bernache. (Courtoisie)

De déchet à fertilisant

La réussite de cette idée repose sur les ailes de la mouche noire soldate, une espèce utilisée au Québec et ailleurs pour décomposer de la matière organique.

Le but de l’étude était principalement de vérifier si l’insecte originaire des tropiques pouvait «se développer et grandir avec juste les excréments de bernaches», explique Carlos López Manzano.

Et les résultats sont prometteurs, les mouches sont en effet capables de faire leur cycle de vie entière avec cette matière. Elles préfèrent toutefois une diète qui mélange aussi d’autres nutriments, comme du blé et de la semoule de maïs, selon l’étude.

« C’était aussi important de s’assurer que le processus allait stériliser les excréments qui peuvent contenir des bactéries comme E. coli.», ajoute le chercheur.

En décomposant cette matière organique, on obtient un résidu (les excréments de mouches) qui peut être utilisé comme fertilisant.

De l’agriculture circulaire

L’idée ne s’arrête pas là, l’étude a voulu tester ce fertilisant sur une plante qui pousse bien avec la matière fécale de bernache : la lentille d’eau.

«C’est une plante aquatique incroyable qui pousse très rapidement», indique le chercheur.

Là aussi, la croissance s’est avérée meilleure qu’avec d’autres fertilisants réguliers. Le but, donner de la valeur aux défécations de bernache avec de l’agriculture circulaire.

La lentille d’eau a de nombreuses utilités, notamment nourrir la volaille, le bétail, ou encore filtrer des plans d’eaux avec des contaminants.

«Des machines pour ramasser ça existent aux États-Unis et en Colombie-Britannique», estime le biologiste qui aimerait voir l’idée prendre vie.

Bien que l’étude et l’équipe du laboratoire soient optimistes, il reste beaucoup de chemin à faire avant de créer de la valeur à partir d’excréments de bernaches. Ces processus ne sont pas encore bien implantés et demandent de la coordination, rappelle le scientifique.